Vinokourov triomphe devant Uran
Alexandre Vinokourov | ODD ANDERSEN / AFP

L'apothéose Vinokourov

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Soixante-trois nations au départ, 145 coureurs, 250 kilomètres à travers Londres et un seul vainqueur. Pas celui que tout le monde attendait, le local Mark Cavendish, mais un Kazakh de 38 ans, sorti de sa retraite pour un dernier tour de piste, Alexandre Vinoukourov. Ce dernier, déjà médaillé de bronze en 2000 à Sydney, a glacé l'ambiance en s'imposant devant le Colombien Uran et le Norvégien Kristoff. Côté français, Sylvain Chavanel, Arnaud Démare et Tony Gallopin se classent respectivement aux 20e, 30e et 83e places.

"C'est magnifique d'arrêter là-dessus!," s'est exclamé Vinokourov après sa victoire. Le Kazakh a en effet annoncé samedi que sa course victorieuse serait la dernière de sa carrière avec le contre-la-montre de mercredi prochain. "C'est une belle fin de carrière. Jalabert, Virenque, ont arrêté de belle façon, a poursuivi le coureur. Je voulais faire comme ça. Je ferai aussi le contre-la-montre mais ce sera seulement pour faire tourner les jambes." L'année passée, Vinokourov avait prévu de mettre un terme à sa carrière après son grave accident du Tour de France. Mais il était revenu en fin de saison, notamment pour permettre à son équipe Astana de rester en première division.

Le début d'étape, disputé sous un soleil peu briton, est comme prévu relativement calme. Les Français, au nombre de quatre (Chavanel, Demare, Gallopin et le pistard Bourgain), "obligés" de faire quelques kilomètres pour pouvoir participer à l'épreuve du Keirin, sont bien à l'abri dans le peloton où, à l'applaudimètre, Bradley Wiggins, récent vainqueur du dernier Tour de France et Mark Cavendish, favori de la course, raflent tous les suffrages. Mais, quand l'Australien O'Grady décide de dynamiter la course, tout explose. Dans son sillage, ils sont nombreux à s'engouffrer : Jurgen Roelandts (Belgique), Marco Pinotti (Italie), Fumiyuki Beppu (Japon), Denis Menchov (Russie), Stuart O’Grady (Australie), Tim Duggan (USA), Lieuwe Westra (Pays-Bas), Jonathan Castroviejo (Espagne), Janez Brajkovic (Slovenie), Michael Schar (Suisse), Alexander Kristoff (Norvège) et Sungbaek Park (Corée du Sud).

Cette première tentative pour échapper à l'hégémonie britannique, supposée emmener Cavendish dans un fauteuil jusqu'à l'arrivée, ne paiera pas, pas plus que la suivante, pourtant composée de pointures telles que Philippe Gilbert (Belgique), Fabian Cancellara (Suisse), Alejandro Valverde, Luis Leon Sanchez (Espagne), Robert Gesink (Pays-Bas), Alexandr Kolobnev (Russie), Roman Kreuziger (République Tchèque), Tejay Van Garderen (USA), Denis Menchov (Russie), Vincenzo Nibali (Italie), Alexandre Vinokourov (Kazakhstan), Taylor Phinney (USA), Sylvain Chavanel, Tony Gallopin (France). Parmi eux, certains tenteront leur chance en solitaire mais sans parvenir à creuse l'écart avec le peloton. Mais, à force de combler les distances, les coéquipiers de Cavendish finissent par s'épuiser, à l'image de Christopher Froome. Le deuxième du dernier Tour de France, lassé, finissait carrément par arrêter de rouler aux avant-postes.

Vinokourov à l'expérience

Profitant de cet énorme flou, et de la chute de Fabian Cancellara qui déséquilibrait l'organisation du groupe de tête, deux hommes se faisaient la malle. Plus malins que leurs ex-compagnons d'échappée, le Colombien Rigoberto Uran et le Kazakh Alexandre Vinokourov filaient vers l'or et l'argent. Dans quel ordre ? A l'expérience, "Vino", grièvement blessé dans le Tour de France 2011 et qui avait annoncé que 2012 serait sa dernière saison dans le peloton, larguait son rival dans les derniers hectomètres et franchissait en vainqueur la ligne d'arrivée. Vinokourov succédait ainsi à l'Espagnol Samuel Sanchez et douchait les espoirs de tout un pays, la Grande-Bratgne, qui comptait sur son armada pour lancer sa campagne dans ces JO. Un "vieil homme" de 38 ans en avait décidé autrement.

Le sprint victorieux de Vinokourov en vidéo :

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Déclarations :

Sylvain Chavanel (FRA):  "J'aurais été plus satisfait avec une médaille ! Comme il y avait 'Vino' et  Uran devant, c'était un sprint pour la troisième place. Je suis quand même  surpris par la façon dont ils (les Britanniques) s'y sont pris pour contrôler  la course sur le circuit, en laissant partir des coups. Après, c'était  impossible pour eux de rentrer. On était à 60-70 km/h sur le final. Il leur  aurait fallu rouler à 80 à l'heure ! J'ai couru devant, on n'avait pas  d'oreillettes, c'était difficile d'avoir des informations."
   
Démare (FRA): "Tout le peloton s'est reposé sur les Britanniques qui  ont reçu un petit coup de main des Allemands. Il doit y avoir pas mal de  sprinteurs déçus ! Ils se sont peut-être sous-estimés en laissant partir du  monde, en choisissant de monter sur le tempo de Cavendish. Un groupe de 22,  c'est difficile de revenir. On a pensé rentrer à un moment, quand il y avait 45  secondes. Je suis déçu parce que j'avais bien préparé mes Jeux. J'avais de  bonnes sensations mais sprinter pour une place d'honneur, ce n'est pas pareil  que pour la gagne. Au sprint, quand Cavendish m'a doublé, j'ai pris sa roue.  Mais c'est une super expérience, c'était vraiment magnifique."

Julien Lamotte