Quelles conséquences économiques après le report des JO ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
JO Tokyo
Une vue générale d'une installation des anneaux olympiques à Tokyo, le 24 mars 2020. | CHARLY TRIBALLEAU / AFP

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Il aura fallu deux jours au Comité olympique international (CIO) pour enfin statuer sur un report des Jeux olympiques de Tokyo. Sous la pression du monde sportif, mais aussi de l'Organisation Mondiale de la Santé, le CIO et le gouvernement japonais se sont accordés mardi pour reporter les prochains JO en 2021, d'ici la période estivale. Une décision qui laisse entrevoir de nombreuses conséquences économiques.

L’annonce du report des Jeux olympiques de Tokyo est devenu, au fil des heures, un secret de polichinelle. Depuis que le mot tabou de "report" possible a été lâché pour la première fois dimanche 22 mars par le Premier ministre japonais Shinzo Abe, l’ensemble du monde sportif avait incité le CIO à se prononcer dans ce sens. Deux jours plus tard, le report en 2021 a donc été acté. 

Il est encore difficile de chiffrer précisément le coup économique d'un tel report. Avec la pandémie du coronavirus, le Japon était certain de subir une récession. Le cabinet d'études Fitch Solutions a estimé lundi que le PIB japonais reculerait de 1,1% en 2020, contre une prévision précédente de 0,2%, pour refléter l'impact du Covid-19 sur la consommation, le tourisme et les exportations. Et le report des Jeux ne va pas arranger la situation. Celui-ci pourrait encore creuser cette prévision négative "de 0,5 à 0,8 points de pourcentage", a prévenu Fitch Solutions. 

Car l'absence d'un tel événement devrait aussi "affecter la confiance des consommateurs japonais", en plus de priver le pays de 240 milliards de yens (2 milliards d'euros) de recettes liées aux spectateurs étrangers, a estimé Takashi Miwa, économiste de Nomura group, interrogé par l'AFP.

Les économistes de SMBC Nikko Securities ont, eux, prédit mardi que le report des JO aurait un impact négatif total de 660 milliards de yens (5,5 milliards d'euros) sur le PIB japonais cette année. Toutefois, nuancent-ils, comme il s'agit d'un report de l'événement et non d'une annulation, l'impact sur la croissance devrait être nul à long terme. 

Sponsors et diffuseurs à pied d'œuvre

Face à cette annonce, qui était de plus en plus prévisible au fil des jours, les sponsors et les diffuseurs doivent se plier à cette décision. "Pour le moment, on ne peut pas dire ce que cela va engendrer au niveau des droits télé et des sponsors. Tout cela va être entre les mains des avocats et des assureurs et même des assureurs d’assureurs", explique Michael Tapiro, directeur et cofondateur de la Sports management school.

Pour ce spécialiste, le report à l’été 2021 serait la meilleure option. "Reporter les JO à l’été 2021 permettrait de conserver la période habituelle des JO, autrement dit la période estivale, où les téléspectateurs sont en vacances et suivent presque de manière continue les performances de leurs athlètes."

"Nous n’avons jamais autant parlé des JO depuis qu'on sait qu'ils vont être reportés. Donc en tant que sponsors, c'est une aubaine énorme"

Avec ce report en 2021, "il va y avoir une redistribution des cartes qui fera que les anciens sponsors auront peut-être intérêt à rallonger d'un an et les nouveaux auront intérêt à préempter le plus rapidement possible leur place", détaille Michael Tapiro. Ainsi, continue ce spécialiste, "nous allons voir une mini guerre entre ceux qui sont liés contractuellement jusqu'en août 2020 et ceux qui 'étaient liés à partir de septembre 2020'. Ainsi on peut se demander qui sera le sponsor en 2021", interroge-t-il encore. Toutefois, indique Michael Tapiro, "qu'on le veuille ou non, le report des JO est une caisse de résonance énorme. Nous n’avons jamais autant parlé des JO depuis qu'on sait qu'ils vont être reportés. Donc, en tant que sponsors, c'est une aubaine énorme".

Quoi qu’il en soit, Tokyo 2020 sera le premier à payer la facture du report, puisque le comité d’organisation devra notamment entretenir les installations, indemniser des sous-traitants, rembourser les tickets, relancer une nouvelle campagne de billetterie ainsi que prolonger des employés. Pour l'heure, les conséquences financières du report "n'ont pas été évoquées et ne sont pas la priorité", le plus important pour le CIO est de "protéger des vies", a déclaré son président Thomas Bach à plusieurs médias, dont l'AFP.

Un casse-tête logistique ?

Ce report en 2021 pose aussi des problèmes de logistiques. Les infrastructures prévues pour accueillir les JO devaient, une fois les jeux terminés, commencer leur deuxième vie. Parmi les 43 lieux prévus, "plusieurs sites indispensables pour les Jeux pourraient ne plus être disponibles ensuite », indiquait la semaine passé le CIO. C'est par exemple le cas du nouveau stade olympique de Tokyo, d'une capacité de 68 000 places, qui doit accueillir des concerts et d'autres compétitions sportives après les Jeux. Des événements qu'il faudra donc reprogrammer à leur tour. 

La question se pose aussi pour l'imposant Tokyo Big Sight. Cet immense palais des congrès et des expositions avait été réservé par les organisateurs pour en faire une gigantesque salle de presse. Or ce site, qui reçoit les plus grands salons professionnels d’Asie, se réserve des mois à l’avance. Les négociations autour du calendrier 2021 avec les organisateurs d'autres événements s’annoncent déjà tendues. 

Il y a aussi la question du village olympique. Composé de 21 tours de 14 à 18 étages, il a été construit sur un terrain à forte valeur immobilière, avec vue sur la baie de Tokyo et son célèbre Rainbow Bridge. Une fois les JO terminés, il devait être reconverti en milliers d'appartements haut de gamme, revendus ou mis en location. Certains logements ont d’ores et déjà été achetés. Un retard de livraison qui aura sans doute, là encore, des conséquences financières. 

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Le tourisme aussi va souffrir de ce report

Le secteur du tourisme va lui aussi souffrir de ce report. L’hôtellerie, tout d’abord, qui avaient fortement augmenté les tarifs des nuitées à Tokyo pendant l’été et qui vont se retrouver avec des annulations en cascade et des remboursements à la chaîne. "Mais", rassure Michael Tapiro, "ils ont le temps pour s’organiser et être prêts". Même topo pour les compagnies aériennes qui ont affrété de nombreux vols en provenance du monde entier pour assurer la grosse activité que représente les JO. Là aussi, ce délai à 2021 leur permet de voir venir. 

"La perte aurait été plus important si les Jeux auraient été reportés à l’automne"

"Comme on repousse à 2021, il faut avoir pas mal de trésorerie pour maintenir les engagements. Par exemple, pour tous les touristes qui avaient prévu de venir, il va falloir leur rembourser leurs places, les billets d’avion, les nuitées…", développe  Michael Tapiro. "Donc, il est certain qu’il va y avoir une perte énorme pour tous ces acteurs. Tout cela va coûter de l'argent et du temps. Mais cette perte aurait été plus importante si les Jeux auraient été reportés à l’automne."

Toutefois, le directeur-cofondateur du Sports management school relativise. "Tokyo n'a pas attendu les JO pour se construire, comme ce fut le cas à Barcelone en 1992, où véritablement les JO ont métamorphosé, la ville de Barcelone, la région de Catalogne et surtout l'Europe du sud", affirme-t-il. "Pour Tokyo, le message est davantage politique avec ses Jeux de la reconstruction afin de monter au monde qu'ils se sont relevés après Fukushima." 

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