Vincent Jay
Vincent Jay, consultant pour France Télévisions pour les JO de Sotchi (biathlon et ski de fond) | JACQUES DEMARTHON / AFP

Jay: "la Fédération mise sur les jeunes"

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Champion olympique en sprint en 2010 à Vancouver, le consultant de France Télévisions pour le biathlon porte un regard éclairé sur l’évolution de son sport. Il salue l’accent mis sur la jeunesse par la Fédération qui joue sur le côté ludique et l’image de champions accessibles et simples.

Comment expliquer les raisons du succès du biathlon en France ?
"Les jeunes ont un attrait pour le biathlon parce que c’est ludique. C’est un jeu. Les jeunes pensent qu’il y a beaucoup moins de routine en biathlon qu’en ski de fond alors que c’est l’inverse. Il y a certes le tir, l’attrait des armes à feu, le claquement de la balle. Par contre, le biathlète tourne en rond pendant 1,5 km autour d’un pas de tir alors que le fondeur est dans les grands espaces, en forêt. Le biathlète est plus dans la routine".

Donc c’est le côté fun du tir qui attire les gens ?
"Oui, c’est ça qui fait augmenter le nombre de licenciés. Il faut voir le biathlon comme un jeu. On peut se comparer à l’autre en temps réel. Il y a d’ailleurs beaucoup de compétitions entre les biathlètes, des petits jeux. Par exemple, les entraîneurs les font arriver tous en même temps sur le pas de tir, et c’est à celui qui tire le plus vite. Le dernier est éliminé". 

En plus, le suspense tient jusqu’au bout ou presque…
"Exactement. Même si vous êtes moins bien sur les skis, vous pouvez vous refaire grâce au tir et passer devant tout le monde sur la fin. Ce qui est marrant, c’est qu’un biathlète s’applique deux fois plus au tir s’il se sent moins bien physiquement. En revanche, quand on est très bien sur les skis, on a tendance à laisser quelques balles au tir. C’est pour ça que ça tient en haleine les téléspectateurs. Jusqu’au dernier moment, rien n’est joué. Tu ne sais pas qui va gagner. C’est exceptionnel. On est l’un des seuls sports dans ce cas".

"Ressembler à Martin Fourcade"

On sait qu’un sport a besoin de stars pour susciter des vocations. De ce côté-là, le biathlon a été servi depuis une vingtaine d’années.
"L’émergence du biathlon est France, c’est 1992 avec la médaille d’or du relais féminin (composé de Corinne Niogret, Véronique Claudel et Anne Briand, NDLR). Ca a fait connaître le biathlon au grand public. Après, il y a eu la période Raphaël Poirée qui a refait parler du biathlon. Et puis Defrasne et moi-même derrière. Nous, on l’a fait aimer. Et maintenant il y a Martin Fourcade qui est en train de fidéliser les gens. C’est un modèle pour les jeunes qui veulent faire du biathlon pour ressembler à Martin Fourcade maintenant. Comme des petites filles ont voulu faire de la natation pour ressembler à Laure Manaudou. Il existe même dess produits dérivés à l’effigie de Martin Fourcade et des champions actuels. Donc les gamins skient avec des gants et des lunettes Martin Fourcade. Ce n’est bien sûr pas au niveau du foot ou du rugby mais on est en train d’amorcer quelque chose qui va se développer. Ca va être énorme".

Le nombre de licenciés peut-il augmenter fortement ?
"On doit être aux alentours de 400 ou 500 actuellement. Ca ne suffit pas pour dégager une élite dense, mais c’est difficile à dire. On ne peut pas prévoir, ce n’est pas quantifiable. Ca reste un sport régional. Tu ne feras pas du biathlon à Quimper, dans les Landes ou à Paris. Maintenant, ce qu’il se passe est intéressant. Les gens, quand ils viennent en vacances dans les régions, profitent de ce que proposent toutes les écoles françaises de biathlon. Le discours, c’est : « Venez essayer le biathlon ». Et il y a plein de demandes. Les gens veulent essayer, au moins. Ils n’en feront pas forcément en compétition mais ça intrigue. Il faut dire que tirer à la carabine, ça va. Tout le monde peut le faire. Par contre, tu fais faire rien que 500 mètres en ski de fond à quelqu’un et tu lui dis de tirer vite derrière, en concurrence avec un autre à côté, là ce n’est plus pareil. Ils prennent en compte la difficulté du truc".

A quel âge commence-t-on le biathlon ?
"Ca commence de plus en plus temps maintenant. La Fédération a mis les moyens. On a des carabines laser. Ca s’allume vert, rouge, quand on a loupé. C’est ce qui nous sauve parce que ça permet de démocratiser et d’exporter notre sport en ville. Les jeunes peuvent tous essayer alors qu’autrement c’est la loi des 16 ans qui s’applique pour tout ce qui est port d’arme. Et en plus il faut l’autorisation des parents, une dérogation. Et plus on apprend à travailler tôt dans les skis clubs, mieux c’est. A titre perso, j’ai commencé très tard, à 16-17 ans, même si je faisais du ski de fond avant. Et maintenant j’entraîne des gamins qui ont 13-14 ans. Ils commencent cinq ans plus tôt et ont cinq ans d’avance sur moi au tir à la même époque. Le biathlon évolue et c’est bon pour la France".