Florent Manaudou
Le nageur français Florent Manaudou | AFP - PASCAL GUYOT

Florent Manaudou privé du 100m à Rio, un mal pour un bien

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Florent Manaudou ne rejoindra pas Alexander Popov et Matt Biondi dans le cercle des nageurs champions olympiques du 50 et du 100m. Le Français s’est raté aux championnats de France sur l’aller-retour, mais n’en a pas fait un drame. Et si finalement, c'était une bonne nouvelle?

Le 100m, je t’aime moi non plus

Florent Manaudou a explosé devant les caméras du monde entier un soir d’août 2012 en devenant champion olympique du 50m nage libre à Londres. Le 3 août 2012, la France découvre un colosse, le cadet de la fratrie Manaudou, une fusée taillée pour le 50m. Une distance dont il est le roi depuis 2012 (champion olympique, champion du monde en 2015, champion d’Europe en 2014). Mais avec de telles capacités, la tentation du doublé 50-100m à Rio était immense. Romain Barnier, son entraîneur à Marseille, lui a soumis l’idée. Il l’a apprivoisée et l’a faite sienne après son chrono à Nîmes de 47’’98 en décembre dernier. "J’ai envie de tenter l’aventure", assurait-il à l’époque. C'était décidé. Plus d'hésitation, plus de saute d'humeur comme celle de novembre à Angers où il avait refusé de s'aligner en série lors des championnats de France petit bassin, simplement par manque d’envie. Un comportement alors vertement critiqué par son entraîneur Romain Barnier.

Le résultat de vendredi met fin brusquement à son ambition et est venu rappeler ses difficultés à dompter cette distance. "C'est un sentiment étrange, je suis presque content de ne pas être qualifié. Je ne pensais pas réagir comme ça mais j'ai mal, ce 100m me fait mal. J'aime bien, le 100 m, mais j'en ai peut-être pas fait assez pour prétendre à être champion olympique", avouait-il après la course. Sa puissance, si précieuse sur 50m, le dessert peut-être sur l’aller-retour, là où les qualités de glisse font la différence. Finalement le plus triste était Clément Mignon, son partenaire au CNM, qui a pris le dernier ticket pour Rio derrière Jérémy Stravius. "Je suis un peu triste pour ‘Flo’, c'est quelqu'un qui a un énorme potentiel et c'est un partenaire d'entraînement. La compétition n'est pas finie, il y a encore le 50 m, avec ‘Flo’".

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Le 50m reste l’objectif prioritaire

En sortant du bassin vendredi soir, Florent Manaudou ne savait pas trop quoi penser. "Les émotions s’entremêlent". S’il était digne dans la défaite, félicitant ‘Clem’ et ‘Jérem’, les deux qualifiés pour Rio sur 100m, il savait que son chrono de 48’’10 – il a quand même réalisé les minima au passage – ne lui permettait aucun espoir à Rio. Il savait qu’avec un tel chrono, il pouvait prétendre "à rien aux Jeux". Lui qui voulait nager en 47’’50 à Montpellier pour mettre la pression à l’Australien Cameron McEvoy, meilleur performeur mondial de l’année en 47’’56, est brusquement revenu à la réalité. Il n’avait pas les armes pour le 100. Et s'il n'avait aucune chance pourquoi y aller? Désormais il va devoir tout donner pour "sa" distance, le 50 m.

Dimanche, jour de la compétition du 50, la pression sera maximale sur ses épaules car il n’aura pas le droit de se rater s’il veut défendre son titre à Rio. Il en a conscience mais rassure en disant que « généralement dans ces cas-là, je nage plus vite ». Débarrassé de l’attente sur le 100, cette "distance bonus" comme il l’a qualifiée vendredi soir, il va pouvoir se reconcentrer sur sa "vraie priorité" selon Romain Barnier. En cas de qualification olympique ce dimanche, il aura plus de repos pour préparer la conquête de sa deuxième médaille d’or au Brésil. Tant pis pour l’histoire, Alexander Popov et Matt Biondi ne seront pas imités tout de suite, mais tant mieux pour Manaudou.

La force du relais français

L’autre bonne nouvelle de ce 100m, décidément très relevé, est l’impression de force et le potentiel qui se dégagent du futur relais olympique. "Pour une fois on pourra dire qu'on sera favori au 4x100m", assure même Manaudou, qui fera partie de l’aventure puisqu’il a terminé 3e. Mehdy Metella, quatrième de la finale, complète le quatuor. Fabien Gilot, le capitaine historique du relais, et William Meynard, cinquièmes ex-aequo pourraient aussi avoir leur mot à dire. Mais ce relais qui n’a plus perdu en compétition internationale depuis l’Euro 2012 sera à coup sûr une force du clan tricolore. Et sans le 100 en individuel, Manaudou sera pleinement concentré sur cette course collective qu’il n’a pas remportée aux JO car il n’était pas dans le quatuor (Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Clément Lefert, Yannick Agnel) sacré à Londres.

Benoit Jourdain @BenJourd1