stade Maracana
Le stade Maracana s'apprête à s'embraser pour la cérémonie d'ouverture | YASUYOSHI CHIBA / AFP

JO 2016: Rio, pour tout l'or du monde

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Les chercheurs d'or de tous les pays se sont donnés rendez-vous à Rio de Janeiro où s'ouvrent ce vendredi soir les Jeux de la 31e Olympiade de l'ère moderne. Le sport, ce vecteur universel, redonnera-t-il le sourire à un pays en crise ? Pendant deux semaines, le monde entier rêvera d'exploits sportifs, de fête et de paix.

La petite rivière de janvier (Rio de Janeiro) a fait son lit. Découverte en 1502 par l'explorateur portugais Pedro Alvares Cabral, elle s'apprête aujourd'hui à recevoir le plus grand événement sportif planétaire. Traditionnellement réputée pour son sens de la fête, ses carnavals et ses plages, la capitale carioca semblait, lors de sa désignation, l'endroit rêvé pour accueillir les JO. Une crise financière et politique sans précédent au Brésil a pulvérisé ces clichés de carte postale, reléguant  bikinis et samba aux oubliettes. Mais pas éternellement. Chassez le naturel, il revient au galop. Rio a toujours su se relever des ruades de l'histoire et, guidée par la fierté de tout en peuple, elle saura se parer de plus beaux atours pour célébrer les Jeux avec un mot qui résume à lui seul l'état d'esprit brésilien : Alegria. 

Samba malgré tout

Jeux d'enfants, jeux interdits, jeux de dupes. Les Jeux Olympiques sont tout cela à la fois. Ils sont surtout une formidable façade culturelle et un lieu de rassemblement pour tous les peuples du monde, plus que jamais avides de communier ensemble en ces temps troublés. Alors oui, Rio n'est pas encore tout à fait prête, oui des chantiers sont toujours en cours, oui les eaux de sa baie sont incertaines, oui le virus Zika peut en effrayer certains (notamment les golfeurs, à la santé bien plus fragile que la moyenne c'est bien connu), oui se déplacer en transport dans la ville revient à se perdre dans le labyrinthe de Thésée, oui la délégation russe débarque tronquée et accompagnée de suspicion de dopage généralisé, oui la révolte des plus démunis gronde devant les dépenses engendrées par l'organisation d'un tel événement mais oui, Rio fera la fête. Coûte que coûte. 

Et cela commence par la cérémonie d'ouverture. Si l'on peut compter sur l'imagination et la créativité de Fernando Meirelles (réalisateur de "La cité de Dieu ou de "The Constant Gardener") pour mettre en scène cette fameuse allegria, il ne faudra pas s'attendre à une débauche d'effets pyrotechniques qui pourront concurrencer les fastueuses éditions de Pékin ou de Londres. Dans un pays plongé dans une profonde récession économique, une cérémonie trop ostentatoire serait de toutes façons mal perçue. Alors, encore une fois, le Brésil misera sur son déhanché légendaire pour faire chavirer les coeurs. Sous les yeux de quelque trois milliards de téléspectateurs à travers le monde, le mythique stade Maracana, garni de près de 80.000 spectateurs, sera ainsi transformé le temps d'une soirée en piste géante de samba. Le spectacle devrait également se projeter sur l'avenir de la planète, avec un tableau sur le réchauffement climatique soulignant le rôle crucial du Brésil, qui abrite la majeure partie de la forêt amazonienne. 

Pelé ou Kuerten, vasque débat

Sens du rythme et conscience éco-responsable, Rio tient ses thèmes fédérateurs mais il reste à savoir qui sera l'ultime trait d'union chargé d'allumer la vasque du Maracana, le dernier relayeur de la flamme olympique. Pour le moment, ce n'est un secret pour personne, Pelé tient la corde. Mais "le roi" se tâte (la hanche surtout) car sa santé reste aléatoire. Tout comme les contrats avec ses sponsors qui pourraient le priver d'une apparition historique. Quand olympisme rime avec mercantilisme. Pas certain que le Baron de Coubertin aurait apprécié... Il n'empêche, il n'y aurait bien que le grand Pelé pour rivaliser, en terme d'aura, avec la référence absolue jusqu'à ce jour, Mohamed Ali, inoubliable lorsqu'il alluma la flamme d'Atlanta en 1996. Au cas où le plus célèbre des numéros 10 ferait faux-bond, le tennisman Gustavo Kuerten révise sa prise revers pour tenir la torche. A moins que les organisateurs ne réservent une surprise de dernière minute ? 

Une chose est sûre, en revanche, c'est que les premiers JO sud-américains de l'histoire s'ouvriront  dans un contexte politique tendu. Sans Dilma Rousseff, la présidente suspendue, qui fait face à une procédure de destitution et refuse d'être réduite à "un second rôle" sous le regard du monde entier. Sans non plus son prédécesseur Lula, au rôle pourtant déterminant dans l'obtention des JO 2016 il y a huit ans.C'est Michel Temer, président par intérim depuis mi-mai, qui déclarera les XXXIe jeux Olympiques ouverts. Le vice-président de Rousseff s'est déjà dit préparé à subir huées et sifflets quand d'autres, les athlètes, ces nouveaux dieux modernes, s'apprêtent à être couverts d'or, d'encens et de myrrhe. 

Bolt-Phelps, dieux déclinants ?

"L'important c'est de participer". Décidément, les valeurs chères au Baron ont du plomb dans l'aile. L'amateurisme a vécu. Dorénavant chaque participant rêve de gloire et de décrocher l'une des 5130 médailles mises en jeu. Les JO c'est toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus fort. Qui mieux qu'Usain Bolt et Michael Phelps peut symboliser cette maxime ? Depuis 2008, ces deux surhommes survolent leur discipline, écrasent la concurrence, rabotent tous les records. Ils sont tout en haut de l'Olympe, là où aucun autre athlète ne peut respirer leur oxygène. Pourtant, au risque de froisser Zeus la foudre et Poseidon le roi des mers, les deux dieux arrivent en fin de cycle. Il est peu probable que Bolt batte de nouveau le record du 100 ou du 200 mètres et si Phelps ramène la moitié moins de médailles d'or qu'à Pékin (8) ce sera déjà un exploit. Reste que le Jamaïcain peut devenir le premier à enchaîner trois sacres olympiques sur la distance reine et sur le demi-tour de piste alors que le nageur US peut encore porter son record absolu de médailles (22 dont 18 en or) à des hauteurs inatteignables pour le commun des mortels. 

Dans l'ombre de l'ogre bicéphale Bolt-Phelps, la délégation française espère se faire une place au soleil. Mais pas pour "bronzer". La troisième marche du podium n'intéresse pas les chefs de file des Bleus, Teddy Riner, Renaud Lavillenie et Florent Manaudou. Ces trois-là veulent l'or, et au prix double puisqu'ils viennent à Rio pour faire fructifier leur titre londonien. Les 391 autres athlètes tricolores, s'ils ne nourrissent pas tous la même ambition, ne demandent eux aussi qu'à améliorer le score de Pékin (41 médailles au total). Ça commence dès ce soir et, à l'image du Christ rédempteur qui surplombe la baie, le monde entier a les yeux tournés vers Rio. 

Julien Lamotte