JO 2018 / Lamy-Chappuis : "Je ne reviens pas pour faire le touriste aux Jeux"

JO 2018 / Lamy-Chappuis : "Je ne reviens pas pour faire le touriste aux Jeux"

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Après une pause de deux ans, Jason Lamy-Chappuis est de retour à la compétition avec les Jeux Olympiques de Pyeongchang (9-25 février) en ligne de mire. Le médaillé d'or à Vancouver en 2010, porte-drapeau de la délégation française en 2014 à Sotchi en connaît un rayon sur l'olympisme et il sait que sa tâche s'annonce difficile. Mais, il a un objectif en tête : arriver serein en Corée du Sud pour profiter de ses derniers Jeux.

Vous retrouver dans l’ambiance de l’équipe de France après votre pause, ça fait du bien ?
Jason Lamy-Chappuis : "Oui, ça fait du bien (sourire) ! C’est une des premières journées (l’interview a été réalisée à la présentation des équipes de France, début octobre, ndlr) où j’arrive à m’imaginer cet hiver, me projeter, c’est la journée qui lance la saison. On sait que les premières épreuves de Coupe du monde vont arriver et quand la saison va commencer, on sera aux Jeux en un rien de temps. Je ne peux plus reculer mais de toute façon quand j’avais commencé à m’entraîner au mois de mai, je ne pensais pas le faire.

Qu’est-ce qui a motivé votre décision ?
J. L-C : "Plusieurs facteurs. Le fait d’être consultant et de commenter les courses avec les copains… Je vibrais avec eux en fait. Du coup, il y avait ce petit manque de pouvoir partager ces émotions. Il y a le timing qui était parfait aussi, j’ai fini ma formation (pour devenir pilote de ligne, ndlr) au printemps dernier, il y a un petit peu d’attente pour se faire embaucher en ce moment. C’est un signe… J’ai envie de me préparer à nouveau, de partir dix mois à fond, motivé, une dernière fois aux Jeux".

La frustration de Sotchi (35e sur le grand tremplin, 7e sur le petit, 4e par équipes) a-t-elle joué ?
J. L-C : "Je ne dirais pas qu’il y a de la frustration par rapport à Sotchi, ce n’est pas une revanche, c’est plus qu’à Sotchi, je n’étais pas serein, j’étais un peu stressé et du coup je n’ai pas eu l’impression d’avoir profité des Jeux à fond. Je veux réussir à faire ça à Pyeongchang, arriver dans un mode un peu plus serein pour pouvoir donner tout ce que j’ai et ne pas avoir de regrets".

"Des similitudes entre le sport de​ haut niveau et le pilotage"

Avez-vous regretté d’avoir arrêté ?
J. L-C : "Pas du tout. En 2015, il y avait de la lassitude, un peu moins de motivation d’aller chercher le petit détail qui compte, de se faire mal tous les jours à l’entraînement. Du coup, je ne voulais pas terminer comme ça, finir en milieu de classement, juste aller à l’entraînement parce que c’est mon métier. Et puis, il y avait la formation de pilote qui est mon deuxième rêve, je me disais que si j’attendais trop, ça n’allait pas le faire".

Cette formation de pilote vous sert-elle aujourd’hui ?
J. L-C : "Il y a pas mal de similitude entre le sport de haut niveau et l’aviation, le pilotage : la concentration, la gestion du stress, le travail en équipage, l’automatisation d’un mouvement pour qu’il devienne répétitif et instinctif. Ce qui m’a fait du bien pendant ces deux années, c’est de prendre du recul, de voir autre chose, de se dire que je me plaignais d’aller à l’entraînement tous les jours mais en fait c’était génial. Aujourd’hui, je profite plus".

Quelle est l’ambition ? Redevenir numéro 1 ou se faire plaisir ?
J. L-C : "Je ne reviens pas pour faire le touriste aux Jeux, je suis un compétiteur et je vais tout donner pour y arriver. Pour l’instant, c’est encore trop tôt pour imaginer mon niveau physique et technique aux Jeux. Je suis parti de très loin, je suis en train de rattraper mes collègues de l’équipe. Est-ce que la courbe va continuer en ce sens ou non ? Je suis encore trop juste mais si ça continue comme ça sur la même lancée, ça va aller très bien".

"J'ai un peu remis en cause mon retour"

Le plus dur c’est le physique ?
J. L-C : : "Techniquement, j’ai retrouvé rapidement un niveau correct, et même un peu plus. Il y a toujours des petits changements au niveau du matériel, du positionnement. Il y a un petit perfectionnement de tout le monde chaque année, il faut se remettre au niveau des autres. Ça, ça devrait aller mais c’est au niveau physique après deux années sans faire de ski de fond, seulement des footings, j’ai tout perdu en masse du haut du corps. Les premières séances de poussée sur les bâtons, on montait des cols, j’étais dix minutes derrière. C’est ça qui a été le plus difficile à rattraper. Cet été aux Championnats de France à Chaux-Neuve, sur les deux premiers tours en ski, ça allait et ensuite je prenais deux à trois minutes par tout le monde, j’ai un peu remis en cause mon retour...".

Psychologiquement, comment on accepte de ne plus être numéro un ? De ne pas être sûr de retrouver son niveau ?
J. L-C : "Ce n’est pas facile au début. Dans l’équipe, avant j’étais presque tout le temps au-dessus du lot, maintenant il faut que je bataille dur pour être seulement dans les quatre premiers. Justement, c’est la patience, l’abnégation, je suis content aussi parce qu’il y a une émulation saine dans le groupe, ce n’est pas la course à la sélection. C’est dans la bonne humeur, ça tire tout le monde vers le haut. On a vraiment un très bon niveau."

Ne pas aller aux Jeux, c’est envisageable ?
J. L-C : "C’est mon premier objectif de début de saison : la qualification. Mais pour cela, il ne faut pas y penser, il faut mettre tout en place pour que sportivement ça se passe bien et que je sois au meilleur de mes capacités. Mais j’ai intégré la possibilité de ne pas y aller. La première étape, c’est la qualification après il y aura le week-end de Chaux-Neuve qui sera un test pour Pyeongchang et puis après le stage de préparation et les Jeux Olympiques".

Quel sera l’objectif ?
J. L-C : "En individuel, il n’y a que trois places, on est 60 au départ, il faut quand même être bon. Par équipes, avec notre groupe, le mixe entre l’expérience et la jeunesse, j’ai l'impression qu’il y a quelque chose à faire".

Christophe Gaudot @ChrisGaudot