La déception de Manon Brunet
Manon Brunet très déçue avec son entraîneur Jean-Philippe Daurelle | AFP - FABRICE COFFRINI

Manon Brunet et l'escrime française, une histoire qui se répète

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Au pied du podium au sabre féminin à seulement 20 ans pour ses premiers Jeux Olympiques, Manon Brunet a frôlé un exploit. Comme Lauren Rembi samedi à l'épée. Mais comme sa compatriote Charlotte Lembach en 16e de finale, comme Cécilia Berder en quarts de finale, Manon Brunet s'est inclinée (15-14) contre la N.1 mondiale, la Russe Sofyia Velikaya en demi-finale avant de s'incliner contre l'Ukrainienne Olga Kharlan dans le match pour la 3e place.

Cela pourrait ressembler à un jour sans fin. Et pour l'instant, l'escrime française termine toujours ses journées de compétition avec des larmes. Samedi, Lauren Rembi, du haut de ses 24 ans et de son 43e rang mondial, avait bien failli monter sur le podium à l'épée. La déception était trop forte pour empêcher les larmes de couler, comme celles de sa coéquipière Aurianne Mallo. En ce lundi, Cécilia Berder a également pleuré, après sa défaite contre la Russe Sofyia Velikaya. La vice-championne du monde 2015 avait de quoi râler, après des décisions arbitrales litigieuses face à la N.1 mondiale. Quelques heures après, pour une place en finale, Manon Brunet n'a pas laissé ses yeux au sec face à cette "maudite" N.1 mondiale, coupeuse de têtes tricolores.

Vidéo: La fin de la demi-finale contre Velikaya

Pourtant, quelques minutes avant, elle entrait sur la piste en tirant la langue à la caméra. Décontractée, la 21e mondiale poursuivait alors sa journée de rêve. Dernière Française en lice alors qu'elles étaient trois en 8e, elle réalisait un début parfait. Elle menait (6-2) sans trembler, ce qui n'était pas le cas d'Isabelle Lamour, la présidente de la Fédération française, très stressée dans l'attente de cette première médaille pour ses escrimeurs. Tout le camp français y croyait, d'autant que la sabreuse tricolore menait (13-10), et même 14-10, avant que le juge ne change sa décision après examen à la vidéo. Au lieu d'être à une touche de la victoire et de la finale, Brunet sentait le souffle de sa rivale (13-11). Mais elle réagissait encore pour mener (14-12) en levant les bras vers son camp. Les "Manon, Manon" descendaient des tribunes. A 14-13, elle semblait avoir réalisé la touche décisive, d'autant que son adversaire adoptait l'attitude d'une battue. Mais le juge, avec la vidéo, estimait les attaques simultanées. A 14-14, comme lors du 8e de finale entre Velikaya et Charlotte Lembach, Isabelle Lamour enfouissait sa tête dans son haut de survêtement. La défaite arrivait, la déception était grande. Mais Manon Brunet avait encore une chance de s'emparer d'un podium.

L'espoir d'une médaille encore plus vif avec l'équipe

A 17h13, elle pénétrait sur la piste, avec l'Ukrainienne Olga Kharlan, 2e mondiale. Moins dynamique, moins entreprenante, plus spectatrice, la Française souffrait (8-4). La pause intervenait là. Elle jetait son casque au sol, et son entraîneur venait la remotiver. L'électrochoc était clair, avec un cri rageur pour revenir à (7-9). Les duels étaient longs, acharnés, éprouvants physiquement. A 10-10, l'espoir était plus que jamais présent. De façon éphémère. Treize minutes après être entré sur la poste, Manon Brunet disait adieu à son rêve de médaille olympique. Et bonjour les larmes, qu'elle parvenait néanmoins à retenir après quelques minutes, pour répondre aux questions des journalistes. "Je suis très déçue", disait-elle logiquement avec un petit sourire qui s'élargissait: "Vous êtes tous là, je suis obligée de sourire", clamait-elle en riant un peu. "Je me force mais je vais me cacher après." A cet instant, l'évocation de cette journée très largement positive ne s'imposait pas à ses yeux: "Je suis peut-être jeune, ce sont peut-être mes premiers Jeux, mais on ne sait jamais si on reviendra. C'est bien, mais je n'ai pas de médaille."

Vidéo: La défaite pour la finale de la 3e place

Mais comme Lauren Rembi, elle pensait déjà à la compétition par équipes: "Je n'ai jamais fait mes résultats en individuel, toujours en équipes. A la base, je venais ici pour l'épreuve par équipes. J'aurais bien aimé avoir une médaille aujourd'hui, mais on va ramener une médaille, j'en suis presque sûre." A 20 ans, elle représente le nouveau souffle de l'escrime tricolore. L'espoir de demain, celui de mettre fin à une disette olympique qui dure depuis Londres-2012.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze