Corée du Nord, Drapeau, fooftball féminin
Les joueuses nord-coréennes à Glasgow avant leur match face à la Colombie | GRAHAM STUART / AFP

Premier couac coréen pour l'organisation

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Alors que la flamme olympique n'a pas encore embrasé le stade olympique de Londres, le comité d'organisation des JO a été confronté à son premier couac hier lors du match de football féminin Colombie-Corée du Nord à Glasgow. Les visages des joueuses asiatiques sont apparus à côté du drapeau des voisins honnis sud-coréens, retardant le coup d'envoi du match de plus d'une heure.

Le premier incident de ces Jeux Olympiques n'aura pas mis bien longtemps à se produire. Lors du match entre la Colombie et la Corée du Nord comptant pour le tournoi de football féminin, qui ouvrait les Jeux en avant-première hier soir, les organisateurs ont confondu drapeau nord-coréen et sud-coréen. Alors que l'écran géant du stade de Glasgow faisait défiler la composition des équipes, les visages des joueuses coréennes se sont retrouvés associés au drapeau de leur pays voisin avec qui ils sont en guerre depuis une soixantaine d'années et la guerre de Corée (1950-53). "Les Nord-coréennes ont été évidemment très choquées", a déclaré Andy Mitchell, responsable presse du stade d'Hampden, à la fin du match. "Nous avons présenté nos excuses à l'équipe et au Comité olympique nord-coréen. C'est une authentique erreur (...)", a-t-il poursuivi.

Pas de correction, pas de match

"Nous étions en colère parce que nos joueuses ont été présentées comme si elles étaient de Corée du Sud, ce qui est quelque chose qui touche beaucoup comme vous le savez sûrement" a pour sa part déclaré le sélectionneur de la Corée du Nord Sin Ui-gun après le match. Conséquence de cette colère, l'équipe asiatique a refusé de démarrer le match tant que ce "gros problème", comme l'a qualifié son entraîneur, n'était pas résolu. Selon lui, ils étaient même prêts à ne pas disputer cette rencontre si rien n'avait été fait. "Notre équipe n'allait pas jouer sans que ce problème soit corrigé. La  correction est intervenue et nous avons décidé de jouer, a-t-il expliqué. La  victoire ne peut pas effacer (ce problème), c'est quelque chose de différent. Nous espérons que cela ne se répétera pas".

Résultat, le coup d'envoi du match a été donné avec plus d'une heure de retard et le comité d'organisation (Locog) s'est retrouvé gêné aux entournures, publiant un communiqué après de longs atermoiements. "C'est clairement une erreur, nous présenterons nos excuses à l'équipe et au Comité national olympique (nord-coréen) et des mesures seront  prises pour que cela ne se reproduise plus". Le CIO, lui, a réfuté toute responsabilité dans cet incident, laissant les organisateurs britanniques à leur sort même si Jacques Rogge, son président a assuré qu'il n'y avait "aucune connotation politique (derrière cet incident), juste une simple erreur humaine", la qualifiant de "regrettable". Interrogé sur la possibilité d'un acte prémédité, Sin Ui-gun a répondu: "C'est la question que je voulais poser à la Fifa et au Locog".

Le Locog en première ligne

Dans un contexte géopolitique actuellement tendu, l'erreur aurait pu se transformer en incident diplomatique. En effet, le régime nord-coréen a récemment décidé de déployer une cinquantaine d'hélicoptères près de sa frontière maritime, une zone que les deux pays se disputent et dans laquelle leur présence militaire est déjà forte. Néanmoins, l'organisation britannique n'en est pas à son coup d'essai en termes de "gaffes diplomatiques". Déjà, lors d'un tournoi préolympique de hockey sur gazon organisé en juin dernier sur les installations olympiques, l'hymne de l'époque de l'apartheid avait pris place dans l'avant-match de l'Afrique du Sud. A l'époque, le Locog avait pu se défausser sur "une entreprise en charge de la présentation du tournoi". Hier, ils étaient en première ligne.

Le premier ministre David Cameron est venu au secours des organisateurs, réclamant l'indulgence. "Nous ne devrions pas gonfler cet épisode. C'était malencontreux, cela  n'aurait pas dû se produire et je pense que nous pouvons en rester là" a-t-il demandé. "C'était une erreur commise de bonne foi. Des excuses ont été présentées et  je suis sûr que toutes les mesures seront prises pour garantir que ce genre de  choses ne se reproduise pas" a conclu le dirigeant britannique. Pour Ung-Chang, membre nord-coréen du CIO c'est évident "que les gens sont en colère". "Si l'un de vos athlètes remportait une médaille d'or et qu'on hissait le drapeau d'un autre pays, qu'est-ce qui se passerait?", a-t-il fulminé en conclusion.
  

Jerome Carrere