Michael Llodra et Jo-Wilfried Tsonga
Michael Llodra et Jo-Wilfried Tsonga associés en double aux JO comme en Coupe Davis | AFP - MARTIN BERNETTI

Le renaissance provisoire du double

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Avec la présence de Julien Benneteau-Richard Gasquet, et celle de Jo-Wilfried Tsonga-Michael Llodra en demi-finale aujourd'hui, la France est assurée d'obtenir une médaille à l'issue du tournoi olympique de double. Si les meilleurs mondiaux y ont pris part, et que Roger Federer en était le tenant du titre, la discipline ne fait plus partie des priorités des joueurs. Patrice Dominguez, consultant France Télévisions, nous en explique les raisons.

- Pourquoi le double est en déshérence sur le circuit ?
Patrice Dominguez:
"A l’exception des Jeux Olympiques au cours desquels les meilleurs joueurs de simple jouent le double, la plupart du temps, lors des tournois ATP comme WTA, les meilleurs en simple ne s’alignent pas en double. Même si le double reste spectaculaire, il y a eu un désintérêt des spectateurs pour une épreuve mal identifiée. Les joueurs de double sont devenus de tels spécialistes qu’à l’exception de quelques-uns, comme les jumeaux américains Bryan, comme les Indiens Paes et et Bhupathi, les spectateurs ne les identifient plus, ne les connaissent plus. Finalement, ce spectacle étant devenu une affaire de spécialistes, qui n’ont pas une grande qualité de joueur de simple qui plus est. C’est un complément de spectacle, mais en aucun cas une véritable épreuve aujourd’hui."

Le simple moins tourné vers le filet

- Les meilleurs ne viennent plus en double car ils ont besoin de trop d'énergie en simple ou parce que le jeu en simple n'est plus tourné vers le filet, contrairement au double ?
Pa. D.:
"Il y a un petit peu des deux. Les deux phénomènes se rejoignent. Le jeu s’est plutôt axé sur la ligne de fond de court, vers sinon la défense du moins sur l’attaque de fond de court. Il n’y a plus de serveur-volleyeur comme il y en avait dans le temps. On fait donc moins appel à ses qualités là, et les joueurs n’éprouvant plus le besoin de travailler ce secteur du jeu, ne le pratiquent plus. La deuxième chose, qui est la plus importante, c’est que le jeu actuel requiert une telle dépense d’énergie que les joueurs de simple, ambitionnant d’aller loin, ne veulent pas perdre de temps. Car jouer le simple et le double signifie avoir moins de temps de récupération, rester beaucoup plus tard dans l’enceinte des tournois le simple ayant forcément lieu avant le double. Depuis la retrait de McEnroe et celle de Kafelniko, grands joueurs de simple et de double, il n’y a plus de membre du Top 10 qui fait le double. Les Jeux Olympiques, c’est différent parce que c’est en trois sets, qu’on joue pour son pays. Il y a donc un effort qui est fait par les joueurs à cette occasion. Mais on voit bien que le fait de doubler occasionne beaucoup de fatigue."

Tsonga pénalisé en simple par le cumul

- Les deux paires françaises se trouvent en demi-finale. Cela ne devrait-il pas inciter les joueurs à continuer ?
Pa. D.:
"Julien Benneteau et Michael Llodra ont l’habitude de doubler simple et double. Ils font la carrière dans les deux épreuves parce qu’ils ne sont pas des joueurs du Top 20 en simple, qui jouent le vendredi et le samedi toutes les semaines. Ils ont donc du temps pour jouer le double. Cela correspond aussi davantage à leur forme de jeu, surtout pour Llodra, qui est un serveur-volleyeur. Il est indéniable que Jo-Wilfried Tsonga a été pénalisé dans ce tournoi olympique par le fait qu’il a joué simple et double, ce qui l’a fait aller aux soins plus tard, récupérer moins vite. A n’en pas douter, son début de match contre Novak Djokovic doit être mis sur le compte de sa fatigue suite à de longs matches en simple comme en double."

- Mais ces deux doubles ont des résultats alors qu'ils ne sont pas habitués à être souvent associés...
Pa. D.:
"Ils sont très performants car ce sont de très grands joueurs de simple. Intrinsèquement, ils sont plus forts. Richard Gasquet est un fantastique joueur de volée, et se trouve très à l’aise en double. S’ils se spécialisaient, ils seraient assurément les N.1 mondiaux de la spécialité. Il faut reconnaître aux Bryan, la référence en double depuis plusieurs années, le talent d’avoir su, au-delà de leur qualité de joueur de simple moyenne, devenir de très grands joueurs par leur complémentarité. Je ne pense pas qu’on revienne en arrière comme à l’époque de Rod Laver, qui gagnait des Grands Chelems en simple et en double, ou Roy Emerson, ou Newcombe-Roche. Cette époque là a cessé avec la paire John McEnroe-Peter Fleming. Depuis, il n’y a pas eu un N.1 mondial qui a joué systématiquement en double. Mais lorsque Rafael Nadal joue avec Marc Lopez, ils gagnent des tournois. Ca veut dire qu’un grand joueur de simple, s’il se met au double, il est plus fort que les spécialistes, sans leur manquer de respect."

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze