La Russie toujours en clair-obscur face au dopage à quatre jours de la décision de l'AMA

Publié le , modifié le

Auteur·e : Thierry Tazé-Bernard
Le Premier ministre de la Russie, Dmitri Medvedev, à la télévision russe le 5 décembre 2019
Le Premier ministre de la Russie, Dmitri Medvedev, à la télévision russe le 5 décembre 2019 | AFP - Dmitry Astakhov / Sputnik

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A quatre jours de la décision de l'Agence mondiale antidopage (Ama) sur une possible suspension de la Russie de toutes compétitions majeures en raison des divers scandales autour du dopage, le pouvoir russe tente d'assouplir sa position. "Nous avons un problème avec le dopage et c'est inadmissible", a déclaré Dmitri Medvedev, le Premier ministre, à la télévision. Mais il a aussi minimisé le scandale: "Nous avons commis des pêchés mais quoi: les autres pays ne sont-ils pas des pécheurs ?"

Souffler le chaud et le froid, c'est devenu une habitude dans le pouvoir russe. Depuis l'explosion des scandales de dopage dans le pays, leur organisation puis la découverte des dissimulations et même des trucages de résultats, la Russie est dans l'oeil du cyclone.

A six mois de l'Euro de football (dont quatre matches prévus à Saint-Pétersbourg), à sept mois des Jeux Olympiques de Tokyo, la possible suspension des sportifs de ce pays pour les prochaines compétitions devient un épineux problème. Car historiquement, le sport a toujours été un moyen très fort dans la politique et la diplomatie, que ce soit avec l'ancien bloc de l'Est, ou avec la Russie mais aussi les Etats-Unis au vieux temps de la guerre froide. Depuis plusieurs années, le pays a fait feu de tout bois pour recevoir la planète du sport: les Championnats du monde d'athlétisme (2013), les Jeux Olympiques d'hiver à Sotchi (2014), les Mondiaux de natation (2015) et de hockey sur glace (2016), la Coupe du monde de football (2018), un Grand Prix de F1 depuis six ans...

 Alors que l'Agence mondiale antidopage (Ama) doit se prononcer lundi prochain sur une possible suspension de la Russie pendant quatre ans, le Premier ministre, Dmitri Medvedev, a pris la parole pour donner des gages de meilleur fonctionnement futur.

"Nous avons un problème avec le dopage et c'est inadmissible"

Dans une allocution retransmise en direct à la télévision et diffusée par une vingtaine de chaînes du pays, il a reconnu: "Nous avons un problème avec le dopage et c'est inadmissible", ajoutant que son pays devait "adopter une position plus sévère à ce sujet". Des paroles qui font écho à celles du chef du Kremlin, Vladimir Poutine, qui avait déclaré fin novembre devant le président de l'UEFA, "nous ferons tout pour ne pas décevoir vous, les joueurs et les supporteurs" pour le prochain Euro. Car à force de jouer avec les nerfs des organismes régulateurs, à force de nier les évidences, la Russie se trouve au pied du mur: dans quatre jours, ses sportifs pourraient faire une croix sur les prochaines échéances, si l'Ama décidait d'appliquer une sanction réclamée par certains.

C'est bien pour cela que les autorités semblent faire allégeance. Sauf que le naturel revient rapidement au galop. Dans son intervention télévisée, Dmitri Medvedev a également expliqué avoir l'impression de regarder "une série russophobe interminable", ce qui lui permet de remettre en cause la probité des autres pays: "Nous avons commis des pêchés mais quoi: les autres pays ne sont-ils pas des pécheurs ?" Dans une défense aussi classique que puérile "les autres font pareil", la Russie n'en démord donc pas: les attaques dont elle est l'objet ne sont pas légitimes. 

L'Occident contre la Russie, un discours qui marche toujours ? 

Dennis Volkov, sociologue et directeur adjoint de l'institut Levada, est convaincu qu'en ce qui concerne le dopage, l'opinion publique russe va de nouveau accepter l'idée que "l'Occident est toujours contre la Russie". "Le pouvoir joue là-dessus, ce n'est pas nouveau", explique-t-il.

Pourtant, selon le comité de révision de la conformité (CRC) de l'Ama, la Russie aurait fait disparaître des "centaines" de résultats de contrôles antidopage suspects de ses fichiers transmis à l'agence mondiale antidopage en début d'année. Et la remise de ces données était une condition indispensable pour lever des sanctions contre l'Agence antidopage russe (Rusada), au coeur d'un système de dopage institutionnel entre 2011 et 2015, ce qui avait valu à la Russie une exclusion des Jeux Olympiques 2016 et 2018.

Face aux risques, quelques voix s'élèvent. "Je crains qu'une catastrophe nous attende, tout a été fait trop cyniquement et grossièrement", s'indigne sur Facebook Sergueï Medvedev, professeur à la Haute école d'Economie de Moscou et spécialiste du sport, qui évoque "une génération entière de sportifs" qui pourrait être sacrifiée. Parmi eux, le rugbyman Vassily Artemyev, qui assure que nombre d'entre eux se sentent "trahis". "Le sport russe a besoin d'un nouveau visage, et il devrait être sincère".

L'Agence russe antidopage veut faire le ménage

Mercredi soir, l'agence russe antidopage (Rusada), seule institution russe ayant un peu de crédit auprès des instances internationales, a recommandé le licenciement de "l'intégralité des entraîneurs de la sélection russe d'athlétisme" et leur remplacement par des personnalités approuvées par Rusada. Elle veut aussi suspendre les responsables des centres d'entraînement régionaux et nationaux d'athlétisme et une refonte totale de la Fédération russe d'athlétisme (Rusaf). Plusieurs responsables de la Rusaf sont notamment accusés par la Fédération internationale d'avoir fourni de faux documents pour permettre au vice-champion du monde 2017 de saut en hauteur, Danil Lysenko, d'échapper à une sanction pour manquements à ses obligations de localisation pour les contrôles inopinés.

Lundi, à Lausanne, la Russie saura si son positionnement depuis quatre ans a convaincu, ou tout du moins impressionné, l'Agence mondiale antidopage. 

Avec AFP