Les drapeaux de la Corée du Sud, olympique et de la Grèce
Les drapeaux de la Corée du Sud, olympique et de la Grèce. | NICOLAS ECONOMOU / NURPHOTO

JO 2018 - Les Jeux de Corée : détente ou cause perdue ?

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Les deux Corées doivent sceller samedi à Lausanne la participation de Pyongyang aux jeux Olympiques d'hiver chez le voisin du Sud, moment rare de publicité diplomatique positive pour l'olympisme que ne renierait pas le baron Pierre de Coubertin.

Pour le fondateur des jeux modernes, l'idée était de contribuer à la paix par le sport. Mais une fois le rideau tiré, se demandent les analystes, la détente avec une Corée du Nord recluse et armée de la bombe atomique durera-t-elle ? Les deux Corées ont convenu la semaine dernière que le Nord dépêcherait ses athlètes aux JO de Pyeongchang en février, à tout juste 80 kilomètres au sud de la Zone démilitarisée (DMZ) qui divise la péninsule depuis la fin de la guerre (1950-53). 

Les "Jeux de la paix", vraiment ?

Mercredi, Séoul et Pyongyang ont en outre décidé de défiler ensemble à la cérémonie d'ouverture, et de constituer une équipe commune de hockeyeuses sur glace. Le CIO doit approuver la participation de sportifs nord-coréens ayant échoué aux qualifications ou raté les délais impartis. Mais son patron Thomas Bach a salué la venue du Nord, "grand pas en avant dans l'esprit olympique". Le Nord est soumis à de multiples sanctions de l'ONU du fait de ses programmes nucléaire et balistique. En 2017, il a mené de multiples tirs de missiles et testé ce qu'il a présenté comme une bombe à hydrogène. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un et le président américain Donald Trump ont échangé insultes personnelles et menaces belliqueuses alors même que Séoul appelait aux "Jeux de la paix". Pour que ce qualificatif prenne son sens, la présence du Nord était essentielle aux yeux des organisateurs et de Séoul.

Catalyseur diplomatique

M. Kim a saisi l'occasion de la compétition sportive pour faire retomber les tensions, obtenant du même coup le report des exercices militaires conjoints entre Washington et Séoul honnis par Pyongyang. "Les JO servent de catalyseur diplomatique car ils ont une audience médiatique énorme", commente Jean-Loup Chappelet, spécialiste de l'olympisme et professeur à l'Université de Lausanne. Mais de l'avis de son collègue Patrick Clastres, historien à la même faculté, les jeux sont un outil aux mains des gouvernements.

"On n'a pas d'exemple de la capacité du sport à imposer la paix", dit-il à l'AFP. "Ce sont les Etats qui se servent de l'arène sportive pour envoyer des signaux diplomatiques". Les JO ont plus souvent été associés aux disputes diplomatiques qu'aux succès. Outre les sempiternels scandales liés aux coûts, à la corruption et au dopage, ils sont régulièrement frappés par les boycottages politiques. Les Etats-Unis et plusieurs de leurs alliés, aux côtés de la Chine, ont boudé Moscou en 1980. L'URSS et la plupart des pays du Pacte de Varsovie leur ont rendu la pareille pour Los Angeles en 1984.

L'Est et l'Ouest étaient présents à Séoul en 1988 mais pas Pyongyang ni quelques autres. "La realpolitik est plus puissante que le discours olympique", constate M. Clastres. Ce qui n'empêche que le CIO a besoin "d'un discours qui ne le présente pas seulement comme l'organisateur d'événements sportifs" afin de légitimer l'idée qu'il occuperait une place à part, transcendant le sport, la société et la politique, poursuit-il.

Redorer son blason

"L'institution olympique a besoin de redorer son blason" et la rencontre de Lausanne est "une mise en scène à la façon des diplomaties d'Etat". Il y a eu dans l'histoire des moments d'unité olympique. Entre 1956 et 1964, les Allemagnes de l'Ouest et de l'Est ont concouru ensemble, jusqu'à ce que Berlin obtienne le droit d'afficher ses propres couleurs. Dans les années 2000, quand les relations entre les deux Corées ont connu un dégel, elles ont défilé ensemble sous drapeau neutre aux cérémonies d'ouverture et de clôture de divers JO.

En 1991, elles avaient présenté une même équipe pour un tournoi de tennis de table mais le paysage stratégique s'est radicalement transformé depuis. Le président sud-coréen Moon Jae-In espère se servir de l'élan olympique pour encourager le Nord à dialoguer sur le désarmement nucléaire et la paix. Mais Pyongyang soutient que ses armes atomiques ne sont pas négociables. Le chef de la diplomatie japonaise Taro Kono prévient que de tels espoirs sont "naïfs". "Je crois que le Nord veut gagner du temps pour poursuivre ses programmes de missiles nucléaires".

Yang Moo-Jin, professeur à l'Université des études nord-coréenne de Séoul, prédit que la lueur olympique s'éteindra dès que débuteront les exercices militaires conjoints après les jeux Paralympiques de mars. Les JO "ne sont qu'un événement sportif temporaire", juge le quotidien Kookmin Ilbo. "Le temps où tout le monde pleure de joie à l'idée d'avoir une équipe conjointe est fini".
 

AFP