Le numéro 1 mondial de golf, Jason Day
Le golfeur américain Jason Day sur le parcours d'Augusta en 2016 | AFP - HARRY HOW

Jeux Olympiques : le golf, victime de Zika et du mépris des stars de la petite balle blanche

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Après 112 ans d’absence, le golf fait son retour aux Jeux Olympiques. La fin d’une très longue attente pour certains, mais un détail pour les stars du circuit qui ont déclaré forfait en raison des risques liés au virus Zika. Un argument qui ne tient pas vraiment et qui montre surtout le peu de considération pour l’olympisme d’un sport où les millions de dollars et la reconnaissance se gagnent sur les greens toute l’année et non tous les quatre ans.

Jean-Lou Charon est un monsieur qui a beaucoup de respect pour les JO et l’esprit olympique. Le président de la Fédération Française de golf va voir ce pourquoi ses prédécesseurs Georges Barbarert (2005-2013), Philippe Martin (1997-2005), Claude Roger Cartier (1981-1997) se sont battus : le retour du golf dans la famille olympique. Une victoire après un long combat dont il tire une "immense fierté". Problème, c’est qu’il semble être l’un des seuls à s’en préoccuper. Jason Day, Dustin Johnson, Jordan Spieth, Rory McIlroy, Adam Scott, Vijay Singh ou encore Tiger Woods manqueront à l’appel à Rio. Soit les numéros 1, 2, 3, 8 mondiaux actuels et deux anciens numéros 1 mondiaux. Bref, plutôt du très lourd. C’est simple, on ne comptera que quatre des 10 meilleurs joueurs mondiaux à Rio en août prochain.

 

 

Rendez-vous manqué

Pourtant à Rio, le golf avait une superbe occasion de casser son "image élitiste", selon Jean-Lou Charon. Ce retour au sein de l’Olympe allait permettre une "redécouverte". "Etre à Rio, c’est la preuve que le golf est un sport, un sport ouvert au plus grand nombre et abordable pour tout le monde, saluait le président de la Fédération. Le fait d’être visible par monsieur et madame tout le monde donne un sentiment de reconnaissance". Rencontré lors du J-100 organisé par le CNOSF au Palais de Chaillot, il misait alors beaucoup sur la présence du numéro 1 français, Victor Dubuisson. "Ça le branche, assurait-il, on connait son caractère et ses difficultés à subir des contraintes comme en imposent les JO, mais il nous a assuré vouloir y aller et être présent. J’espère que l’avenir nous le confirmera".

Un message lancé comme une bouteille à la mer. Celle n’a pas fini d’errer, cherchant un destinataire puisque Dubuisson a officialisé son forfait au cœur du mois de juillet invoquant la baisse de son niveau. "J'aurais été très honoré de participer au JO et de devenir membre de l'équipe de France, mais je sens que j'ai perdu mon niveau de golf, et je préfère laisser ma place", a avancé celui qui était encore partant 10 jours avant cette annonce. Dubuisson, 78e joueur mondial, fait donc deux heureux, Grégory Bourdy (112e mondial) et Julien Quesne (123e mondial).

Zika fait des dégâts

Victor Dubuisson est le dernier d’une longue liste. Quelques mois avant le forfait du numéro 1 français, Jean-Lou Chardon regrettait "beaucoup ses absences". "Quand on a l’honneur d’être dans la famille olympique, quel que soit son niveau, on doit honorer cette sélection, avouait-il, je regrette que ces joueurs aussi bon soient-ils, malgré tout le respect que j’ai pour eux et leur talent, n’aillent pas aux JO". Alors pourquoi les golfeurs et pas Usain Bolt, Kevin Durant, Kevin Rudisha, Michael Phelps, Teddy Riner ou Florent Manaudou pour parler des stars françaises ? Jordan Spieth, Rory McIlroy et Jason Day avant lui ont avancé quatre lettres : Z-I-K-A. Zika, pas un musicien, mais plutôt, ce fameux virus transmis par les moustiques. Responsable de fièvre, de douleurs articulaires et dans certains cas beaucoup plus rares de problèmes neurologiques et, pour les femmes enceintes, de malformation grave du fœtus, il a été l’excuse derrière laquelle se sont cachés les meilleurs – hormis Dubuisson.

