JO 2018 / Snowboard : la rédemption de Shaun White, sous l'oeil des Françaises

JO 2018 / Snowboard : la rédemption de Shaun White, sous l'oeil des Françaises

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Mirabelle, Sophie et Lucile trépignent au bas de l'entonnoir glacé dans lequel vont s'engouffrer les 12 finalistes du snowboard half-pipe masculin. Autour, une foule dense, tendue, hérissée de drapeaux japonais, australiens et surtout américains. Car c'est ce matin que se joue le destin de Shaun White, né il y a 31 ans à San Diego avec une malformation cardiaque. Champion olympique à Turin (2006) et Vancouver (2010), mais humilié à Sotchi il y a quatre ans, il joue à PyeongChang sa dernière chance de rédemption olympique dans la discipline qui a fait de lui une mega-star planétaire. "ca passe ou ça casse" souffle Lucile.

Une heure plus tard, et quelques péripéties, la foule s'embrase, chavire et clame sa joie: Shaun White vient de remporter son pari, avec un dernier run à 93,75 points sur 100, devant ses grands rivaux, le japonais de 19 ans Ayumu Hirano (95,25 points) et le champion du monde australien Scotty James (92 points).

Le duel final entre Shaun White et Ayumu Hirano

Snow-boardeuses de l'équipe de France, Mirabelle Thovex, Sophie Rodriguez, et Lucile Lefevre rêvaient de suivre la finale masculine. Dans ce sport à haut risque, dans lequel les chutes sont nombreuses, Shaun White ne partait pas grand favori au vu de sa saison. "Hirano et James auraient aussi pu gagner", dit Sophie. Mais encore une fois, il a sauté plus haut et plus fort, et "rajouté une figure" pour assurer son dernier run, marqué par un spectaculaire double 1440 (figure à quatre rotations successives), note la brune Sophie.

De gauche à droite Mirabelle Thovex, Lucile Lefèvre, et Sophie Rodriguez (3 des 4 snowboardeuses de la délégation francaise)
De gauche à droite Mirabelle Thovex, Lucile Lefèvre, et Sophie Rodriguez (3 des 4 snowboardeuses de la délégation francaise) © France tv sport / David Botbol

Alors qu'on ne le croyait plus au niveau, Shaun White s'est qualifié pour les JO en janvier. Malgré une chute en à l'entrainement en Nouvelle-Zélande, dont il s'était sorti avec 62 points de suture en octobre. Champion précoce à 10 ans, il s'est imposé en skateboard puis en snowboard, jusqu'en 2003 et ses deux médailles d'or aux X Games, la plus grande compétition de jeux extrêmes. Mais c'est avec son premier sacre olympique à Turin, à tout juste 20 ans, qu'il accède à la célébrité mondiale.

L'adolescent aux longs cheveux roux raccourcit sa coupe, mais ne s'assagit pas tout à fait. En 2012, il se fait arrêter en état d'ébriété, joue de la guitare dans un groupe de rock, et défraie la chronique au bras du mannequin Bar Rafaeli, élu cette année là plus belle femme du monde.

Grand favori à Sotchi en 2014, Shaun White craque pourtant, et finit 4eme au pied du podium. Tous ne le plaignent pas: il a gagné beaucoup d'argent dans un sport où priment encore les valeurs de partage et de convivialité, et a aussi fait beaucoup de jaloux.

C'est dans cet échec cuisant qu'il a trouvé l'énergie de sa victoire du jour, sous le ciel gris de PyeongChang. "Trouver la motivation après avoir gagné, et devoir toujours enchainer les victoires qu'on attend de vous, c'est un grand problème" expliquait-il il y a quelques jours, avant d'effacer en une course quatre années de doute.

La veille, Shaun, 31 ans, a assisté à l'avènement de Chloe Kim. Médaillée d'or chez les femmes à 17 ans, sa compatriote surdouée est déjà sur orbite pour être prochaine grande star du snowboard. Passage de témoin entre générations ? Si comme elle on lui a très jeune promis la gloire, il a rappelé devant elle en conférence de presse, qu'on lui avait aussi annoncé la "faillite de sa carrière", trop précoce.

Shaun White : "Je savais que je pouvais le faire"

Rasséréné par sa médaille d'or, le triple champion olympique ne raccroche pas, mais il revient à ses premiers amours: le skate-board. Car dans deux ans, aux Jeux de Tokyo, cette discipline deviendra olympique. Et Shaun White espère être là... en piste à 33 ans pour une quatrième médaille.

David Botbol