Siegfried Mazet, le coach français de la Norvège
Siegfried Mazet, le coach français de la Norvège | François-Xavier MARIT / AFP

JO 2018 - Biathlon : Siegfried Mazet, ce Français qui fait gagner la Norvège

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Son nom a longtemps été associé aux succès de Martin Fourcade mais le Français Siegfried Mazet a fait le pari en 2016 de rejoindre l'encadrement norvégien et il n'est pas étranger à l'éclosion cette saison de Johannes Boe, le grand rival du triple champion olympique tricolore.

Il fallait entendre Fourcade au moment du départ de Mazet pour comprendre l'importance du technicien de 39 ans dans l'émergence du phénomène du biathlon mondial.  Mazet, intronisé entraîneur de tir des Bleus en 2008, a été durant 8 ans l'un des acteurs majeurs de la mise en orbite de la fusée Fourcade et le voir passer chez l'"ennemi" norvégien a d'abord été vécu comme une trahison par le Français. "Je savais ce que je perdais et je ne savais pas ce que je gagnais", avait expliqué le Pyrénéen à l'époque. Fourcade a depuis retrouvé un nouvel équilibre avec Franck Badiou. Mazet s'est rapidement fondu dans son nouvel environnement et les relations entre les deux hommes se sont vite apaisées. "Si j'avais été à sa place, j'aurais sans doute réagi de façon encore plus véhémente mais aujourd'hui, quand on se croise on discute, il n'y a pas de soucis. Mon départ n'a pas fait plaisir à Martin et à l'équipe de France mais j'étais sûr que cela ne les affaiblirait pas et qu'ils pourraient s'en sortir sans moi. Nul n'est irremplaçable", explique le technicien à l'AFP.

"Philosophie biathlon"

Mazet sentait qu'il "avait fait son temps" au sein des Bleus et voulait vivre un nouveau challenge, qu'il juge "passionnant". Après avoir refusé une première proposition en 2015, il a estimé qu'il ne "pouvait pas dire deux fois non à un pays comme la Norvège", la patrie de la légende Ole-Einar Bjoerndalen où le biathlon est une véritable religion, et a décidé de franchir le pas. "Les Norvégiens avaient vraiment besoin de quelqu'un avec une philosophie biathlon", ajoute ce Drômois, venu du village où a grandi le quadruple vainqueur de la Coupe du monde Raphaël Poirée, La-Chapelle-en-Vercors. "Ils étaient trop axés sur le développement physique et ils s'accommodaient un peu trop du tir". Le Français, qui ne parle pas le norvégien mais dialogue en anglais avec ses nouvelles troupes, réfute le terme de "patte Mazet". Mais la transformation du N.1 local Johannes Boe est saisissante cette saison. Avec 8 succès en Coupe du monde, le cadet de la fratrie Boe (24 ans), toujours "en apprentissage", a pris une nouvelle dimension, s'imposant comme le plus sérieux adversaire de Martin Fourcade. "Ce qu'on a travaillé a payé, c'est clair", avoue Mazet mais le démarrage poussif de son poulain aux JO a prouvé que le N.2 mondial disposait encore d'une bonne marge de progression.

Travailler "l'adaptabilité"

"On a essayé de développer la régularité au tir et il y a des choses que je n'ai pas pu travailler, comme tirer dans des conditions difficiles avec beaucoup du vent, comme à Pyeongchang. Johannes est resté ici dans son schéma classique et n'en est pas sorti. On a eu une grosse discussion avant l'Individuel (de jeudi, ndlr), je lui ai dit qu'il fallait faire preuve de plus de contrôle dans ce genre de situations. Il faut qu'on bosse cette adaptabilité", analyse-t-il. Le message a été parfaitement reçu puisque Boe a raflé la première médaille d'or olympique de sa carrière, au nez et à la barbe de Fourcade. Ce fan de David Bowie, qui a choisi le surnom de Ziggystardust77 pour son compte Twitter, ex-fondeur et biathlète, a débuté par un emploi-jeunes au comité départemental de la Drôme avant de bifurquer vers le staff de l'équipe de France juniors en 2007 où il a fréquenté une bonne partie de la génération actuelle de l'équipe de France. Les résultats aidant, il a obtenu un an plus tard sa promotion chez les A. Lui-même trouve le terme d'"entraîneur de tir" assez réducteur et insiste sur cette fameuse "philosophie biathlon" qu'il a apportée chez les Vikings. Une méthode Mazet qui commence à sérieusement porter ses fruits pour Johannes Boe.

AFP