Lutte : suspendu pour dopage, Zelimkhan Khadjiev conteste la rigueur de l'AMA

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Auteur·e : AFP
Zelimkhan Khadjiev aux JO de Rio 2016
Le lutteur français, Zelimkhan Khadjiev, ici à l'occasion des Jeux olympiques 2016 de Rio (Brésil). | JACK GUEZ / AFP

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Contrôlé positif en 2019, et menacé de manquer les Jeux olympiques de Tokyo, le lutteur français Zelimkhan Khadjiev conteste lundi 29 mars les bases scientifiques de la liste de produits interdits par l'Agence mondiale antidopage (AMA). Un combat lourd d'enjeux.

Entendu en visioconférence par le Tribunal arbitral du sport (TAS), le double vice-champion d'Europe (-74 kg), Zelimkhan Khadjiev, tentera d'annuler ses quatre ans de suspension pour dopage prononcés en juillet 2020 par la Fédération internationale de lutte. Solide espoir de médaille olympique, le Niçois d'origine tchétchène a été contrôlé positif en septembre 2019 au Vastarel, un médicament censé soulager les angines de poitrine et dont le principe actif, la trimétazidine, est interdit depuis 2014 par l'AMA.

Khadjiev, 26 ans, a d'emblée reconnu avoir lui-même acheté ces comprimés près de l'Institut national du sport (Insep) à Vincennes, sur les conseils d'un entraîneur pour apaiser des douleurs aux jambes. A cette négligence s'est ajouté "un enchaînement d'incompétences", raconte à l'AFP le docteur Jean-Pierre Mondenard, spécialiste du dopage: le pharmacien lui a délivré un produit qui "nécessitait l'ordonnance d'un cardiologue", et la notice ne contenait pas l'habituelle "mise en garde aux sportifs".

"Un type a pris quatre ans pour un produit qui ne fait pas avancer un escargot"

Mais sa défense conteste la présence même de la trimétazidine sur la "liste des interdictions" de l'AMA, faute de publications scientifiques démontrant que cette molécule améliore la performance. "Un type a pris quatre ans pour un produit qui ne fait pas avancer un escargot", affirme Jean-Pierre de Mondenard, qui témoignera lundi devant le TAS en faveur de Khadjiev. Le pharmacien et toxicologue Pascal Kintz, lui aussi cité par la défense, relevait en octobre dernier "le flou de l'activité pharmacologique de la molécule au niveau de l'AMA", qui l'a d'abord classée parmi les "stimulants" avant de la ranger dans les "modulateurs métaboliques".

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"Les nombreux effets secondaires de type parkinsoniens ne semblent pas être de nature à favoriser un usage chez les sportifs", soulignait-il dans la revue "Toxicologie Analytique et Clinique", évoquant les risques de "troubles de la marche", "risque de chute" et "d'hallucinations". Interrogé par l'AFP, le gendarme mondial de l'antidopage refuse de commenter "une affaire en cours" et renvoie au mode d'élaboration de sa liste, confiée à un comité d'experts et objet de multiples consultations.

Mais cette réflexion en vase clos nourrit régulièrement les critiques, et une étude russe publiée en janvier dans l'Asian Journal of Sports Medicine relevait "un manque de preuves" à l'appui de l'interdiction par l'AMA de la trimetazidine comme du meldonium, du xénon ou du cobalt. "L'opinion d'experts peut être subjective ou biaisée, et a donc une faible valeur probante", estiment les auteurs, exhortant l'AMA à "publier les données", dont elle dispose pour renforcer "la confiance de la communauté sportive".

L'ultime bataille

Si les trois arbitres du TAS valident l'argumentation de la défense, leur sentence sera un séisme pour la lutte antidopage, ouvrant la voie à nombre de contestations individuelles et poussant l'AMA à modifier son fonctionnement. Pour Khadjiev, il s'agit surtout de la dernière chance de toucher au Graal olympique, lui qui avait fini 8e aux JO 2016 de Rio et a depuis remporté deux médailles d'argent européennes (2018, 2019), avant de décrocher une médaille de bronze aux Mondiaux 2019, qui lui a été retirée à la suite de son contrôle positif.

"Quatre ans de suspension, ce serait la fin de sa carrière : dans les petites et moyennes catégories, on fait rarement plus d'une édition des Jeux parce qu'il y a beaucoup de compétiteurs, donc une dizaine d'adversaires à passer", explique à l'AFP son avocat, Me Jacques Boedels. Né dans le Caucase russe, le jeune homme a grandi pendant la guerre et commencé la lutte libre à sept ans, rêvant de suivre les traces de son idole Buvaysar Saytiev, six fois champion du monde et triple champion olympique. En 2004, sa famille a tenté de fuir vers la Norvège avant de rejoindre Nice, après trois mois d'errance à travers l'Europe : reconnu comme réfugié, l'adolescent a intégré quatre ans plus tard l'équipe de France.

AFP