Martin Fourcade
Martin Fourcade, le biathlète tricolore | AFP - ALBERTO PIZZOLI

Fourcade et Beatrix, sourires bleus

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Martin Fourcade a fait ce qu’on attendait de lui. Il est devenu champion olympique pour la plus grande joie du clan français et de la sienne. La troisième place de Jean-Guillaume Beatrix n’a fait que rajouter du bonheur à cette bande de potes. Récit d’une soirée magique.

Même la légende du biathlète n’a pu que s’incliner. "Je suis super heureux pour Martin, c’est son premier titre olympique, c’est beau". En zone mixte, Ole-Einar Bjorndalen qui a remporté le sprint samedi à 40 ans était heureux. Il n’était pas le seul. C’est toute une "bande de potes" selon Simon Fourcade qui a partagé la joie des deux médaillés. Simon Desthieux, 21e en a bien conscience au moment de se présenter face à la presse. Il sourit. "On s’en fiche un peu de moi aujourd’hui". "C’est une journée fantastique, ça fait plaisir à beaucoup de monde ces deux médailles. On ne voit pas grand-chose depuis la piste, mais juste avant mon dernier tir debout j’ai vu Martin en tête et je me suis dit que c’était gagné. "Bravo à lui et à Jean-Guillaume aussi. Ce sont deux sacrés gars".

Fourcade savoure son sacre olympique
Fourcade savoure son sacre olympique

Il est encore à répondre quand arrive l’aîné de la fratrie Fourcade, Simon. Fier et heureux, lui aussi. "Il y a toute une équipe derrière, c’est ça qui fait qu’il y a deux gars sur le podium. C’est vraiment génial. Un athlète ça vous place un homme, mais deux, ça vous place vraiment une équipe". Mais derrière la joie, difficile d’oublier son cas personnel. "J’ai énormément de regrets sur le sprint. Maintenant… (il hésite) c’est la course, j’ai toujours du mal à me débloquer lors des premières courses des grands championnats. C’était le cas samedi, c’était le cas il y a quatre ans. Quand j’aurai passé ce cap…", déclare-t-il. "Mais je vais arrêter de me lamenter sur le passé, il reste encore de belles courses".

La fin de l’attente

La médaille d’argent obtenue à Vancouver (la mass-start, ndlr) laissait présager du meilleur. Quatre ans plus tard, il monte enfin sur la plus haute marche.Une consécration attendue, par l’équipe de France en mal de médailles depuis l'ouverture de ces Jeux. Par son grand frère également. "Maintenant il a tout. Je le répète souvent, mais ce qu’il réalise à 25 ans… A cet âge, Bjorndalen avait 11 victoires en coupe du monde, Martin en a 27. Ça veut tout dire. Il était déjà dans la légende du biathlon, aujourd’hui, il l’est encore plus avec ce titre olympique", admire-t-il. Quelques minutes plus tard, c’est le héros du jour qui se présente. Attendu aussi impatiemment par la presse que ce titre olympique par la délégation française.

"Cela fait quatre ans que je pense à ça, que je me lève en pensant à Sotchi. C’est une petite page du livre de ma vie qui se tourne", déclare-t-il. Oublier l’échec du sprint. Pas sûr d’ailleurs qu’il ne s’en soit pas servi pour construire son succès. "Il n’est jamais meilleur que lorsqu’il est vexé, il l’avait déjà prouvé. La manière dont il l’a fait, c’était beau. C’était vraiment le plus fort aujourd’hui", assure Raphaël Poirée, vice-champion olympique de la poursuite en 2002 à Salt Lake City. "J’aimerai bien le féliciter, mais je l’ai pas encore croisé", ajoute-t-il. L’accolade entre les deux hommes interviendra quelques instants plus tard. 

Beatrix-Fourcade, comme chez les jeunes

L’autre sourire du soir, c’est celui de Jean-Guillaume Beatrix. Plus réservé, mais tout aussi sincère. "J’ai du mal à réaliser, il va me falloir un petit peu de temps. Il faut tellement rester calme pendant la course, ne jamais s’emballer, resté concentré et lucide jusqu’à la fin. J’ai du mal à exploser d’un coup, c’est une habitude de rester calme. Je réalise petit à petit", glisse-t-il. L’accolade, les sentiments entre les deux hommes adversaires en juniors, aujourd’hui partenaires et médaillés olympiques, après la ligne d’arrivée resteront. Les mots, un peu moins. "Je ne me rappelle plus ce qu’il me dit. Ce ne sont pas les mots qui sont importants, ce sont les regards, les sourires".

Vidéo : l'arrivée de Fourcade et Beatrix

"Il est heureux d’être en or. Etre champion olympique alors que je suis sur le podium doit le rendre encore plus heureux. C’est rare sur les courses de Coupe du monde de partager les podiums avec des gens de son équipe. Quitte à avoir le bronze, je préfère que ce soit Martin qui gagne comme ça j’aurai une Marseillaise aussi". Béatrix, qui était "tellement loin derrière", lors de la médaille d’argent de Martin Fourcade à Vancouver pouvait savourer ce podium. "Je lui avais dit que ça me ferait plaisir de redevenir son rival, il m’a fallu quatre ans. Je suis pile à l’heure", conclut-il. Le train bleu emmené par l’une de ses locomotives est désormais lancé et tous espèrent revivre de telles soirées. 

Vidéo : la course de Martin Fourcade