Guilbaut Colas
Le "bosseur" Guilbaut Colas en 2011 | AFP - VICTOR LUNDBERG

Guilbaut Colas, la douleur des bosses

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A 30 ans, le spécialiste des bosses Guilbaut Colas arrivait à Sotchi prêt à en découdre. Succès, échecs, blessures ont rythmée sa carrière qu’il espérait terminer en beauté aux JO. La nouvelle de sa rupture des ligaments croisés est venue briser son rêve de médaille olympique, la seule qui lui manquait.

C’était son rêve, son ambition. Remporter une dernière médaille olympique. Dans la foulée d’un Mondial à Voss (Norvège) en mars dernier où il défendait son titre mondial complètement raté – il avait terminé à la 39e place – le Grenoblois avait mis les bouchées doubles pour être prêt pour Sotchi, son idée fixe. "Je suis obsédé par les Jeux Olympiques, j’y pense tous les jours", assurait-il en octobre 2012 à l’AFP. Mais sa rupture des ligaments croisés antérieurs doublée d’une lésion du ménisque interne du genou gauche a brisé son élan. Survenue à l’entraînement, la veille de la compétition de bosses, elle le prive de son ultime défi, monter sur un podium olympique.

"J’ai senti une douleur et à la réception du deuxième saut, mon genou a cédé. Je me suis tout de suite dit que j’allais passer à côté des Jeux", a indiqué Guilbaut Colas à Francetv Sport. C’est la deuxième fois que son corps le lâche. Au plus mauvais moment. Déjà en 2011, après sa superbe année couronnée d’un titre mondial et d’un Globe de Cristal de la discipline, il avait du mettre sa carrière entre parenthèses en raison d’un dos récalcitrant. Deux ans loin des bosses, un long tunnel dont il était sorti. Tout un investissement anéanti en une fraction de secondes. Mais le Grenoblois préférait relativiser, "ce n’est qu’un genou", a-t-il assuré. "C’est formateur quoiqu’il arrive. Il n’y a pas que des bons moments dans la carrière. Ca fait partie du sport, il faut l’accepter".

Le maudit des Jeux

En Russie, Guilbaut allait vivre ses troisièmes Jeux. Après Turin en 2006 et Vancouver en 2010. En Italie, le bosseur âgé de 22 ans découvrait les JO. Une 10e place et un rendez-vous pris pour les suivants. Mais à Vancouver, il allait connaître une première désillusion. "Il avait dominé les entraînements et les qualifications, se souvient Enak Gavaggio, consultant pour France Télévisions. Mais, il avait voulu gagner en brillant et en ne freinant pas avant le dernier saut, il avait manqué sa réception". Une erreur qui lui avait coûté le podium et peut-être la victoire. A Sotchi, il abandonne donc avant ce combat qui devait être le dernier. Au micro de Francetv Sport, il a refusé toutefois d’annoncer sa fin de carrière. "Je n’y pense même pas. Je veux vite rentrer chez moi, après je verrai", a-t-il lancé. S’il devait tirer sa révérence, cet ultime épisode serait la pire des fins pour ce travailleur acharné – il était surnommé "la machine de guerre" par son ancien entraîneur Fabien Bertrand -.

Et maintenant? Profiter

Ce forfait de dernière minute est déjà le deuxième pour la délégation tricolore après celui de Brice Roger pour la même blessure. "J’étais passé dans sa chambre pour le consoler. On en a reparlé puisque je l’ai croisé ce matin (lundi, ndlr). On va faire notre rééducation ensemble, on va apprendre à se connaître", a-t-il déclaré. L’équipe de France de bosses se retrouve orpheline de son aîné le jour de la finale. Celui qui a pris la suite d’Edgar Grospiron se voyait en "vieux loup sur le retour" pour cette olympiade. Pas un pilier de l’équipe, mais une place plutôt à part dans la maison bleue. "Passer de leader à rien du tout c’est dur", expliquait Ludovic Didier à l’AFP avant la compétition.

Des paroles éclairantes sur le "manque d’affinités" évoqué par l’intéressé lors d’un documentaire qui lui était consacré sur Canal + entre lui et les jeunes de l’équipe de France de bosse. "Il faut avoir un caractère c’est évident. Kingsbury (champion du monde 2013, ndlr) et Bilodeau (champion olympique à Vancouver, ndlr) ce sont des killers", estimait Colas. Il est désormais loin de tout ça. Son avenir immédiat ? "Etre à Grenoble, chez moi. Passer dans ma station à Chamrousse voir mes amis, en profiter et penser à moi. J’ai trois semaines avant l’opération, je vais faire la fête", a-t-il dit, sourire aux lèvres. Même si le plus douloureux (re)commence pour lui.