Malek, Afghanistan, Paralympiques
Malek, héros attendu d'un pays déchiré | JOHANNES EISELE / AFP

Malek, ce héros afghan

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Malek est Afghan. Dans un pays déchiré par les guerres, le jeune homme saute sur une mine et perd ses membres. Mais la chance se penche enfin sur lui, lui permettant de participer aux Jeux Paralympiques de Londres du 29 août au 9 septembre.

Dix ans de conflit entre soldats soviétiques et moudjahidines dans les années 1980 puis de guerre civile la décennie suivante ont fait de  l'Afghanistan l'un des pays les plus minés au monde. L'ONU estimait fin janvier  y avoir nettoyé en une vingtaine d'années "plus de 500.000 mines  anti-personnelles, plus de 22.000 mines anti-chars et plus de 15 millions de  munitions non explosées".
Quelques 375 personnes ont été blessées ou tuées en 2011 par ce genre  d'explosifs, selon l'ONU. L'insurrection des talibans a, de son côté, fait des mines artisanales placées le long des routes et déclenchées à distance l'une de  ses armes favorites et les plus mortifères. Celles-ci ont décimé l'an passé un  millier de personnes.

Malek, un parmi tant d'autres

La vie de Malek bascule en 2005, quand il pénètre dans un champ de mines  russes près de l'aéroport de Kaboul. Il saute sur l'une d'elles, retombe sur  une autre, qui à son tour explose. "Quand j'ai été le voir à l'hôpital, il  n'avait plus l'air humain. Il était en morceaux", raconte sa mère, Sabza Gul, qui dit s'être évanouie sous le choc.
Malek perd ses deux jambes. Et l'espoir d'une vie à peu près normale, dans  un pays au quotidien déjà tourmenté.

"Bonne chance et belle vie"

Un évènement heureux va pourtant  transcender son malheur. Un employé de l'USAID, l'agence humanitaire  américaine, ému par son cas, réussit à le faire soigner aux Etats-Unis. Il y  restera deux ans. "Là, j'ai appris à marcher, à nager, à parler (anglais), à me faire des  amis", résume-t-il. Le cas de Malek, dont le corps, recouvert de cicatrices,  n'a pas encore été débarrassé de tous les éclats de mines qu'il contenait,  interpelle dans le pays menant la coalition internationale en Afghanistan, qui disposait encore de près de 100.000 hommes sur le terrain début 2012.
L'ancien président George Bush Sr le rencontre et lui fait les honneurs de  son bureau, photos à l'appui. "Bonne chance et belle vie", écrit-il en guise d'autographe. Le jeune Afghan devient mascotte. Il remporte une compétition de natation,  pose pour un calendrier d'athlètes handicapés. Est invité sur le plateau d'une petite chaîne de télévision. Des quotidiens d'envergure lui consacrent des articles.

"Aller toujours plus haut"

"Avant l'accident, je n'étais personne. Juste un enfant avec une famille,  qui allait à l'école et travaillait dans une usine", affirme-t-il en chaussant ses prothèses dernier cri, "made in USA", au fond desquelles on aperçoit la bannière étoilée. "Maintenant, je veux aller toujours plus haut". A commencer par les jeux Paralympiques de Londres, du 29 août au 9 septembre, où il compte briller malgré une préparation limitée et un manque d'infrastructures certain. "Parfois, Malek tombe malade. Mais je ne peux pas lui donner le genre de nourriture que requiert un athlète", se désole sa mère. "Mais chaque fois que je le vois faire du sport à la télé, je me sens fière."
"Tous les handicapés (afghans) attendent de lui qu'il remporte une médaille, remarque Kabeer Khoshbeen, athlète afghan amputé d'un bras. Ils espèrent qu'il deviendra un héros".
  

AFP