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"Des médecins ont confirmé que décider de concourir à Rio signifie forcément prendre un risque, même peut-être faible, pour ma santé et celle de ma famille", avait résumé le numéro 1 mondial Jason Day. L’inquiétude est liée au parcours construit à Barra de Tijuca. Situé à cinq kilomètres du Village Olympique, élaboré par les architectes Gil Hanse et Amy Alcott, ce tracé a surtout le désavantage d’être en bord de mer et comporte de nombreux points d’eau, dont deux lacs artificiels. Des points d’eau et autant de nids à moustiques dont Aedes, ce moustique qui transmet Zika. C’est l’argument avancé par Dany Lee, 48e joueur mondial, qui explique que les golfeurs seront "plus exposés aux piqûres de moustique que les autres athlètes qui évoluent en salle ou dans un stade".

L’appât du gain

Recevable sur la forme, il l’est moins sur le fond. D’abord car en aviron, en canoë-kayak et en voile, ces sports olympiques qui se pratiquent sur l'eau, aucun forfait en raison de Zika n'est à déplorer. Ensuite parce que derrière l’arbre Zika se cacherait une forêt beaucoup plus lucrative. Les golfeurs actuels n’ont pas attendus les JO pour trouver argent et gloire. Tiger Woods étaient, du temps de sa splendeur, l’un des sportifs les plus connus au monde et sans avoir mis un pied à Athènes (2004), Pékin (2008) ou Sydney (2000). Aujourd’hui, Rory McIlroy, Jason Day et les autres pensent avant tout de Grand Chelem, pas d’or olympique. La plupart des autres sportifs rêvent toute leur vie de gagner un titre olympique, on rêve, nous, du ‘Claret Jug’ (trophée remis au vainqueur du British Open, ndlr) ou du blazer vert (nom de la veste remise au vainqueur du Masters d’Augusta, ndlr). Des JO, j'en ai quatre par an, ce sont les tournois du Grand Chelem", a résumé le Nord-Irlandais.

Un constat partagé par Lee Westwood, le golfeur anglais, pour qui les Jeux ne représenteront "jamais le pinacle du golf", contrairement à ce qu’ils sont pour la natation ou l’athlétisme ou c’est LE rendez-vous d’une carrière pour un sportif. "Les JO pour l'athlétisme, c'est notre Super Bowl", a résumé le champion olympique 2012 du 110 m haies, Aries Merritt. Un investissement et un engouement pour les JO que Gary Player, ancienne star du golf sud-africaine, possédait : "j’aurai donné n’importe quoi pour participer aux JO (…) Les joueurs aujourd’hui gagnent suffisamment pour pouvoir 'rendre' un peu golf, les JO, c’est l’opportunité de le faire".

Rendez-vous à Tokyo ?

Le golf vit peut-être une période d’adaptation à sa nouvelle condition olympique comme le tennis avant lui. En 1988, lors des JO de Séoul, la balle jaune fait son retour au sein de cette grande famille olympique. Mais c’est un fiasco pour l’ATP puisque huit des dix meilleurs mondiaux sont absents. Il faudra la victoire d’Andre Agassi à Atlanta (1996) et plus encore celle de Rafael Nadal à Pékin (2008) pour que le tennis prenne au sérieux les JO. La victoire d’Andy Murray à Londres sur le gazon de Wimbledon contre Roger Federer en a été le plus bel exemple et a servi de déclic à l’Ecossais qui remportait son premier Grand Chelem dans la foulée (US Open 2012).

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Mais peut-être que le golf n’aura pas droit à autant de temps. Un tournoi raté à Rio et le sport pourrait à nouveau disparaître du rayon olympique. « Il est clair que l'avenir olympique du golf est moins bon maintenant qu'il y a six mois", s'est inquiété Jordan Spieth. Réintégré par le CIO le 9 octobre 2009 (63 votes pour, 27 contre), le golf joue gros au Brésil et plus encore à Tokyo dans quatre ans lors des JO 2020. Une échéance que le numéro 1 mondial, Jason Day, a déjà coché sur son calendrier : "Il faut regarder plus loin si on veut faire grandir notre sport : le golf doit rester olympique, ce qui se passe maintenant est une péripétie, j'aimerais participer aux JO à Tokyo", a-t-il espéré. On veut bien le croire, à moins que Zika ne traverse les océans ou que le virus de l’argent sévisse encore.

Benoit Jourdain @BenJourd1