Barjots, handball, 1992
Les "Barjots" fêtent leur médaille de bronze à Barcelone | CHRISTOPHE SIMON / AFP

Il y a 20 ans, les "Barjots"

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Les "Barjots", nom donné à l'équipe de France de handball dans les années 90 en raison du caractère de ses joueurs aussi imprévisible sur le terrain qu'en dehors, ont fêté jeudi les vingt ans de leur médaille de bronze décroché aux JO de Barcelone. Une bande de joyeux fêtards qui a donné ses premières lettres de noblesse au handball français.

"Aujourd'hui, quand tu mets le maillot de l'équipe de France, ça veut dire quelque chose et ça c'est depuis 1992". La phrase est signé Grégory Anquetil, international de 1993 à 2005. Elle résume à elle seule l'influence qu'ont eue les "Barjots" sur le handball et sur les sports collectifs français en général.

La genèse barcelonaise

En 1992, la France se présente aux Jeux Olympiques de Barcelone comme nation mineure du handball. Lors de son premier mondial à Berlin deux ans plus tôt, elle avait terminé à une anonyme 9e place. "On est arrivé aux Jeux comme des enfants à Eurodisney" confesse Denis Lathoud, arrière gauche de l'époque. "Il y avait le village olympique, plein de stars qui se promènent, le bord de mer…".

"On avait regardé notre poule et lors d'un stage en Hongrie, on s'était dit : si on fait septième on se rase la tête, on se teint les cheveux en blond" ajoute-t-il. D'emblée, les Bleus s'imposent face à l'Espagne (18-16) et ne s'inclinent que d'un petit but contre la Communauté des états indépendants (23-22) future championne olympique.

En battant pour la première fois l'Allemagne (23-20) puis la Roumanie et l'Egypte, les futurs "Barjots" accèdent aux demi-finales. Chose promise, chose due, la plupart d'entre eux apparaissent face à la Suède cheveux peroxydés mais cela n'empêche pas leur défaite. Néanmoins, en venant à bout de l'Islande dans le match pour la 3e place, ils décrochent une médaille de bronze historique, propulsant le handball en pleine lumière sur le sol national.

Appelez les "Barjots"

Ils tireront de cette distinction leur surnom de "Bronzés" avant de devenir "Barjots" pour leurs grandes gueules, leurs coupes de cheveux farfelues mais aussi leurs soirées mémorables d'après-match. "Cette équipe a d'abord fait rire, elle a ensuite fait peur" souligne Greg Anquetil, avant de nous rafraîchir la mémoire. "Il y avait quand même les meilleurs joueurs du monde à leurs postes avec Stéphane Stoecklin, Jackson Richardson, Lathoud, Volle, Munier, Quintin, Gardent, Péreux…".

Cette incontrôlable bande de potes "qui n'avait aucune conscience de la rigueur du professionnalisme " dixit Lathoud a confirmé tout son potentiel après Barcelone avec une deuxième place au Mondial 93 avant un sacre historique en 1995. Pour la première fois de l'histoire, une équipe française de sport collectif s'installait sur le toit du Monde. Les secrets de cette réussite sont multiples.

"On s'est forgé tout seul et même arrivés en haut de l'affiche, on n'avait pas cette rigueur, on était juste content d'avoir des résultats ensemble". Pour l'ailier Greg Anquetil "dans cette équipe tout coulait de source" et "l'amitié vache" qui unissait le groupe l'a surpris à son arrivée.

"Cette équipe marchait sur un fil"

L'ex-international confesse même que "cette équipe marchait sur un fil et ça a parfois vacillé". L'exemple du Mondial 95 gagné à Reykjavik est à ce titre évocateur. Au bord de l'implosion après les matches de poule, le groupe improvise une réunion dans un café de la capitale islandaise pour tout remettre à plat et aller au bout. A l'inverse, lorsque l'entraîneur Daniel Constantini injecte du sang neuf en 1996, la greffe a du mal à prendre même si les Français décrochent tout de même le Bronze.

Depuis, le handball français vit une époque dorée, trustant de nombreux podiums internationaux sous la houlette des "Costauds" puis des "Experts". Dans cet intervalle de vingt ans, les Français ont disputé huit finales internationales pour sept titres gagnés. Et si les descendants des "Barjots" ne sont plus aussi déjantés, il n'en reste pas moins tout autant carnassiers. En attendant de conserver leur titre olympique à Londres?
 

Jerome Carrere