Rio de Janeiro face aux travaux
Parmi les travaux dans Rio, ceux consacré au métro vont changer le visage de la ville | AFP - CHRISTOPHE SIMON

Les JO feront-ils de Rio la nouvelle Barcelone ?

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Les chantiers olympiques ont secoué de sa torpeur tropicale Rio de Janeiro, qui se rêve en nouvelle Barcelone revitalisée après ses JO qui débutent dans six mois. Mais la récession économique et les vieux démons de Rio tempèrent l'ambition des autorités locales de rivaliser avec le modèle de la capitale catalane, qui a connu un formidable essor après sa modernisation pour les JO-1992.

Après avoir subi des années l'enfer d'assourdissants travaux, routes  déviées et embouteillages monstres, les Cariocas commencent à voir émerger de  la poussière les fruits de leur patience. La zone portuaire, berceau moribond de Rio qui vient de célébrer ses 450  ans, est en pleine renaissance. La hideuse rocade suspendue qui longeait les quais vers l'aéroport a été  rasée au profit d'un tunnel en travaux, faisant ressurgir les façades de  bâtiments historiques oubliés.

Fraîchement inauguré, le "Musée du futur" de l'architecte espagnol Santiago  Calatrava ne désemplit pas. Ce blanc vaisseau futuriste semble défier les imposants navires de  croisière amarrés à quelques pas, d'où les touristes pourront bientôt rejoindre  le centre-ville et l'aéroport domestique Santos Dumont voisins à bord d'un  tramway moderne. Un consortium asiatique se charge d'agrandir et dépoussiérer l'aéroport  international Antonio Carlos Jobim d'aspect plutôt provincial actuellement. La capacité hôtelière de Rio, chroniquement sous-dimensionnée, aura doublé  après les JO.

La deuxième plus grande ville du Brésil n'avait pas connu de tels  bouleversements depuis qu'elle a perdu son rang de capitale en 1960, avant de  sombrer doucement dans une mélancolique décadence. "Nous battrons Barcelone à plate couture", fanfaronnait en 2015 son maire  Eduardo Paes.

"Problèmes structurels"

C'est passer un peu vite sur l'échec cuisant de la dépollution de la  spectaculaire baie de Guanabara, où se disputeront les épreuves olympiques de  voile. Des rivières d'immondices s'y déversent d'une grande partie des égouts de  cette ville de 6,5 millions d'habitants. Un tiers des Cariocas s'entassent dans des favelas misérables et insalubres  où la guerre entre trafiquants de drogue et une police expéditive se solde  chaque année par des centaines de victimes. Les hôpitaux et universités publiques survivent dans une grande précarité.  Les malades patientent parfois des mois - quand ils ne meurent pas! - pour  décrocher un simple rendez-vous ou une date d'opération.

"Les autorités brésiliennes ont tendance à croire que les grands événements  à eux seuls vont résoudre les problèmes structurels", souligne Pedro  Trengrouse, professeur universitaire de droit sportif à Rio (UERJ). Dans cette Rio "Purgatoire de la beauté et du chaos", selon la formule de  la rockeuse carioca Fernanda Abreu, la récession commence à se faire sentir  tandis que les prix continuent de flamber. L'Etat de Rio taille dans les budgets des secteurs publics de base pour  compenser la chute des recettes pétrolières qui pèsent pour 30% dans son  enveloppe. Le bâtiment est en crise mais les chantiers olympiques ont freiné la  poussée du chômage. Bientôt, leurs 30.000 ouvriers risquent de se retrouver à  la rue.

Pas d'éléphants ​blancs ?

Quand la flamme olympique s'éteindra le 21 août, Rio comptera sur un  système de transports publics rénové, capable d'absorber les déplacements de  66% de la population contre à peine 33% auparavant. Ce sera "le principal héritage des Jeux", résume pour l'AFP le  sous-secrétaire aux Transports de la ville, Bernardo Carvalho. La nouvelle ligne 4 du métro, de 16 km, reliera en 13 minutes le sud  touristique au quartier moderne de Barra da Tijuca (ouest), contre deux heures  et demie d'enfer en voiture aux heures de pointe. Elle sera connectée à 116 km de nouvelles voies exclusives de bus rapides  (BRT) traversant les vastes et peuplées périphéries nord et ouest jusqu'à  l'aéroport international.

Le maire jure que les installations sportives ne deviendront pas des  "éléphants blancs" comme certains stades ruineux et désormais inutiles du  Mondial-2014 de football. Le stade provisoire de handball sera ainsi reconverti en quatre écoles  publiques et les deux gymnases en collège sportif expérimental et centre  d'entraînement de haut niveau. Les enceintes olympiques du quartier populaire de Deodoro (nord)  deviendront un grand parc public de loisirs. "L'exemple de Barcelone-1992 a influencé et continue d'influencer beaucoup  les JO de Rio", souligne Emilio Fernandez Pena, directeur du Centre d'études  olympiques de l'Université Autonome de Barcelone.

Barcelone avait consacré plus de 80% de son budget olympique à  l'amélioration de la ville. Le nombre de touristes y a bondi de 1,7 million en  1991 à près de 8 millions en 2014. Rio a investi en comparaison 64% de son budget olympique (environ 10  milliards de dollars) à l'héritage post-olympiades.

AFP