Tour Orbit
La tour Orbit, c'est un peu comme si on avait délocalisé la Tour Eiffel à Saint-Denis, face au stade de France, aux frais d'un généreux mécène industriel. Controversée, l'œuvre monumentale qui domine le parc Olympique et tout l'est de Londres, n'en a pas moins fait le plein pendant les Jeux, avec des files d'attente du matin au soir pour accèder à ses deux terrasses panoramiques. | AFP / JEFF J MITCHELL

La tour Orbit, la vigie de l'après-Jeux

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La tour Orbit, c'est un peu comme si on avait délocalisé la Tour Eiffel à Saint-Denis, face au stade de France, aux frais d'un généreux mécène industriel. Controversée, l'œuvre monumentale qui domine le parc Olympique et tout l'est de Londres, n'en a pas moins fait le plein pendant les Jeux, avec des files d'attente du matin au soir pour accèder à ses deux terrasses panoramiques.

Il a fallu 2.200 tonnes d'acier offerts par le magnat de la sidérurgie Lakshmi Mittal pour construire cette structure tubulaire rouge vif, tordue en plusieurs boucles sur 115 mètres de hauteur, enserrant en son centre une tour d'ascenseur. Un enchevêtrement extravagant qui pour certains évoque un "narguilé géant", voire une "collision entre deux grues".

Plutôt une "Tour de Babel", symbole des Jeux, affirme son concepteur, le sculpteur et plasticien britannique Anish Kapoor, qui y voit l'expression d'une "nouvelle forme de pensée" utilisant "les instabilités comme des stabilités".

comme une plante

"On a surtout apprécié la vue plongeante à l'intérieur du stade olympique" disent Lyne et Sandra, un couple de retraités de Lancaster, qui achèvent leur descente. "Ce n'est ni beau ni harmonieux" concèdent Lucy et Richard, des quadragénaires venus en voisins de l'est de Londres. Ils ont payé 15 livres (20 euros) par personne pour venir admirer le point de vue sur leur quartier, mais ne prévoient pas de revenir.  Plus indulgente, Jane, institutrice, évoque "une œuvre d'art étonnante, avec quelque chose d'organique, comme une plante".

En revanche, pas moyen d'obtenir un jugement des hôtesses d'Arcelor-Mittal, tee-shirt et casquette blanc et orange, qui accueillent au pied de la Tour les centaines d'invités du sponsor du lieu, officiellement baptisé "ArcelorMittal Orbit". Il faut dire que l'homme le plus riche d'Angleterre, qui eut aussi le privilège de porter la flambe olympique, n'a pas seulement fourni l'acier. Il a financé la quasi -totalité du projet, évalué à environ 30 millions d'euros.

Face à la perplexité ambiante -- 64% des Britanniques trouvent que l'Orbit est "une horreur" selon un sondage -- Anish Kapoor lui-même rappelle que la Tour Eiffel avait essuyé mille critiques à sa construction, avant de devenir le monument le plus visité du monde.

Mais la tour Orbit, peut-elle espérer un tel destin ? Londres ne manque pas d'autres points de vue panoramiques sur la capitale, plus hauts et moins excentrés: le Shard (l'éclat), tour d'acier et de verre au pied de la Tamise culmine à 310 mètres, ou encore le London Eye (l'œil de Londres) ou grande roue du Millénaire, 135 mètres de haut seulement, mais dont les 32 nacelles font tourner chaque année 3,5 millions de visiteurs.

une énigme et un challenge

Une fois le parc olympique déserté, l'Orbit devrait accueillir un restaurant en son sommet: un peu juste pour en assurer le succès ! Symbole des Jeux, il sera aussi celui de l'après-Jeux. Un baromètre du challenge lancé par l'excentrique maire de Londres, Boris Johnson: régénérer tout l'est déshérité de Londres, grâce aux énormes travaux d'infrastructures réalisés à la faveur des Jeux.

Une partie des installations vont être démontées, mais d'autres, et en premier lieu le stade olympique de 80.000 places jouxtant la Tour, vont rester. Si l'activité future du stade reste une énigme, il faut, du sommet de la tour, tourner son regard dans la direction opposée: celle de la nouvelle gare de Straford, à quelques centaines de mètres, surmontée en hauteur par le Wesfield, l'un des plus grands et des plus modernes centre commerciaux d'Europe.  C'est de là que viendront, ou pas, les futurs visiteurs de l'Orbit.    

David Botbol