Audrey Tcheuméo
Audrey Tcheuméo, qualifiée pour les demi-finales | AFP - FRANCK FIFE

Judo: Tcheuméo en bronze

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Frustrée par sa défaite en demi-finale, la Française Audrey Tcheuméo, championne du monde en titre en (-78kg), a remporté la médaille de bronze face à la Hongroise Joo Abigel. Elle apporte la 14e médaille à la délégation française, la sixième au judo français.

Le rêve olympique est passé mais Audrey Tcheuméo n'est pas consolé pour autant par sa médaille de bronze prometteuse remportée après une journée très riche au cours de laquelle elle ne s'est inclinée que face à une Britannique survoltée, Gemma Gibbons. "C'est vrai que c'est une belle médaille mais ce n'est pas celle que je voulais. Je suis dégoûtée. J'étais bien toute la journée, et en demie je ne sais pas ce qui s'est passé. Elle jouait à domicile et voilà...", a dit Audrey Tcheuméo, inconsolable. Très marquée physiquement et psychologiquement par cette défaite, le jeune française de 22 ans a mis quelques minutes pour savourer une belle médaille de bronze obtenue après un ippon magnifique sur une technique spectaculaire, un ura-nage, un fauchage arrière tout en puissance. A l'image de son judo spectaculaire et énergique.  

Revivez le combat pour le bronze

Cette jeune athlète venue presque par hasard au judo, fille d'un père international camerounais de football et d'une mère handballeuse, sœur de l'heptathlonienne Antoinette Nana Djimou, en course pour une médaille à Londres, est une vraie compétitrice. Seule la victoire est belle. Le reste n'est que frustration et colère. De l'extérieur la réaction de l'athlète après son combat gagné pour le bronze est incompréhensible. De l'intérieur, la judokate a pensé à tous les efforts pour chercher l'or olympique, tous les randoris finis au bord de l'épuisement. Les larmes de la jeune tricolore sont bien des larmes de tristesse et de de frustration.    

La réaction de Tcheumeo

Impressionnante de facilité, la championne du monde des (-78kg) semblait marcher dans les pas de Lucie Décosse, titrée mercredi dans la catégorie inférieure (-70kg). Pour ses premiers Jeux Olympiques, à 22 ans, elle endossait sans difficulté le costume de patronne. Après un combat d'échauffement face à la Canadienne Amy Cotton au premier tour gagné avec un yuko, elle s'est débarrassée en 30 secondes de l'Ukrainienne Marina Pryshcepa  avec un ippon puis de la championne olympique en titre, Xiudi Yang sur waza ari.

Puis vint cette demi-finale. "J'ai perdu mes moyens avec la pression. Elle (Gibbons) avait une seconde force", a admis, en larmes, celle que Teddy Riner, le leader du judo français, considère comme sa petite soeur. Dans un match extrêmement physique et intense, les deux athlètes ont tout donné et ont fini au bord de l'asphyxie musculaire. Portée par son public, la Britannique a placé un uchi-mata redoutable, synonyme de ippon, qui a surpris la Française dans le golden score. La Britannique allait être battue en finale par l'Américaine Kayla Harrison en finale. 

Catherine Fleury, son entraîneur sous le maillot bleu, ne tarit pourtant pas d'éloges sur la native de Bondy, en Seine-Saint-Denis et aujourd'hui licenciée à Villemomble, dans le même département.
"Cette défaite, c'est la conjonction de choses avec d'un côté des leaders un peu paralysées par l'enjeu, et de l'autre une Britannique qui n'a rien à perdre, qui fonce et qui donne tout", a dit l'ancienne championne olympique, médaillé d'or à Barcelone en 1992. "Il lui a fallu beaucoup de force mentale pour décrocher cette médaille. On est super fiers d'elle. Lucie Décosse a mis trois JO pour devenir championne olympique et pourtant, qu'est-ce qu'elle est douée", a encore souligné Fleury.

Tcheuméo, une vraie battante

 

Brahim Asloum, qui fut champion olympique de boxe dans la catégorie des mi-mouches en 2000 à Sydney, a bien tenté de la réconforter mais c'était peine perdue. "Il m'a dit qu'il était fier de moi mais bon...", a dit la Française qui a cependant donné rendez-vous aux journalistes à Rio de Janeiro, pour les JO 2016. En attendant, elle continuera de détester le bronze.

 

Mathieu Baratas