sotchi 2014
Des militaires russes à Sotchi | MARMUR / AFP

La sécurité enjeu majeur à Sotchi

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A 100 jours de la cérémonie d'ouverture des JO de Sotchi, la fièvre monte dans la petite station balnéaire du sud de la Russie. Menacée par des attentats et des mouvements contestataires, la compétition olympique sera encadrée par un important dispositif de sécurité.

En Russie, la mythique compétition sportive est, selon Vladimir Poutine, "le plus grand événement de l'histoire post-soviétique". Le président de la fédération russe y voit l'occasion de redorer le blason d'un pays décrié en Occident pour des violations des droits de l'homme. Alors, pas question de laisser des terroristes ou des opposants gâcher la fête. La solution : le déploiement de quelque 37.000 policiers et de l'armée de terre, mobilisés pour assurer la sécurité des jeux d'hiver. 

Krasnodar, cible d'attentats "quasi quotidiens" 

Voisine de l'instable Caucase du Nord, la région de Krasnodar, où se situe la ville de Sotchi, est visée par des attaques meurtrières quasi quotidiennes, commanditées par un groupe de rebelles islamistes. Dans une vidéo publiée sur le site kavkazcenter.com, le chef de cette mouvance,  Dokou Oumarov, avait appelé en juillet "à empêcher par tous les moyens" la tenue des JO de Sotchi. Dans ce message, filmé dans une forêt, Oumarov appelait les rebelles islamistes "partout en Russie, à faire le maximum pour faire échouer la tenue de ces danses sataniques sur nos terres et sur les ossements de nos ancêtres".

Par le passé, il avait notamment revendiqué des attentats meurtriers à  Moscou. L'attentat suicide commis le 21 octobre par une kamikaze originaire du Caucase du Nord, qui a fait six morts dans un bus à Volgograd, loin de Sotchi, est venu rappeler que la menace terroriste n'avait rien de théorique en Russie. Pour mémoire, les autorités russes avaient annoncé l'année dernière avoir démantelé un groupe lié à Dokou Oumarov, qui préparait des attentats à Sotchi avant et pendant les JO de 2014.

En 2006, Ahmed Oumarov, qui agissait lui aussi au sein du groupe islamiste, avait été interpellé par la police russe en lieu et place de son frère, Doku.
En 2006, Ahmed Oumarov, qui agissait lui aussi au sein du groupe islamiste, avait été interpellé par la police russe en lieu et place de son frère, Doku.

Le contrôle des libertés 

Si la menace d'attentats légitime le déploiement des forces de l'ordre russe et de l'armée de terre, les manifestations contre la loi "anti-gay" justifient-elles un tel dispositif de sécurité ? Une loi russe interdisant la "propagande" homosexuelle devant mineurs, signée en juin par M. Poutine et passible de prison, a provoqué de vives réactions, avec des appels au boycott des JO de plusieurs personnalités  internationales. Des défenseurs des droits de l'homme reprochent aux autorités russes de vouloir stigmatiser les "gays" à travers ce texte dont la formulation vague ouvre la porte à une très large interprétation. Et pourtant, en recevant début octobre à Moscou la flamme olympique arrivée de Grèce, Vladimir Poutine a déclaré que la Russie montrerait à travers ces jeux son  "respect pour l'égalité et la diversité", conformément aux "idéaux même du mouvement olympique".  

Mais les pouvoirs politiques russes ne se contentent pas d'égratigner la liberté sexuelle. Selon les révélations du Guardian, les services de sécurité russes disposeront d'un système sophistiqué permettant de surveiller étroitement les communications téléphoniques et sur internet à l'occasion de ces JO de Sotchi. Certains comparent ce système d'espionnage au programme américain Prism, utilisé par l'Agence américaine de renseignement NSA et révélé par Edward Snowden.

Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'Est et Asie centrale de Reporters Sans Frontières, a analysé pour Le Monde les implications des révélations du Guardian. Et il semblerait qu’il ne concerne en rien les menaces d’attentats terroristes qui planent sur les Jo de Sotchi : "C'est une suspension d'une liberté fondamentale garantie dans la Constitution qui ne concerne en rien le terrorisme. Cette décision ne relève pas, en outre, des prérogatives du président russe, selon des juristes".

"Il y a la crainte des autorités que des militants, de la cause homosexuelle ou écologique, par exemple, ne profitent de la présence des journalistes pour promouvoir leur cause". Une explication validée dans les faits par la publication d’un décret officiel le 23 Aout dernier, qui stipule "l’interdiction de tout rassemblement ou toute manifestation" pendant les JO d’hiver de Sotchi.

A Paris, des manifestants ont encouragé les pays à boycotter les JO de Sotchi pour soutenir la cause homosexuelle.
A Paris, des manifestants ont encouragé les pays à boycotter les JO de Sotchi pour soutenir la cause homosexuelle.

Jean Charbon