Lutte féminine: le Japon seul au monde

Lutte féminine: le Japon seul au monde

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Le Japon a décroché quatre des sept titres olympiques en lutte féminine dont un quatrième d’affilée pour Kaori Icho, qui lui permet de rejoindre dans la légende un certain Carl Lewis. Retour sur la domination du pays du Soleil-Levant sur une discipline dont elle s'est emparée, et qui lui rapporte désormais plus de médailles d'or que le judo.

C’est la Phelps des tapis. La lutteuse japonaise Kaori Icho a remporté, mercredi à 32 ans, son quatrième titre olympique consécutif dans la catégorie des 58kg, en dominant la Russe Valeriia Koblova Zholobova devant un public nippon en furie. La lutteuse ne compte pas s’arrêter en si légendaire chemin, elle qui a promis d’être là, chez elle à Tokyo en 2020.

 

Fer de lance 

Elle est le fer de lance de la lutte japonaise féminine, qui a permis au pays de décrocher 4 médailles d’or sur les 12 qu’il compte à ce stade de la compétition. Soit plus que le judo, historiquement plus gros pourvoyeur de médailles du Japon. Kaori Ocho a ramené dans son sillage trois autres de ses compatriotes. La toute jeune Eri Tosaka, 22 ans, qui l’a emporté sur l’Azerbaïdjanaise Mariya Stadnik, déjà en argent à Londres, en finale des 48 kg. Sara Dosho qui a battu la Russe Natalia Vorobeva chez les 69 kg. Et Risako Kawai qui s’est adjugée la médaille d’or olympique aux dépens de la Biélorusse Marya Mamashuk, avant de fêter son sacre de manière assez peu protocolaire.

Une domination implacable et "plutôt récente", constate Didier Favori, le consultant de France Télévisions qui commente la lutte depuis cinq olympiades. "La lutte féminine est devenue sport olympique en 2004. Les Japonaises ont, depuis cette date, toujours dominé la compétition", précise-t-il. Aux Jeux de Londres, en 2012, la lutte féminine japonaise repartait avec trois médaillées d’or. Kaori Icho bien sûr, qui combattait alors en moins de 63kg. Saori Yoshida en moins de 55 kg et Hitomi Obara en moins de 48. Seule la Russe Natalia Vorobieva parvenait à éviter une razzia nippone lors de ces Jeux en s’imposant face à la Bulgare Stanka Zlateva pour les moins de 72 kg. Quatre ans plus tôt, les Japonaises s’emparaient de deux des quatre titres comme en 2004, année du premier couronnement olympique de Kaori Icho.

Hégémonie

"Ce sont les Français qui ont les premiers développé la lutte féminine dans les années 1980, avant que les Japonais et leur immense culture du sport de combat ne s’en emparent", explique Didier Favori. Ce n’est en effet qu’après la loi Haby de 1975, imposant officiellement la mixité en France, que le sport a pu entamer son essor, puis faire ses premiers pas internationaux une dizaine d’années plus tard, lors des mondiaux de Lorenskog en Norvège.

Il n’aura fallu ensuite que quelques années aux Japonais, déjà très performants en lutte masculine pour se hisser dans le top mondial. "L’importance du sumo au Japon et ses nombreuses similarités avec la lutte peuvent aussi expliquer cette domination même si chez les hommes, l’emprise n’est pas aussi perceptible. Les filles en tout cas sont intouchables", estime Didier Favori. Avec ces récents résultats, on a bien du mal à imaginer qu’un pays puisse mettre fin à cette hégémonie.

Bien que vendredi, l’Américaine Helen Maroulis ait mis fin à celle de Saori Yoshida en finale des 53 kg. La triple tenante du titre olympique et 13 fois championne du monde s’est inclinée face à cette lutteuse de 24 ans qui participait à ses premiers JO.

Boris Courret