Le joueur de l'équipe de France de XV et de VII, Virimi Vakatawa
Virimi Vakatawa, l'une des stars de l'équipe de France et du rugby à VII mondial | AFP - OLLY GREENWOOD

Plongée dans le rugby à 7 tricolore pour ses premiers pas aux JO

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Quatre-vingt-douze ans après sa quatrième et dernière apparition en 1924, le ballon ovale fait son retour dans le giron olympique. Mais c’est le VII (ou Seven) qui a pris la place du XV, pour le plus grand plaisir des joueuses et joueurs de l’équipe de France, présents à Rio avec la médaille en ligne de mire.

Les différences ne sautent pas aux yeux. Même terrain, mêmes poteaux, même ballon, le Seven n’affiche pas directement ses singularités par rapport au rugby à XV. Mais avec seulement 7 joueurs sur le terrain, un match qui se joue en deux mi-temps de 7 minutes, des transformations réalisées forcément en drop, des exclusions temporaires de deux minutes, et des journées où les équipes disputent trois rencontres, ses caractéristiques en font un sport bien spécifique. Et c’est tout son charme.

Le cri d'amour pour ce jeu

Caroline Ladagnous, l’une des anciennes du groupe France, affiche comme la plupart des protagonistes un enthousiasme rafraîchissant : « Je me régale. Moi qui suis arrivé par le XV, j’adore les intervalles, les espaces. Avec l’exigence du haut niveau, je me régale bien mieux à 7 qu’à XV où je touche beaucoup moins de ballons aux ailes. » L’avis est partagé par Pierre-Gilles Lakafia : « Sincèrement, rugbystiquement parlant, je suis super content. Je touche des ballons, je joue, je suis impliqué dans un projet qui me va vraiment bien. » Et l’ancien joueur à XV de Toulouse ou de Castres ajoute : « Ce sport peut faire du bien aux gens, qui ont peut-être fait le tour du rugby à XV avec des matches parfois cadenassés. A VII, le match dure 15 minutes. S’il n’est pas intéressant, ça va vite et vingt minutes après, cela peut être deux équipes d’un autre continent. »

Dynamique, percutant, spectaculaire, le rugby à VII peut tout emporter à Rio. C’est aussi le rêve des Bleus lancés dans une première historique et qui n’oublient pas leur rôle d’ambassadeur de ce sport jeune dans l’Hexagone : « Je fais partie de ceux qui estiment qu’il faut gagner pour que cette discipline se démocratise. Les gens attendent qu’on gagne. A nous de faire le travail », prévient Terry Bouharoua, le capitaine de l’équipe masculine. « Les JO peuvent être le tremplin. S’il y a une médaille, cela peut être encore mieux », espère Caroline Ladagnous. « C’est l’objectif de la saison. » Sœur de Matthieu Ladagnous, qui a participé aux Jeux Olympiques 2004 et 2008 en cyclisme sur piste, elle sait l’importance de l’événement : « Participer aux Jeux, c’est un privilège, mais on se l’est gagné. C’est la plus belle compétition, mieux qu’une Coupe du monde. » Pierre-Gilles Lakafia, dont le père a participé aux Jeux de Los Angeles en 1984 en tant que lanceur de javelot, confirme : « Rio, ce n’est pas une opportunité qui va se présenter 36 fois dans notre vie. On va tout lâcher dans cette compétition. Sur une compétition, l’équipe de France est capable de le faire. » Julien Candelon, ancien international à XV passé au VII, complète le panorama : « Il y a tout ce qui faut pour que le VII démarre. Mais on est dans un pays qui s’intéresse à un sport que quand il y a des résultats. Ou tu as envie de réussir ta mission de faire connaître ta discipline, ou tu ne fais que passer » Et il relève dans un sourire : « On va dans des pays pour jouer dans des stades de 50 ou 60 000 personnes. Ici, on ne nous empêche pas de sortir de l’aéroport. Ca nous ramène à une forme d’humilité, d’anonymat qui remet les pieds sur terre. »

