Paul-Emmanuel Jarjaille le kiné avec Perrine Laffont
Le kiné de l'équipe de France de ski de bosses, Paul-Emmanuel Jarjaille, ici en train de faire des soins à la championne olympique Perrine Laffont. | DR

JO 2018 : Préparateurs et kinés, ils brillent dans l'ombre du ski acrobatique français

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Devant l’œil avisé, et souvent exigeant du spectateur, seuls l'exploit et la médaille comptent. Pourtant, derrière la performance, c'est tout un staff qui bosse durement, en symbiose avec l'athlète. Dans le ski acrobatique français, techniciens, préparateurs physiques, mentaux ou encore kinés travaillent dans l'ombre pour permettre à leurs protégés de matérialiser leurs rêves olympiques. A l'heure des bilans de ces Jeux de PyeongChang, Francetvsport les met en lumière.

De notre envoyé spécial à PyeongChang.

Sur le papier, on pouvait s'attendre à un bilan comptable beaucoup plus savoureux. Que ce soit les blessures pour les uns (Ophélie David, Anaïs Caradeux et Kevin Rolland notamment, ndlr), ou les contre-performances pour les autres (Tess Ledeux et Jean-Frédéric Chapuis en particulier, ndlr), les freestyleurs français n'ont guère été en réussite. Heureusement, deux grands moments d'extase, après avoir assisté à deux grands moments de sport, effacent tous les maux.

Tout d'abord Perrine Laffont. L'Ariégeoise, 19 ans seulement, a vaincu la fatigue et ses démons pour rester la plus forte en ski de bosses. Elle est devenue la deuxième athlète tricolore de l'histoire de cette discipline, , à toucher des mains l'or olympique. Après Edgar Grospiron en 1992. Enfin, Marie Martinod l'une des doyennes Bleues, déjà en argent à Sotchi,  a sorti le meilleur run de sa vie en ski halfpipe pour retrouver le métal qui lui va si bien. Mais derrière tout ça, que ce soit dans les bons comme les mauvais moments, se cache toute une équipe dédiée et dévouée à leurs champions.

"Un sportif de haut niveau, c'est comme une voiture. Il faut en prendre soin. Il faut des techniciens pour le moteur, les roues, les pneus, la carrosserie. Pour un peu tout en fait."

Pour Fabien Bertrand, le patron du ski freestyle en France, il n'y a pas de secret : "Un sportif de haut niveau, c'est comme une voiture. Il faut en prendre soin. Il faut des techniciens pour le moteur, les roues, les pneus, la carrosserie. Pour un peu tout en fait." Analyse qui a le mérite d'être claire et qui se confirme dans tous les sports, individuel ou collectif, dès lors qu'on le pratique régulièrement. Dans le but de performer toujours plus. Durant des Jeux Olympiques comme ceux de PyeongChang, les moyens mis à disposition par le CNOSF sont plus importants pour mettre les athlètes dans de parfaites conditions (IRM et échographies à disposition à n'importe quelle heure par exemple, ndlr). Mais le reste de l'année, en Coupe du monde notamment, trois personnes, en plus des coaches bien sûr, sont essentielles dans la vie des skieurs. A savoir le préparateur physique, le kiné et enfin le préparateur mental.

Le physique, travail de longue haleine

Avant la performance, il faut savoir gérer son corps et son état de forme. Si "leur travail est sur le long terme" selon Fabien Bertrand, les préparateurs physiques veillent au grain. Comme Romain Hurtault (halfpipe et slopestyle) par exemple, qui passe près de 300 jours par an avec ses skieurs. Son but, les préparer à tenir le choc toute la saison : "Le gros de mon travail se passe l'été où on va développer les capacités physiques à fond en fonction des objectifs techniques. Le coach et l'athlète décident ensemble des objectifs à accomplir durant l'hiver, et derrière, moi j'adapte le physique en fonction de tout ça. Ensuite, durant la saison, je devrais surtout gérer leur état de forme."

