Tony Parker (France ) défend sur Kobe Bryant ( Etats-Unis)
Tony Parker (France ) défend sur Kobe Bryant ( Etats-Unis) | MARK RALSTON / AFP

La planète basket au goût NBA

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Argentins, Brésiliens, Espagnols, Français, et bien d'autres nations ont désormais des joueurs évoluant en NBA. Cette mondialisation du plus grand championnat du monde a contribué à resserrer l'écart entre les équipes nationales. Richard Dacoury, consultant France Télévisions, revient sur cette transformation de la planète basket.

- La NBA s'ouvre de plus en plus au monde. A quoi est-ce dû ?
Richard Dacoury:
"La NBA a pris conscience du fossé qui se creusait entre leur univers et le reste du monde et que leur modèle économique, s’il voulait continuer à se développer, devait s’ouvrir vers l’Europe et les autres pays du monde. Ils ont mis en place un business modèle, qui avait pour but de vendre les droits TV de NBA au monde entier. Et ils y sont parvenus en intéressant chacun des pays potentiels en sélectionnant les meilleurs joueurs de ce pays. Et forcément, chacun d’eux avait une véritable raison d’acquérir ces droits. Avec l’avènement de la Dream Team en 1992, véritable déclencheur ça a marqué le point de départ de tout ça. Cela a permis à la NBA d’être encore plus puissante, encore plus médiatique, plus spectaculaire. Ils se sont donnés les moyens de se développer."

Le monde a enrichi la NBA

- Les joueurs non-Américains ont-ils modifié leur façon de jouer pour intégrer la NBA ? Ont-ils imité les Américains ?
R.D.:
"Déjà à mon époque, la NBA c’était un mythe. Cela nous faisait tous rêver. Ces Américains étaient déjà prescripteurs d’un jeu spectaculaire, plein de vitesse et d’adresse. On essayait tous de copier quelqu’un. Moi j’étais fan de Julius Earving, d’autres de Magic Johnson… Aujourd’hui, la NBA inspire tous les joueurs de basket. La référence, c’est la NBA. A mon époque et avant, il n’y avait aucune possibilité d’y accéder. Elle vivait en autarcie. Ils ne considéraient pas notre basket, s’auto-proclamaient champions du monde lorsqu’ils étaient champions NBA ce qui n’était pas totalement faux. Ils n’avaient aucun contact ou presqu’aucun avec le reste du monde. Mais à force, la NBA s’asphyxiait, et son basket s’appauvrissait. Ils l’ont compris et grâce à ce besoin d’expansion économique, ils se sont ouverts à l’Europe, intégrant quelques joueurs, puis de nombreux joueurs pour des raisons économiques. Et ils ont constaté que leur jeu progressait, s’enrichissait. Auparavant, seuls quelques rares joueurs étrangers, en passant par le cursus universitaire comme Schrempf, y étaient parvenus. Avant 1992, c’était très rare."

Toujours plus de spectacle aux Etats-Unis

- Cette évolution a-t-elle modifié le jeu en NBA ?
R.D.:
"Au niveau de la construction du jeu, ils se sont aperçus que le basket n’était pas seulement du un contre un, en attaquant le panier uniquement sur ses qualités physiques et techniques individuelles. Par le passé, c’était assez pauvre à ce niveau-là. Des équipes comme San Antonio, Dallas ou Boston, ont désormais un jeu très léché offensivement, très élaboré. Les défenses ont également évolué, avec dernièrement, l’acceptation de la zone avec quelques petites adaptations, qui était totalement prohibée jusque-là. Lors des compétitions internationales, les joueurs devaient s’adapter au règlement international FIBA. Ca rentre un peu dans les mœurs de la NBA, même si, et je trouve ça très bien, ils conservent la part belle au spectacle et à l’attaquant. C’est bien car il ne faut pas que le basket s’asphyxie lui-même par un jeu trop défensif et des espaces réduits, comme c’est parfois le cas avec la FIBA."

Le fossé s'est réduit

- Le fossé qui existait en 1992 entre la Dream Team et les autres équipes s'est-il réduit vingt ans plus tard ?
R.D.:
"Très clairement. La preuve, les Américains sont déjà tombés. A l’époque, ils envoyaient une équipe d’universitaire constituée seulement quelques semaines avant la compétition et ils la remportaient facilement. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ils sont obligés d’envoyer leurs meilleurs joueurs, de les préparer, d’observer leurs adversaires. Le fossé s’est réduit. L’Europe n’’est pas restée les bras croisés, elle s’est transformée, s’est entraînée en s’inspirant de la NBA. Les joueurs ont rapporté cette qualité dans leur pays."

- Certains propriétaires de franchises américaines font pression sur les joueurs pour qu'ils ne participent pas aux tournois internationaux. Y a-t-il un risque d'un retour en arrière avec l'envoi de joueurs universitaires pour représenter l'équipe des USA ?
R.D.:
"On en parle en ce moment. Cela fait débat avec la pression mise par les propriétaires des franchises NBA. Mais il y aura aussi la pression des joueurs, qui se sont totalement appropriés cette compétition. Ils ont la fibre nationale, notamment les Américains avec Durant, Bryant. Ils ont ce sens de l’équipe nationale chevillée au corps. Ils voient d’un très mauvais œil cette rumeur. Je ne suis pas sûr qu’on en vienne là. Les Américains n’accepteraient pas l’idée d’être battus sur ce sport majeur. Ce serait un camouflet de subir la loi de l’Europe. C’est une menace mais j’espère qu’elle n’aboutira pas car les JO méritent de recevoir ce qui se fait de mieux, ce qui est le cas aujourd’hui. Le sport moderne a besoin d’un business fort, mais il ne peut pas prendre le pas sur l’esprit du jeu et ses valeurs. Malgré ça, je peux comprendre ce qui les motive car ils investissent énormément sur un joueur. Et le voir se blesser sur une compétition qui leur rapporte rien, ça les fait réfléchir. Mais il y a des systèmes d’assurance. A eux de trouver la bonne formule pour se protéger."