Télésièges à Krasnaya Polyana
Télésièges à Krasnaya Polyana | AFP / Michael Mordasov

Faut-il aller skier à Sotchi ?

Publié le , modifié le

Après 15 jours d'exposition médiatique intense, Sotchi va-t-elle devenir une nouvelle destination phare pour les amateurs de ski du monde entier ? Pas sûr, et en tout cas pas tout de suite si l'on en croit les constatations de quelques spécialistes qui découvrent la nouvelle "perle" du Caucase à l'occasion de ces Jeux Olympiques d'Hiver.

"Le potentiel est là, dit Luc Alphand, ancien vainqueur de la coupe du monde de ski,  mais il faudra du temps. Pour que le domaine skiable atteigne la taille d'une station française moyenne, comme Vars ou Risoul, il faudra sans doute encore deux ans de travaux, ajoute-t-il. Le temps d'étendre et de relier, dans la région de Krasnya Polyana les différents pôles, de Gorki  à Rosa Khutor, celui ou se déroulent en ce moment les compétitions de ski. Un beau site tout neuf qui culmine à 2300 mètres, avec 1.500 mètres de dénivelé et déjà près de 80 kilomètres de pistes (pour un total de 150 kilomètres, toutes disciplines confondues, dans les quatre stations de la région).

Pour Carole Montillet, championne olympique de descente en 2002, qui a étrenné les pistes cette semaine, Sotchi évoque "une station du Vercors". Mais remarque-t-elle, la neige manque un peu de froid. Une conséquence de la proximité des rivages de la mer Noire, qu'on aperçoit au loin du sommet des pistes, à une cinquantaine de kilomètres, et à des températures particulièrement clémentes (entre 14 et 17 degrés) qui défrayent la chronique ces jours-ci au pied des pistes.

Une saison de trois mois

Du côté des autres disciplines, les avis sont également positifs sur Rosa Khutor. Vincent Jay, champion olympique de biathlon en 2010, a été séduit par le circuit de ski de fond, un piste courte mais "très bien dessinée". Pour les free-riders, le parc extrême de Rosa Khutor, développé pour les épreuves de snowboard et de ski free style, est également une réussite.  Mais "le must ca reste les spots des Etats-Unis"estime Joffrey Pollet-Villard, consultant de France Télévisions. Il y a aussi de très beaux couloirs pour le ski hors-piste, et des chutes de neige rares mais abondantes qui favorisent ce type de pratique.

Pour garantir cette neige, les Russes ne lésinent pas sur les moyens: après avoir crée une énorme réserve d'or blanc  pour les Jeux, ils maintiendront sur place une batterie de canons à neige. Objectif de ce système de pointe: assurer une saison de trois mois en hiver, et jusqu'à 140 jours par an par endroits. Le minimum du minimum pour espérer amortir les énormes investissements réalisés sur place, et remplir les 20.000 chambres d'hotel créées dans la région pour les Olympiades.

Un canon à neige à Roza Khutor
Un canon à neige à Roza Khutor

Les ambitions sont grandes: "d'ici dix ans, avec une centaine de kilomètres de pistes, nous serons dans l'élite européenne" affirmait récemment aux Echos le directeur de la station de Rosa Khutor, Alexandre Belokobylskii. Et c'est aux spécialistes français de la Compagnie des Alpes qu'à été confiée la tâche de piloter le projet pour les Jeux, puis d'assurer le développement commercial de la station dans les années à venir.

La clientèle russe visée

Reste que pour l'heure, le rapport qualité-prix n'est clairement pas favorable pour des skieurs français, habitués aux stations hexagonales et à leurs prestations haut de gamme, pour le ski comme pour les activités annexes. Surtout si on y ajoute le parcours du combattant que constitue aujourd'hui l'accès à la nouvelle "perle" du Caucase: visa, billet d'avion (environ 1.000 euros), et voyage via Moscou, soit une dizaine d'heures de trajet en l'absence de vol direct. Le tout en faisant abstraction du risque sécuritaire inhérent à la situation de Sotchi, à proximité de zones très instables du Caucase.

Le plan des remontées à Rosa Khutor
Le plan des remontées à Rosa Khutor

Il est probable que des offres commerciales seront rapidement développées pour élargir la clientèle, mais dans l'immédiat "on vise avant tout les Russes" confie un responsable hôtelier. Une clientèle déjà très présente dans certaines stations françaises, comme Courchevel, mais aussi "très fière de la tenue des Jeux sur son sol". Elle a  a hâte, selon lui, de venir découvrir les lieux.

David Botbol