Des sacrifices pour de meilleurs résultats

C'est ici, en général, que les enjeux deviennent importants et qu'il faut faire face à certaines difficultés : "Il faut être capable de faire comprendre à l'athlète que s'il sort du droit chemin, cela peut avoir des conséquences sur ses résultats. Cela peut concerner sa façon de s'entraîner évidemment, mais aussi sa façon de dormir, sa façon de s'hydrater, sa façon de manger." Des sacrifices à faire pour un jour remporter une médaille olympique, voilà ce que Romain essaie d'expliquer à ses protégés, qui exécutent, bien que parfois réticents.

"Ce qui est très difficile de leur faire comprendre dans ces sports, c'est que tout ce qu'il fait dans la vie de tous les jours peut avoir une incidence sur sa performance" poursuit-il avant d'aller plus loin encore : "C'est difficile pour eux car ils n'ont pas baigné là-dedans. Comme Kevin (Rolland) par exemple. Je l'ai récupéré à 25 ans, il n'avait jamais fait de musculation de sa vie ou travailler le physique mais il avait déjà tout gagné ou presque. Sa seule façon de s'entraîner, c'était sur les skis. Du coup, c'était compliqué car il fallait lui faire comprendre que sa façon de s'entraîner marchait mais que s'il voulait rester le numéro un, il fallait en faire davantage sur le plan physique." En faire encore plus implique forcément un suivi médical sur mesure. Et c'est ici qu'intervient le kiné...

Le "petit bobo", ou le pire ennemi

Les kinés, "ce sont des réparateurs". Voilà comme Fabien Bertrand dresse leur portrait. Concis mais très juste. Ils sont en effet un rouage essentiel dans le mécanisme du bien-être de l'athlète. Paul-Emmanuel Jarjaille, kinésithérapeute de l'équipe de France de ski de bosses, a souvent du pain sur la planche. Discipline très traumatisante, notamment pour le bas du corps (genoux et cuisses), le "soin juste avant et juste après l'effort est le plus important" pour permettre aux skieurs de réveiller ses muscles et ses articulations, puis ensuite de récupérer comme il faut. En revanche, il n'est pas possible d'éviter les "petits bobos". "Le plus gros traumatisme au final, c'est le petit trauma insidieux qui revient tout le temps, tout le temps" nous affirme-t-il avant de s'expliquer : "Si tu laisses des petites pathologiques au niveau ostéo traîner, le lendemain, ils se réveilleront avec des douleurs beaucoup plus importantes, des douleurs musculaires, des courbatures."

"Quand il arrive sur la table de soins, tu le sens direct s'il ne va pas bien."

L'autre rôle du kiné ? Celui de psychologue ! Enfin, de soutien mental ou de confident comme ils préfèrent l'appeler du côté des sportifs. En effet, Fabien Bertrand, patron du freestyle tricolore, nous avouait que "les athlètes se confiaient souvent aux kinés pour faire passer un message auprès des coaches dans le but de crever des abcès." Si le rôle du préparateur mental est avant tout de comprendre les problèmes pour essayer de les résoudre, celui du kiné est différent comme nous le témoigne Paul-Emmanuel Jarjaille : "Les soins de kiné, c'est un moment où il y a énormément d'échanges. [...] C'est le moment où ils vont tout déballer sur ce qui ne va pas. Quand le plus gros des soins est passé et que tu attaques la partie relaxation et massage, c'est là que les problèmes ressortent. [...] Il faut qu'il y ait ces moments-là, c'est hyper important. Et en plus, tu le vois quand ton athlète est tendu [...] Quand il arrive sur la table de soins, tu le sens direct s'il ne va pas bien." 

Du physique à la psychologie, rien n'est laissé au hasard par ces "préparateurs, ces confidents ou ces réparateurs". Dans le ski freestyle, en équipe de France en tout cas, tous ont leur rôle à jouer dans la performance de leurs protégés. Si la discipline est individuelle, le travail reste collectif. Leur but ultime ? Voir apparaître la lumière sur leurs champions. Le reste n'est que dérisoire.

Quentin Ramelet @Quentin_Ramelet