Volontaires Sotchi
Les volontaires de Sotchi arborent tous cette veste, "patchwork de couleurs symbolisant les 28 régions russes" | AFP - ALEXANDER KLEIN

Les volontaires, promotion et contrôle

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Véritable armée des Jeux Olympiques, les 25 000 volontaires présents à Sotchi assurent le service après-vente de leur pays. Sourires, disponibilité, ils sont eux aussi une vitrine des JO. Une vitrine agréable mais lisse. Contrôlés, ils ne peuvent pas tout évoquer. Poutine et la politique non, mais la grandeur de la Russie oui.

Ils sont partout. En même temps, difficile de les rater. Ils, ce sont les volontaires. Drapés dans une veste bariolée, ils sont 25000 pour accueillir, guider, aider et contrôler les médias et les spectateurs venus du monde entier. "Et donner du sourire", ajoute Ruslan. Cette veste, le jeune homme l’aime bien. Ce volontaire originaire d’Alania en Ossétie du Nord est arrivé fin janvier à Sotchi. Il a réussi les tests et fait partie des 25 000 heureux élus. "Il y a eu 200 000 candidatures pour être volontaire", précise son compère Insar. Lettre de motivation écrite par Yevgenia ou interview par Skype pour Ruslan, toutes sortes de tests ont été nécessaires pour faire le tri parmi des candidatures venues des quatre coins du monde puisqu’avec les Russes, on trouve des Canadiens, des Mexicains ou encore des Chinois. Tous portent donc ce "patchwork de couleurs et de motifs provenant de 28 régions russes" selon le comité d’organisation des JO de Sotchi. 45 000 pièces distribuées aux bénévoles, mais aussi aux officiels et à quelques personnalités dont Vladimir Poutine, le président russe et Thomas Bach, le patron du CIO. Chaque pièce est unique de par "sa combinaison de couleurs et de motifs". Si la tenue est unique, le discours en revanche est beaucoup plus uniformisé. La demande d’interview relève du parcours de combattant. Il faut être patient.

Parole contrôlée

Après plusieurs demandes et quelques minutes d’attente, Inslar et Ruslan, deux Russes s’avancent. Souriants toujours. Dans un anglais maîtrisé et sous la surveillance de la hiérarchie, ils étalent leur motivation et leur joie d’être volontaires. "J’aime mon pays et les JO ce sont les plus grands événements sportifs. Je voulais aider mon pays", assure Ruslan. Le discours est bien rôdé, la parole contrôlée. S’ils sont évidemment "fiers" de leur pays, ils ne peuvent aborder la politique de leur chef d’état. Pourquoi ? "Ce sont juste les règles". On n’en saura pas plus. Ces JO, ce sont surtout l’occasion pour eux de changer l’image de la Russie. "Les étrangers pensent que les Russes ne sont pas souriants, mais c’est faux, s’exclame Insar, les Russes sont très gentils". "Nous étions un pays fermé, mais avec ces Jeux, on s’ouvre, c’est une manière de prouver que nous aimons les étrangers", assure celui qui est originaire de Sibérie. Difficile de savoir si le discours officiel efface toutes les convictions personnelles, mais l’amour de la France ne sonne pas faux. "Alizée, Mireille Matthieu, Mylène Farmer, Patricia Kass, Lara Fabian", Insar énumère les stars tricolores qu’il apprécie. Quand on lui fait remarquer que certaines ne sont plus forcément "à la mode" chez nous, il se défend en disant que toutes sont "des immenses stars en Russie".

Langue de bois et nationalisme

Formés durant un an, les volontaires sont logés ensemble. Ils ont un rythme précis : deux jours de travail, deux jours de repos. Tous ont une zone affiliée, Ruslan et Insar sont positionnés au MBC (Media Broadcasting Center) à Gorki, mais leurs affectations tournent. Les deux hommes fondent beaucoup d’espoir en ces Jeux. "Ils pourraient permettre d’unifier la Russie", rêve Ruslan. Mosaïque de peuples, le plus grand pays du monde est un puzzle de traditions qu’Insar souhaite découvrir et faire découvrir aux autres. "Ca, les JO le permettent. Pendant nos jours de repos, on sert de guide aux autres bénévoles étrangers", sourit Insar. Lui qui ambitionne de participer au comité d’organisation des JO 2016 à Rio est satisfait que la Russie ait retrouvé sa puissance. Il espère désormais que son image change. Les bénévoles sont l'un des vecteurs de ce changement. Mais difficile de savoir ce qui se cache derrière ces sourires.

Vidéo : les bénévoles de Sotchi

Benoit Jourdain @BenJourd1