Le marcheur Yohann Diniz à l'arrivée du 50km
Yohann Diniz soutenu lors de son arrivée du 50km marche des Jeux de Rio | AFP - Jewel SAMAD

Rio 2016 - 50km marche: Yohann Diniz, "une vraie leçon de courage"

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Après son abandon à Pékin en 2008, sa disqualification à Londres en 2012, Yohann Diniz a refusé d'arrêter son 50km marche, malgré des problèmes gastriques, allant au bout de sa souffrance: "Je sais qu'abandonner, pour un garçon comme ça, ce n'est pas possible", a confié le Directeur technique national, Pascal Chirat. "C'est une vraie leçon de courage."

Il est tombé deux fois. Il a hésité bien des fois à mettre fin à son calvaire. Yohann Diniz a tout refusé en bloc pour aller au bout. Il n'a pas cédé à la chaleur, étouffante avec un macadam qui ne faisait que l'accentuer, il a mis de côté ses maux de ventre, qui l'ont tenaillé durant 40km, pour passer la ligne de ces Jeux Olympiques de Rio. A 38 ans, le marcheur a été au bout de lui-même. Au-delà même. Une fois arrivé, il a passé quarante-cinq minutes dans la tente médicalisée juste à côté, avant d'être transféré à la polyclinique du village olympique "pour être bien stabilisé", a expliqué le Directeur technique national, Pascal Chirat. "Il a eu une petite perte de connaissance à l'arrivée de la course. Il a été pris en charge par le service médical. Je viens de le voir: il récupère. Comme vous pouvez l'imaginer il est super super fatigué mais il va bien."

Vidéo: Yohann Diniz au bout du calvaire

"Il est hyper courageux"

Sur le bord de la route, le technicien a suivi l'avancée de son protégé, parti sur les bases des temps qu'il réalise habituellement. Pendant 30km, il égrénait l'écart qui le séparait de ses poursuivants. Un petit encouragement, et le recordman du monde de la distance poursuivait son chemin. A 20km de l'arrivée, Diniz lui a fait part de ses maux de ventre. "Il m'a dit qu'il avait mal au ventre depuis le 10e km et que cela avait duré comme ça jusqu'au bout", reprenait Chirat à l'issue de l'épreuve. A chaque passage, Chirat adaptait son message à la condition du marcheur: de simples encouragements lorsqu'il était mal, le temps du coureur devant lui quand il était mieux. "C'est au mental maintenant", criait Renaud Longuèvre, le manageur général de l'équipe de France d'athlétisme. "Allez, plus que deux tours", lâchait finalement Pascal Chirat en fin de calvaire.

Vidéo: Yohann Diniz s'écroule sur le parcours

Bien évidement trop affaibli pour évoquer sa course, Yohann Diniz s'est tout de même confié à son ancien coach. "Vu l'état dans lequel il a fini, on a passé sa course au deuxième plan", racontait Chirat. "Il n'avait pas la lucidité nécessaire pour évaluer sa performance. Il a juste dit qu'il était très déçu, que les Jeux n'étaient pas pour lui et qu'il avait eu ses problèmes de ventre." Mais évidemment, il sait que son protégé, au-delà de ses maux, vit mal sa 8e place, celle qu'il avait conquise voici quatre ans avant d'être disqualifié pour un ravitaillement hors zone. "C'est évidemment une déception." Mais il ajoute aussitôt: "C'est une victoire vu l'état dans lequel il a terminé. Dans le passé, il avait déjà montré beaucoup de courage dans la détresse. Il est plutôt en fin de carrière ; il venait ici pour la médaille d'or olympique, ou le podium. Il a montré que dans la défaite, il sait se battre, il est hyper courageux." 

"Cela aurait été un drame pour lui que d'abandonner les Jeux"

Le staff de l'équipe de France a-t-il pensé lui faire arrêter la course ? "Quand vous voyez que l'athlète n'a plus la lucidité... Il est tombé deux fois sur le circuit. Quand ces choses-là se produisent, avant tout, vous cherchez à protéger les gens dans leur intégrité physique. Mais je le connais depuis très longtemps. Je sais qu'abandonner, pour un garçon comme ça, ce n'est pas possible, même si on se posait tous la question de savoir s'il fallait l'arrêter. Je savais qu'il irait au bout de lui-même pour finir la course car c'est un garçon qui ne lâche pas le morceau comme ça. Cela aurait été un drame pour lui que d'abandonner les Jeux." Et Pascal Chirat le scande: "Au-delà de la non-atteinte du podium ou du titre olympique, cela reste une performance sur le plan humain. C'est une vraie leçon de courage." Dans quelques jours, quelques semaines, son protégé verra peut-être les choses comme ça.

A quelques mètres d'une plage paradisiaque pour touristes, où les surfeurs s'en donnaient à coeur joie, Yohann Diniz a vécu l'enfer. Mais il est allé au bout de lui-même, au bout de son rêve olympique.