Seun Adigun et Akuoma Omeoga
L’équipe nigériane de bobsleigh à deux à l’entraînement samedi. Seun Adigun (à gauche) et Akuoma Omeoga, sont les premières africaines de l’histoire à se qualifier aux Jeux Olympiques en bobsleigh. |

JO 2018 : l'Afrique a rendez-vous avec l'Hiver

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Sur l'aire d'arrivée de la piste de bobsleigh, Seun Adigun, 31 ans, et Akuoma Omeoga, 24 ans, arborent un sourire radieux: elles viennent de boucler leur première séance d'entrainement, "les sensations sont bonnes", le soleil réchauffe le site, et elles savent qu'en entrant en lice lundi, quelque soit le résultat, elles entreront aussi dans l'histoire de leur sport. Les deux Nigérianes sont les premières africaines qualifiées pour des Jeux Olympiques en bobsleigh.

Par notre envoyé spécial à PyeongChang

Une histoire folle, improbable, née en 2016 dans un garage de Houston aux Etats-Unis, où vit Seun Adigun. Elle a convié ses amies Akuoma, et Ngozi Onwumere. Toutes trois sont d'anciennes athlètes, élevées aux Etats-Unis par des parents d'origine nigériane. Seun concourut aux Jeux de Londres en 2012, sur 100 mètres haies. Elle veut se convertir au bobsleigh, qu'elle n'a jamais pratiqué, et parvient à convaincre ses amies de se lancer avec elle. C'est dans son garage qu'elles construiront un premier bob d'entrainement, avec du bois et du métal de récupération, puis lanceront des souscriptions auprès de leurs proches et sur internet pour financer leur aventure.

L'équipe nigeriane de bobsleigh et skeleton : Seun Adigun, Ngozi Onwumere, Akuoma Omeoga et Simidele Adeagbo
L'équipe nigeriane de bobsleigh et skeleton : Seun Adigun, Ngozi Onwumere, Akuoma Omeoga et Simidele Adeagbo © AFP PHOTO / LOIC VENANCE

A PyeongChang, le rêve est devenu réalité, après des qualifications réussies. Les trois compères forment la délégation du Nigéria, avec une quatrième athlète, Simidele Adeagbo, 36 ans. Celle-ci a concouru vendredi en skeleton. Après quatre mois seulement de pratique, elle est arrivée dernière des 20 compétitrices en course.  Mais elle est aussi  devenue la première Nigériane a s'aligner dans des Jeux d'Hiver, et la première africaine à concourir en skeleton. Ancienne athlète en triple saut, née à Toronto, elle a comme ses co-équipières, un fort attachement au pays de ses parents. "A part la naissance de mes enfants, c'est le moment le plus fort de ma vie, en tant que Nigériane. Personne ne pensait une telle aventure possible", a-t-elle déclaré à l'issue de sa course.

Le Ghanéen Akwasi Frimpong participe aux épreuves de skeleton
Le Ghanéen Akwasi Frimpong participe aux épreuves de skeleton © AFP PHOTO / MOHD RASFAN

"Je sais que des millions de gens nous suivent au Nigeria, dit Seun. Nous sommes super-motivées, pleines d'énergie, et j'espère que nous pourrons un jour créer une piste de bob en Afrique pour nos émules". Avec ses 190 millions d'habitants, le Nigéria est le pays le plus peuplé d'Afrique, mais pas le seul représenté aux Jeux d'Hiver: le modeste Ghana a dépêché un athlète au skeleton, Akwasi Frimpong, 32 ans. Une première également dans cette discipline, pour le second athlète jamais envoyé aux Jeux d'Hiver par le Ghana. Contrairement aux bobeuses, Frimpong est né dans le pays qu'il représente, mais il a émigré illégalement aux Pays-Bas à l'âge de 8 ans. Excellent sprinteur, il a acquis la nationalité néerlandaise en 2008, et caressé l'espoir de participer aux Jeux de Londres en 2012. Avant qu'une blessure au tendon ne vienne briser son rêve.

Shannon Abeda, porte-drapeau de l’Érythrée lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de PyeongChang
Shannon Abeda, porte-drapeau de l’Érythrée lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de PyeongChang © AFP PHOTO / Roberto SCHMIDT

Dans la série des pays africains improbables, la palme revient toutefois à l’Érythrée, en la personne du skieur alpin Shannon Abeda, 21 ans. Né en Alberta (Canada), de parents érythréens immigrés, il a commencé dès 15 ans à représenter en compétition le pays de ses parents, dans la Corne de l'Afrique, si loin de sa nouvelle vie.  

David Botbol