François Pervis, un amour fou pour le keirin

François Pervis, un amour fou pour le keirin

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Après des débuts discrets avec l'équipe de France, le Mayennais retrouve son ambition avec l'épreuve de keirin qui débute ce mardi. Grand amoureux de la spécialité, après un printemps délicat en raison de problèmes personnels, l'élève de Laurent Gané a retrouvé la force pour préparer au mieux Rio. Au point d'être un potentiel médaillé sur l'anneau brésilien.

"Le keirin, c'est mon truc. Cela commence déjà à bouillonner en mon for intérieur. " Surmotivé, François Pervis (31 ans) a mis fin aux doutes qui l'entouraient ce printemps, alors qu'il vivait un divorce difficile. Au moment des Championnats du monde à Londres, en mars dernier, le Mayennais renonce même à défendre son titre en vitesse. "Tout cela me fait mal au coeur mais, à cinq mois des Jeux, je ne suis pas dans une condition physique exceptionnelle et je dois en tenir compte. La priorité, c'est Rio !" Le pistard français est d'abord éliminé au 200 mètres lancé (22e seulement). "Je me fais humilier et je n'aime pas ça. Je redeviens un mec normal dans la tête de mes adversaires et ce n'est pas bon pour moi !"

"C'est dans la tronche"

Sorti en repêchages, Pervis n'en mène pas large. "C'est dans la tronche..." Il va mettre les bouchées doubles pour arriver au sommet de sa forme au pied du Corcovado. Doté d'une forte masse musculaire, le père François est lucide quand il évoque son cas personnel : "Je suis un gros diesel : plus j'avance, mieux je suis." Venu du Japon, le keirin est une course de deux kilomètres lancée par un meneur à vélomoteur qui s'écarte à 600 ou 700 mètres de l'arrivée pour lancer le sprint. Le secret de François Pervis ? "Je fais des bornes sur la route, deux heures et demie, deux à trois fois par semaine, les autres y sont réfractaires."

Véritable touche-à-tout sur la selle, le Normand le reconnaît : "Je marchais pas mal en cyclo-cross. Adolescent, je ne fantasmais pas sur le Tour de France, mais plutôt sur les classiques belges ou le Paris-Roubaix. Je me voyais comme un guerrier, un dur au mal, dans la boue..." Son destin bascule en Première année Juniors, lorsque Gérard Quintyn, entraîneur de l'équipe de France, le repère et lui propose de rejoindre l'INSEP. "En 2001, les Championnats du monde Juniors avaient lieu à New York. J'ai vu le World Trade Center avant que les tours jumelles ne s'écroulent... Moi, le petit campagnard qui n'était jamais sorti de sa Mayenne, je prenais l'avion pour aller aux States, en Australie ! Mon sport pouvait me permettre de faire le tour du monde. Il aurait fallu être vraiment con pour refuser ça !"

Pas de guerre larvée

Marqué samedi par l'échec à Rio de Grégory Baugé à la vitesse, François Pervis ne veut surtout pas connaître le même sort. S'il reconnaît quelques tiraillements dans l'équipe, il assure que ces tensions passagères ne sont pas bien méchantes : "Sincèrement, ce n'était pas grand-chose, juste des broutilles. Tout ça ne nous empêche pas de nous dire bonjour au quotidien. Il n'y a aucun souci entre nous..."

Les pistards veulent à tout prix éviter le syndrome "guerre larvée" des nageurs français. Pour le prouver, François Pervis rappelle que, par le passé, il a reçu chez lui son collègue : "Greg, je l'ai déjà invité chez moi, dans la ferme familiale, on en rigole parfois. Il garde le souvenir de bonnes odeurs de la campagne !" Lui se délecterait, sur la piste carioca, de l'odeur d'un métal olympique. Or, argent, bronze ? Qu'importe, sa Mayenne natale le fêterait de toute façon.

Nicolas Gettliffe