Hanyu entre dans la légende

Hanyu entre dans la légende

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Le Japonais Yuzuru Hanyu, 19 ans, a été sacré vendredi champion olympique de patinage artistique, devant le Canadien Patrick Chan et le Kazakh Denis Ten. Hanyu, qui s'est imposé malgré deux chutes lors du programme libre, est le premier Japonais champion olympique chez les messieurs.

Fort de son avance acquise la veille lors du programme court, où il a été le premier patineur à passer le cap des 100 points, Yuzuru Hanyu a sans doute subi la pression et s'est trouvé dans une position à la fois confortable arithmétiquement mais mentalement compliquée et il a bien failli en payer le prix. Mais après ses deux chutes qui auraient pu lui coûter le titre, il a su se reconcentrer sur son sujet pour maintenir son avantage. 

Le prodige Japonais s'entraîne depuis deux ans avec l'éminent coach canadien Brian Orser à Toronto, où il s'est installé avec sa mère. Orser est  l'homme qui avait mené une Sud-coréenne, Kim Yu-na, au titre olympique en 2010  à Vancouver. Elle avait 19 ans. Hanyu n'avait jusque-là décroché qu'une médaille de bronze, aux  Championnats du monde en 2012 à Nice. Perfectionniste à l'excès, Hanyu possède une élasticité incroyable, à  l'image de ses longs bras. Il allie sa grande technicité à une force  émotionnelle. Le Japonais, dont les costumes sont dessinés par l'ancien champion  américain, le fantasque Johnny Weir, a été victime du tremblement de terre au Japon le 11 mars 2011. La maison familiale et la patinoire dans laquelle il s'entraînait ont été détruites.

Un champion métamorphosé au moral d'acier

"J'ai vraiment pensé que j'allais mourir à 16 ans. Souvent les choses que vous prenez pour acquis ne le sont pas. Tout est une histoire de chance. Et  c'est parce que j'ai perdu beaucoup de choses que maintenant je pense de cette façon", a souvent confié Hanyu. Il poursuit malgré les difficultés. En mars 2012, à Nice, il décroche sa première grande médaille, le bronze  lors des Championnats du monde.Un mois après, il décide de s'installer avec sa mère à Toronto pour travailler avec le Canadien Brian Orser, mentor de la reine Kim Yu-na, première Sud-coréenne championne olympique de l'Histoire, à 19 ans.

Orser encense le côté extraordinairement méticuleux de son élève: "Je suis bluffé par sa maturité. Il est très perfectionniste. En six mois, il a été  capable de programmer son pic de forme pour être le meilleur aux Jeux". Outre ses qualités exceptionnelles de patinage, son habilité technique et  sa présence captivante sur la glace, Hanyu travaille son mental et réussit son ascension. Il gravit tous les échelons internationaux grâce à ce talent rare qui promet de faire de lui l'un des plus grands patineurs de tous les temps 

Déclarations

Yuzuru Hanyu (médaille d'or): "Je suis si surpris. Je ne trouve pas les mots. Ce programme a été si difficile pour moi, j'étais épuisé physiquement. Je suis tellement choqué par cette victoire. Je suis fier en tant que Japonais d'avoir accompli un tel  exploit. Les jeux Olympiques sont si imprévisibles. C'est la première fois de ma vie que suis nerveux en compétition. Je suis vraiment perturbé par m  performance mais j'ai donné tout ce que j'avais. Cette victoire est un cadeau  pour mon pays."

Patrick Chan (médaille d'argent): "Bien sûr que j'ai manqué notre chance. Mais combien de chances avons nous laissé filer aux jeux Olympiques? Il y en a eu  tant. Ce n'est pas parce que j'ai manqué cette opportunité aujourd'hui que cela va marquer ma carrière. Ça ne change pas le fait que je suis toujours l'un des  meilleurs patineurs au monde. Je voulais rester concentré sur moi-même mais j'ai commis quelques petites erreurs. Le patinage est très dur. Gagner l'or  pour le Canada m'a mis beaucoup de pression mais je voulais le faire avant tout pour moi. Je fais des erreurs comme tous les êtres humains. Même Shaun White fait des erreurs! Malheureusement j'en ai fait une de trop aujourd'hui."

Denis Ten (médaile de bronze): "Ça a été très difficile après le programme court  où j'étais comme endormi, alors, oui, je suis vraiment heureux. Je me suis senti beaucoup mieux aujourd'hui, j'avais plein d'énergie. Aux jeux Olympiques de Vancouver en 2010, j'étais le plus jeune patineur et je n'avais aucune  pression. Quand je suis arrivé ici à Sotchi, j'avais l'argent mondial en poche et cela m'a mis une certaine pression."

Christian Grégoire