Rio 2016 : Aurélie Muller, la dernière chance de sauver la natation française sur le 10km

Rio 2016 : Aurélie Muller, la dernière chance de sauver la natation française sur le 10km

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Championne du monde du 10km en eau libre, la Française Aurélie Muller va tenter d'apporter la première médaille d'or à la natation française ce lundi. Entraînée à Narbonne par le personnage Philippe Lucas, la nageuse a dû se faire mal pour aller à Rio.

"T’as mis les pompes de Louis XIV ?"… Philippe Lucas est homme de formules. Aurélie Muller, sa nageuse depuis le début de l’année 2015, a peut-être des chaussures originales, mais il a su en faire une championne du monde. Au mois d’août 2015 à Kazan en Russie, la nageuse qui a commencé sur le demi-fond s’offre la médaille d’or du 10 km. Ce lundi, elle va tenter de décrocher l’or olympique, le premier de la natation tricolore à Rio.

Son parcours

Après son départ de Sarreguemines, elle a passé six mois au Canada avant d’arriver à Narbonne. "Tous les choix, bons ou pas, que j’ai fait m’amènent à aujourd’hui et je suis la plus heureuse". Son titre de championne du monde à Kazan est venu les valider. "Après Kazan, je n’ai pas senti que mon statut avait changé, notamment à Abu Dhabi. Je voulais montrer que l’or à Kazan n’était pas anodin. J’ai été surprise du résultat (elle a fini avec 15 secondes d’avance, ndlr)". Ce titre intervient sept ans après des JO de Pékin où elle termine 21e du 10km. "Ça n’avait pas été super, mais pas pour autant une expérience négative, au contraire. C’était très positif, je me suis rendu compte de ce qu’il fallait pour aller plus haut. C’est ce qu’on appelle l’expérience. J’ai désormais 10 ans de carrière derrière moi, j’ai fait des championnats d’Europe, des Mondiaux… C’est là qu’on apprend le plus en eau libre parce que les quotidiens et les entraînements ne peuvent pas reproduire les conditions de course".

Le cas Lucas

Philippe Lucas et la natation française, c’est évidemment toute une histoire. Le personnage a mis Laure Manaudou sur le toit du monde. Il est en mesure de sauver un peu le bilan de la natation française qui fait pour l’instant grise mine à Rio entre les polémiques et des résultats en net recul par rapport à Londres. "Il m’a vraiment apporté sur le plan mental. C’est quelqu’un qui te pousse dans tes derniers retranchements, qui t’étonne chaque jour. Quand tu arrives chez lui, quelque soit ton statut, il s’en fout. Il te prend comme tu es. Ce que tu as fait par le passé ou la veille à l’entraînement, il s’en fout aussi. Il est hyper exigeant avec lui-même donc aussi avec les autres. C’est ce qui fait sa force. Il a son franc-parler et sa personnalité, mais on voit qu’il nous aime vraiment. Il joue avec son image de gros dur, mais il est très sensible. Ça a matché entre nous. On a des gros caractères et de grosses ambitions, mais on est très sensible, très humain".

Vaincre un mal étrange pour une nageuse

A Rio, Aurélie Muller aura un statut à défendre et un titre à aller chercher. Pour ça, elle a mis toutes les chances de son côté. Lors du test-event, elle découvre des conditions particulières. "Deux mètres de houle nous attendaient à Copacabana. Je n’étais pas préparée, je sortais de deux semaines de vacances, l’eau était à 17 degrès, je me suis sentie mal". Pour une nageuse, se sentir mal dans l’eau, on est à deux doigts du comble. Elle a pris les mesures qu’il fallait en allant faire des sessions à l’hôpital d’instruction des armées dans le Finistère à Brest. "J’ai travaillé là-dessus. J’ai dû me rééduquer à la naupathie". La naupathie, kézako ? C’est le nom savant du mal de mer. "J’ai passé deux semaines là-bas. J’ai fait dix séances de 30 minutes qui créent le conflit du mal de mer, entre l’oreille interne, ta perception et le visuel. Ces séances te rendent malades pour que les connexions au niveau du cerveau se fassent. C’est quelque chose qui doit s’acquérir. Ses tests ont 70% de réussite, beaucoup de marins les font. Cela met en confiance parce qu’on sait qu’on est préparé".

La nageuse française Aurélie Muller
La nageuse française Aurélie Muller

Finish à la touche

C’est l’une des particularités de la natation en eau libre. Tout peut se jouer dans les derniers mètres. "Un nageur d’eau libre doit être fort en endurance, fort en sprint. On le sait qu’à la fin, ça va se jouer au sprint et à la touche. Je connais mes adversaires, je sais les points forts et points faibles de chacune, j’arrive à les observer en plein effort, ça fait partie de la discipline". La charge d’entraînement accumulée durant la préparation permet d’être prêt. "On fait 10 km deux fois par jour à Narbonne, donc la compétition passe très vite. Il faut arriver à gérer le flux d’informations : les adversaires, la mer, notre forme, les bouées, le ravitaillement, le peloton, comment on se situe. C’est comme en vélo, on a toujours quelque chose à faire ou à penser". Ce lundi, elle se prépare donc à tout jouer dans les derniers coups de nage. "Pendant les entraînements je pense presque tous les jours au sprint final à Rio. Si j’y pense tous les jours, c’est que j’espère en faire partie. C’est ma façon de me préparer".

Benoit Jourdain @BenJourd1