Sièges vides, polémique
Les sièges vides, cibles des critiques aux JO de Londres | PAUL ELLIS / AFP

Les Jeux de Londres font-ils vraiment le plein ?

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Enfants des quartiers voisins, étudiants, familles flânant dans le parc Olympique et même l'armée ont été appelés à la rescousse: il faut d'urgence remplir les places vides, balayées ici et là par les caméras du monde entier sur les gradins des stades londoniens. Mais comment un évènement planétaire, suivi ce week-end par des centaines de millions de téléspectateurs, peut-il se jouer autrement qu'à guichets fermés ?

La polémique n'a cessé d'enfler ce week-end sur les plateaux de la BBC avant de s'afficher aujourd'hui à la Une de la presse britannique, comme une fausse note après trois jours d'ivresse patriotique. Il y a eu cette cérémonie d'ouverture flamboyante, les premiers compliments sur une organisation quasi sans faille pour les visiteurs,  et surtout les premières médailles britanniques dimanche (la veille, on avait frisé l'humiliation nationale à l'issue d'une première journée blanche).

Coe admet un problème

The Guardian fait les comptes ce matin: quelques 2.000 places vides pour le match de basket Nigeria-Tunisie, 2.500 pour les qualifications de la natation, plusieurs centaines à la gymnastique etc. "Je ne comprends pas ces centaines de places vides, a tweeté le nageur irlandais Barry Murphy alors que mes parents auraient donné n'importe quoi pour venir me voir". Après une phase de déni - il avait affirmé samedi que les stades étaient "pleins à craquer" - Lord Sebastian Coe, grand ordonnateur des Jeux, a fini par admettre un problème. Et promettre dimanche que "tout serait fait pour que les places vides soient occupées", quitte à réquisitionner la troupe, présente en force sur les différents sites.

Comme à Pékin...

Alors, à qui la faute ? Certes, 100.000 à 120.000 billets n'ont toujours pas trouvé preneurs, sur les 6,6 millions proposés au public sur toute la durée des Jeux. Mais il existe 2,2 millions de places supplémentaires réservées aux sponsors, aux medias, aux athlètes, aux fédérations sportives et à la "famille olympique" au sens large. Ce sont dans ces gradins que les rangs étaient les plus clairsemés pendant le week-end. Sur la plupart des compétitions, au moins 20% des sièges sont réservés à ces différentes catégories de téléspectateurs, pas toujours très assidues.

La polémique n'est pas nouvelle: à Pekin en 2008, le même phénomène avait été constaté. Mais la presse y est moins agressive, tandis qu'à Londres, The Independent n'hésite pas à dénoncer un "fiasco". La clameur générale a d'ailleurs obligé les organisateurs à réagir au plus vite. En France, les places vides qui constellent parfois les images du tournoi de Roland-Garros ou d'autres compétitions, ne font guère de vagues. Mais ici à Londres, ce sont les Jeux, et l'honneur national est en jeu.

"La règle des 30 minutes"

En réalité, le problème n'est pas si simple à régler. Hier, le patron du Comité Olympique Britannique, Lord Moynihan, a proposé de créer "la règle des 30 minutes": tout siège resté vide une demi-heure après le début d'une compétition serait remis à la disposition du public présent sur le Parc Olympique. "Nous le devons au public britannique, a-t-il dit, il faut que nos fans de sport puissent assister à l'évènement le plus marquant de leur vie". En attendant que les organisateurs trouvent la parade, la tendance est à l'improvisation : "nous sommes des remplisseurs de sièges, a témoigné dimanche un soldat présent dans les gradins du match de basket France-USA, avec une quinzaine de camarades en uniforme. "On nous a demandé qui aimait le basket, et ceux qui ont levé le doigt ont filé au stade".   

3 000 billets remis en vente

L'organisation a choisi de réagir ce lundi en remettant en vente des billets "au coup par coup". Dès dimanche soir, 3 000 billets avaient été réintégrés (parfois à des prix astronomiques) de l'aveu même de Jackie Brock Doyle, porte parole du Locog. Sur ces billets, 600 concernaient la gymnastique, l'une des disciplines les  plus demandées. "Nous allons faire de même au jour le jour", a-t-elle promis. Il y a eu quelque 22 millions de demandes pour 8,8 millions de billets  disponibles. 75% des billets étaient proposés au public, 12% aux comités  nationaux olympiques, 5% à la "famille olympique" et 8% aux parraineurs.

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par David Botbol