Le calvaire de la répétition des matches

Le Seven n’est pas une sinécure ni une partie de plaisir. « Le truc vraiment dur, c’est de monter constamment en pression pour chaque match, puis redescendre, puis remonter pour le match suivant », détaille le frère de Raphaël Lakafia, qui évolue au Stade Français. « A XV, après le match, c’est fini. Dans un tournoi à VII, on refait ça six fois. C’est pour cela que c’est très fatigant, physiquement, mais aussi nerveusement. Tu as la trouille, tu as peur, tu te prépares, tu joues, c’est fini et trois heures après tu rejoues. Sur deux jours, c’est le truc le plus pénible. On s’échauffe six fois. Et l’échauffement, personne n’aime ça. Cela ne s’arrête jamais. » Même les mêlées ne sont qu’une parenthèse très vite refermée : « Les phases de mêlée ne sont pas arbitrées plus que cela, car c’est ce qui se passe après qui est intéressant », souligne-t-il.

Terry Bouhraoua précise : « Si on entre dans les détails, c’est bien un sport à part entière, avec une préparation différente. Il y a beaucoup d’explosivité, beaucoup de duels à jouer, mais on nous demande surtout d’être capable de répéter les efforts plusieurs fois d’affilée. Au rugby à XV, l’ailier fera une action, mais il ne sera pas forcément concerné par celle d’après. A VII, si on fait un gros effort, il y a de grandes chances qu’on doive le répéter 20 ou 30 secondes après. C’est dans la répétition des tâches et des efforts, qui se font à intensité maximum, que se situe la grande différence. La fatigue chez nous est énergétique, mentale. A VII, le jeu va très vite. Un match peut basculer rapidement dans un sens ou dans l’autre. L’aspect psychologique en prend un coup.»

Son coéquipier Pierre-Gilles Lakafia en rajoute une couche : « Le fait qu’on ne soit que sept sur le terrain responsabilise énormément chaque joueur, pour faire tout le travail. Quelqu’un qui plaque doit aussi faire le travail de gratteur, et se rendre disponible après pour défendre. C’est très exigeant. Et chacun a plus de responsabilités. On essaye de travailler notre répétition d’efforts, la vitesse qu’on doit mettre dans chaque action. C’est beaucoup plus complet qu’à XV, où chacun a son rôle. Je n’ai jamais autant regardé le chrono de ma vie. »

Un rôle d'outsider qui convient

Septième nation mondiale chez les hommes, 5e chez les femmes, la France a qualifié ses deux sélections pour ce premier tournoi olympique, qui regroupe 12 équipes chez les hommes comme chez les femmes, réparties dans trois poules. Les deux premiers de chaque groupe vont en quarts de finale, avec les deux meilleurs troisièmes. « Le rêve, c’est un podium », annonce Bouhraoua. « Moi j’y vais pour ça. Je ne me suis jamais lancé dans une compétition pour ne pas la gagner. On ne les gagne pas à chaque coup. Je n’en ai pas gagné beaucoup sur le circuit mondial, même jamais depuis six ans. Mais à chaque sortie j’y crois, à chaque sortie je me dis que c’est possible. » Même son de cloche du côté des filles et de leur capitaine Fanny Horta : « L’ambition c’est la médaille. On vise la plus belle. Mais qu’elle soit en or, en argent, en bronze, ce sera la plus belle. »

En revanche, il y a bien une chose qui rassemble le XV et le VII, au-delà du maillot : « Quand elle est au complet, préparée, cette équipe de France est capable de battre n’importe qui », estime Terry Bouhraoua. « C’est la culture française avec ses qualités et ses défauts », renchérit Pierre-Gilles Lakafia. Un destin comparable à celui des handballeurs français aux Jeux de Barcelone 1992 ne serait pas pour leur déplaire.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze