Le 8 juillet 2005, l'inscription "Paris 2012" est retirée de la façade de l'Assemblée nationale.
Le 8 juillet 2005, l'inscription "Paris 2012" est retirée de la façade de l'Assemblée nationale. | AFP

Paris devra retenir ses trois leçons du passé

Publié le , modifié le

Avant de se lancer dans la course aux Jeux olympiques d’été 2024, la Ville Lumière a essuyé trois échecs, en 1992, 2008 et 2012. Trop sûre d’elle, la capitale française avait, à chaque fois, connu une immense déconvenue, au profit de Barcelone, de Pékin puis de Londres. Paris n’entend pas recevoir une quatrième claque. Pour ne pas commettre les mêmes erreurs, rien de mieux qu’un coup d’œil dans le rétro.

1992 : Paris plombé par la guerre Mitterrand-Chirac

Jacques Chirac (alors maire de Paris) aux côtés de François Mitterrand (président de la République) en 1982
Jacques Chirac (alors maire de Paris) aux côtés de François Mitterrand (président de la République) en 1982

17 octobre 1986, à Lausanne : Juan Antonio Samaranch met fin au suspense. Le président du Comité international olympique décachète l’enveloppe tant attendue. Y figure la ville organisatrice des Jeux olympiques d’été de 1992. Il s’agit de Barcelone. Paris reçoit sa première claque. A l’époque, l’échec de la Ville Lumière a des racines politiques. François Mitterrand est Président de la République depuis cinq ans. Jacques Chirac, lui, a pris la mairie de Paris en 1977. Entre les deux hommes, la rivalité est aussi tenace que le clivage gauche-droite.

Quand, en juin 1984, Mitterrand annonce la candidature tricolore pour les JO de 1992, il prend soin de ne pas citer Paris. Il évoque une candidature de la France. La subtilité de langage n’en est pas une. Mitterrand cherche à discréditer celui qui sera à nouveau son rival pour les élections présidentielles de 1988 et 1995. Mais qui mieux que Paris, sa capitale, pour porter l’étendard de la France ? La Ville de Paris et le gouvernement trouvent donc un terrain d’entente sur le sujet épineux des financements.

La candidature prévoit, notamment, des projets urbains ambitieux, visant à dynamiser Tolbiac et Bercy. Jacques Chirac est confiant. "Nous avons la faiblesse de penser que la qualité de notre dossier nous permettra de surpasser les autres." Le CIO ne sera pas de cet avis. Il retiendra Barcelone. Mais attribuera les Jeux d’hiver à Albertville. Un lot de consolation pour la France. Pas pour Paris.

2008 : Paris s’incline devant la puissance chinoise

Juan Antonio Samaranch
Juan Antonio Samaranch

Au départ, il y avait Toronto, Osaka, Istanbul, Pékin et donc, Paris. A l’arrivée, la capitale chinoise décroche la timbale. Le 13 juillet 2001, elle obtient la majorité absolue du CIO, avec 56 votes. La capitale française ? Seulement 22 voix.

En coulisses, pourtant, on dit les candidatures de Paris et de Toronto supérieures techniquement. Il se murmure, aussi, que le CIO rêvait de voir le pays le plus peuplé au monde accueillir le plus grand rassemblement sportif de la planète. Les détracteurs de Pékin ne manquent pas de rappeler les manquements de la Chine en matière de Droits de l’homme. Pour convaincre le CIO, Pékin dégaine un slogan qui fleure bon l’idéal : "Nouveau Beijing, grandes olympiades". Le message est reçu. 

Dès lors, les suspicions s’enflamment. Elles trouveront un écho crédible un an après les JO 2008. En octobre 2009, Yuan Weimin révèle un accord "privé" entre Pékin et Jacques Rogge. Dans un livre intitulé "Vents et nuages du sport international", l’ancien ministre chinois des Sports détaille les tenants et les aboutissants du deal. Il tient en une formule : les JO pour Pékin, le CIO pour Rogge. Le Belge démentira catégoriquement tout arrangement pour prendre la succession de Samaranch. Et en août 2008, la Chine sera effectivement le théâtre de la XXIXe Olympiade de l’ère moderne. 

2012 : Paris giflé par le lobbying de Londres

Marie-Claire Restoux, Philippe Baudillon, Jean-Paul Huchon, Bertrand Delanoe et Jean-Francois Lamour
Marie-Claire Restoux, Philippe Baudillon, Jean-Paul Huchon, Bertrand Delanoe et Jean-Francois Lamour

Des larmes de désillusion. De rage. De colère, même. Ce 6 juillet 2005, il est 13h49 à Singapour. Tony Parker, Marie-Jo Pérec, Jackson Richardson, David Douillet, Bertrand Delanoé, alors maire de Paris, et Jean-François Lamour, ministre des Sports, sont sous le choc. Abasourdis. La décision du CIO vient de tomber. Elle s’écrit en toutes lettres : "LONDON". 

Au 4e tour, la capitale anglaise a coiffé son homologue française. 54 voix à 50. Un coup de Trafalgar, incarné par un homme : Lord Sebastian Coe. Le double champion olympique de 1500 m, devenu manager chez Nike, est un ancien député conservateur. Le lobbying, il connaît, sur le bout des doigts.

Durant les trois mois précédents l’élection, Coe prêche la bonne parole auprès des membres du CIO. Son palmarès est une bonne carte de visite. Londres promet de construire à tour de bras, de développer le sport pour les enfants du monde entier. Le projet est ambitieux. Faramineux, même. Plus de 3 milliards d’euros doivent être investis. Le coût est d’autant plus exorbitant que la CIO veut des Jeux moins chers.

La candidature parisienne, elle, est sûre de sa supériorité en matière d’infrastructures. La Ville Lumière arbore des "Paris 2012" à chaque coin de rue. Sur la façade de l’Hôtel de Ville. Sur celle de l’Assemblée nationale. Mais la France a négligé le lobbying. Elle a oublié de séduire les électeurs, de vendre son projet. Anne Hidalgo, alors adjointe de Bertrand Delanoë, vit l'expérience de près. Elle lui sera utile comme maire de Paris. De cette Ville qui attend ses troisièmes Jeux depuis près d’un siècle. Depuis 1924.

Gil Baudu @gbaudu