Le 27 mars 1991, le jour où l'Afrique du Sud a fait son retour dans le jeu olympique

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
La délégation sud-africaine lors des Jeux de Rio en 2016
La délégation sud-africaine lors des Jeux de Rio en 2016 | Leon NEAL / AFP

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Il y a 29 ans jour pour jour, une délégation du Comité international olympique (CIO) rentrait d’Afrique du Sud après quelques jours de visite destinés à valider ou non la réintégration du pays au sein du CIO. L’Afrique du Sud en est alors exclue depuis 1970 en raison de son régime d’apartheid, condamné de manière unanime sur la scène internationale. À l’issue de la visite, deux conditions sont établies pour que l’Afrique du Sud fasse à nouveau partie du CIO. Une réintégration effective quelques mois plus tard, avant même l'abolition de l'apartheid.

Le 27 mars 1991, une délégation du CIO emmenée par Kéba Mbaye, vice-président de l’organisation, achève cinq jours de visite en Afrique du Sud. Membre de la commission "apartheid et olympisme" créée en 1988 par le CIO, le Sénégalais se montre enthousiaste lors de son retour à Lausanne (Suisse) où est basée l’organisation. Il s’apprête, avec les autres membres de la délégation, à mettre fin à 32 ans de disette olympique pour l’Afrique du Sud.

Depuis 1970, le pays n’est plus membre du comité olympique et n’a plus participé aux moindres Jeux depuis ceux de Rome en 1960. Pourtant, l’Afrique du Sud est bel et bien invitée par le CIO en 1964 et 1968 aux Jeux de Tokyo et de Mexico, alors même que l’ensemble de la communauté internationale condamne son régime d’apartheid instauré en 1948. Pour Carole Gomez, chercheuse à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), "le CIO maintient toujours cette politique de laisser la porte ouverte. Pour le comité olympique, c’était par le biais du sport que le régime d'apartheid allait changer d’attitude en réalisant qu’il n’était pas la norme et qu’il était à bien des égards condamnables."

"Le sport a été un levier géopolitique intéressant"

Des menaces de boycott de ces deux éditions, de la part de pays africains et soviétiques, font pression sur le CIO, qui se voit dans l'obligation de retirer ses invitations à l’Afrique du Sud. Le comité olympique se conforme à la stratégie de la communauté internationale, "qui cherchait à interrompre toute relation avec l’Afrique du Sud, dans l’idée de créer une chape de plomb autour du pays pour affaiblir le régime et lui montrer qu’il ne pouvait pas être viable", explique Carole Gomez.

Malgré l’exclusion du pays en 1970 du CIO, d’autres incidents liés à l’Afrique du Sud éclatent sur la scène internationale sportive : des scènes de violence à Londres en 1970 lors d’une tournée des Springboks en Angleterre, le boycott de 22 pays africains des Jeux de Montréal en 1976 pour protester contre la participation de la Nouvelle-Zélande, dont l'équipe de rugby a effectué une tournée en Afrique du Sud la même année… Pour Julien Migozzi, chercheur en sciences sociales et enseignant à l’ENS, "les politiques de boycott ont eu une résonance internationale qui ont permis un assouplissement du régime d’apartheid. Le sport a été un levier géopolitique intéressant parce que médiatiquement important".

Rencontres avec Frederik de Klerk et Nelson Mandela

Lors de ses cinq jours en Afrique du Sud, les membres de la délégation du CIO rencontrent le président sud-africain Frederik de Klerk et Nelson Mandela, leader de l’ANC qui milite pour la fin du régime en place. Les deux hommes semblent convaincre les membres du CIO qui créent, dès leur retour en Suisse, le "Comité national olympique sud-africain par intérim", et ce près d’un an avant le référendum sur la fin de l’apartheid. Pour Julien Migozzi, cette décision du CIO est loin d’être prématurée, car dès le début des années 1990, "des rouages essentiels de la politique d’apartheid sur le plan législatif sont abolis".

Nelson Mandela remet la Coupe du monde de rugby 1995 à François Pienaar
Nelson Mandela remet la Coupe du monde de rugby 1995 à François Pienaar © JEAN-PIERRE MULLER / AFP

C’est le cas le 17 juin 1991 notamment, lorsque le gouvernement abolit la loi sur la classification de la population, pilier de l’apartheid. L’une des deux conditions évoquées par le CIO pour une réintégration définitive de l’Afrique du Sud au sein du comité olympique est remplie. La deuxième est la fusion des fédérations de chaque sport, jusque-là divisées entre populations blanches et non-blanches, et qui se fera progressivement. Mais pour le CIO, l’essentiel est là et l’Afrique du Sud est réintégrée au sein du comité olympique le 9 juillet 1991.

Si cette décision met fin à une disette olympique d'une trentaine d'années pour l’Afrique du Sud, sa portée symbolique n'est pas aussi importante que d'autres événements selon Julien Migozzi : "La promesse de l’organisation de la Coupe du monde de rugby en 1995 a davantage pesé dans l’abrogation de l’apartheid que l’annonce du CIO, tout comme la promesse d'une participation à la Coupe du monde de cricket". Une compétition à laquelle l’Afrique du Sud assistera entre février et mars 1992, avant de retrouver les Jeux Olympiques à Barcelone à l’été 1992, un an et demi après les cinq jours de visite de la délégation du CIO.