Stade Fisht, Sotchi, JO 2014
Le stade Fisht en travaux | MIKHAIL MORDASOV / AFP

JO 2014: Sotchi, grandeur et démesure

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Les Jeux Olympiques de Sotchi seront les plus chers de l'histoire. La faute à l'ambition gigantesque de la Russie mais aussi au coût extravagant des travaux. A 100 jours du coup d'envoi des Jeux, la plupart des installations sont terminées. Le budget initial a lui été multiplié par cinq. Explications.

On pensait avoir tout vu avec Pékin. Sotchi a fait mieux. Les Jeux dans la ville du kraï de Krasnodar couteront 36 milliards d’euros, soit la facture la plus élevée de l’histoire de l’olympisme, loin devant la capitale chinoise (26 milliards). A titre de comparaison, Londres avait dépensé 11,5 milliards d’euros l’été dernier pour organiser le grand rendez-vous planétaire. Et en 2010, lors des derniers JO d’hiver, Vancouver avait investi… 1,4 milliard d’euros. Initialement, les décideurs soviétiques avaient fixé le budget à 7 milliards d’euros. Mais cette base a été revue quatre fois et multipliée par cinq. Une inflation due à l’ambition démesurée de Vladimir Poutine.

Tout était à construire à Sotchi

Lieu de villégiature du pensionnaire du Kremlin en été, Sotchi se trouve au milieu du Caucase, à proximité de la Géorgie et au bord de la Mer Noire, dans une zone un peu reculée. Lorsqu’elle fut choisie en 2007, la cité russe possédait peu d’installations sportives dignes de ce nom et des infrastructures de transports insuffisantes. Mais Poutine voulait que les Jeux se déroulent dans cette ville. Alors, la Russie s’est lancée dans une campagne de grands travaux, faisant de Sotchi un chantier à ciel ouvert. Un aéroport, deux gares, 200 km de voies de chemins de fer, 400km de réseaux routiers agrémentés d’échangeurs, 77 ponts, 12 tunnels, de nombreux viaducs mais aussi des immeubles sont sortis de terre depuis cinq ans.

Des investissements massifs auxquels il faut ajouter le coût du parc olympique, divisé entre les pôles mer et montagne. Bâti sur des terres vierges de construction en bord de mer (256 hectares), le premier abrite le stade Fisht dans lequel se tiendront les cérémonies d’ouverture et de clôture. Autour de cette enceinte centrale, cinq bâtiments ultra-modernes accueilleront les sports de glace (hockey, patinage, curling). Plus haut, sur la commune de Krasnaïa Poliana, le second s’apprête à accueillir les épreuves sur neige (ski alpin), tremplin (saut à skis) ou piste (bobsleigh, luge). Une cinquantaine de kilomètres seulement sépare les deux sites. Mais la géographie accidentée de la zone a obligé la Russie à de lourds travaux pour raccourcir le temps de transport entre montagne et mer (1/2 heure au lieu de 2 heures).

Des soupçons de pots de vins

Ce dessein présomptueux a fait gonfler la note. D’autant que le pouvoir russe veut mettre les petits plats dans les grands. Non content de mettre sur pied les JO les plus chers de l’histoire, Poutine et ses "sbires" ont fait parcourir 65.000 km à la flamme olympique, soit son trajet le plus long. Le tout facturé 4,8 millions d’euros… Outre ces dépenses inutiles, le Kremlin est soupçonné d’abuser des pots de vins. Ils représenteraient un quart voire la moitié du budget olympique selon certaines estimations. Métamorphosée, Sotchi est l’illustration de l’ambition démesurée de la Russie et de son président Vladimir Poutine. Et tant pis pour l’écosystème du Caucase où l’esthétisme de la ville…

Sotchi, le coût de la métamorphose

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Jerome Carrere