Sotchi stade olympique
Le futur stade olympique de Sotchi | AFP - MIHAIL MOKRUSHIN

Le chantier de Sotchi, entre merveille et controverse

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A tout juste un an de l'ouverture des 22e Jeux Olympiques d'hiver le 7 février 2014 à Sotchi, la Russie, organisatrice de l'évènement pour la première fois, s'active. Mais le gigantesque chantier, à la hauteur des ambitions du comité d'organisation, est au cœur de nombreuses polémiques.

Un projet démesuré qui prend du retard

Dans un an, 6000 athlètes et accompagnateurs de plus de 80 pays envahiront Sotchi, au Sud-Ouest de la Russie. Dans cette station balnéaire vierge de toute installation sportive, située entre les montagnes du Caucase et la Mer Noire, naissent mois après mois des infrastructures grandioses. Si l'arène "Shayba" et le centre de curling sont terminés, les principales constructions du village olympique sont encore inachevées. Le Palais de glace "Bolchoï" et son immense coupole sphérique, écrin du tournoi de hockey, sera opérationnel le mois prochain, et "Fisht", le stade olympique ultramoderne de 40.000 places, ne sera quant à lui pas prêt avant l'été.

Des délais que Dmitri Tchernychenko, chef du comité d'organisation des JO, avait bien tenté de relativiser en promettant que tous les travaux était dans les temps. Mais la sanction est tombée jeudi avec le limogeage, décidé par Vladimir Poutine en personne, du  vice-président du comité olympique. Akhmed Bilalov était directement visé pour le retard dans la construction du complexe de saut à skis. Prévue pour être achevé en 2011, l'installation n'est pas terminée et coûtera deux fois plus (200 millions d'euros) que prévu. Un défaut que les plus hauts responsables du comité olympique ont peiné à justifier devant la colère du président russe qui, visiblement irrité, leur a lancé sur un ton amer : "bravo, vous travaillez bien".

Les Olympiades les plus chères de l'Histoire

En visite sur le chantier mercredi et jeudi, Vladimir Poutine a fait une priorité de l'organisation des événements et la sécurité mise en place pour l'occasion. Sotchi, proche des régions instables du Caucase du Nord, bénéficiera pour cela d'investissements exceptionnels. 1,4 milliard d'euros rien que pour la sécurité des Jeux, et 36 milliards au total (dont la moitié, environ, provient d'investissements privés). Le Président russe a bien demandé à ce qu'une attention particulière soit portée au respect des coûts mais la somme dépasse déjà largement les estimations initiales, et fait des Jeux de Sotchi les plus coûteux de l'Histoire. La précédente édition, à Vancouver, avait coûté moins de 2 milliards d'euros. En 1998, le buget de 1,26 milliard d'euros avait été jugé "extravagant". 

Indispensable aussi pour les sports d'hiver et actuellement absent à Sotchi : la neige. Pour se parer d'une telle défaillance en février 2014, le comité lance actuellement un vaste projet de production de poudreuse artificielle, utilisable même lorsque le thermomètre indique plus de 20 degrés. De quoi alourdir encore un peu plus la note, d'autant qu'il faut encore rendre praticables 367 kilomètres de route, 201 kilomètres de nouvelles voies de chemin de fer, 77 ponts et 12 tunnels prévus d'ici à la cérémonie d'ouverture...

Vidéo : Les pistes sans neige de Sotchi

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Dommages écologiques et violation de droits sociaux

Mais les critiques entourant les dépenses pharaoniques et les risques de retard du chantier olympique ne sont pas les seules à secouer Sotchi depuis quelques jours. Greenpeace Russie a d'abord lancé la polémique, considérant que l'aménagement des JO provoque des "dégâts considérables" et "continue d'entraîner la destruction de l'écosystème du Caucase du Nord". L'organisation pointe notamment du doigt les autorités russes, accusées d'avoir modifié la législation pour autoriser certaines constructions dans des zones protégées. 

L'autre pavé dans la grande mare russe a été jeté par Human Rights Watch. L'ONG a d'abord dénoncé des expropriations d'habitants, dévoilant "des situations où les habitants n'ont tout simplement pas reçu d'indemnisation pour le terrain qu'ils ont perdu", avant de révéler plusieurs situations d'exploitation de travailleurs.

Le chantier de Sotchi, qui emploie 60.000 ouvriers dont de nombreux immigrés d'ex-républiques soviétiques, serait la scène de nombreuses violations de droits sociaux. Un responsable d'HRW a notamment signalé des escroqueries "consistant à retenir les premiers mois de salaire de sorte à garantir que les travailleurs ne partent pas avant que l'employeur juge qu'ils n'étaient plus nécessaires". Noms du rapport à l'origine de la controverse? "La course vers le fond". Un sombre tableau, bien loin de la féerie des jeux.

Vidéo : L'état du chantier de Sotchi à un an des JO

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