Eric-Emmanuel Schmitt
L'écrivain-philosophe Eric-Emmanuel Schmitt | FTV - Nathalie GUYON

Eric-Emmanuel Schmitt, un passionné et amoureux du sport et des Jeux Olympiques

Publié le , modifié le

Choisi par France Télévisions pour être consultant pour l'athlétisme durant les JO de Rio (5 au 21 août), l'écrivain et philosophe Eric-Emmanuel Schmitt nous raconte avec style et passion, son amour pour cet événement et pour ce sport. Fils de professeurs d'EPS, ce spectateur, amoureux d'athlétisme et de la beauté des corps en mouvement, espère se servir de ce nouveau rôle pour transmettre ses émotions avec ses mots.

Quel a été votre premier souvenir des Jeux Olympiques ?
Eric Emmanuel Schmitt :
 "Mes premiers souvenirs datent de Mexico 1968, j’ai huit ans. Cela a tout de suite été des émotions extrêmes. C’est l’athlétisme, la victoire de Colette Besson, ses larmes sur le podium. C’est aussi l’équipe de France de ski avec Killy, Goitschel … Une équipe de France absolument extraordinaire. Je découvre les JO une année où la France avait été très, très bonne. Les JO, c’est autant une émotion, qu’une performance. L’émotion des athlètes avant la compétition, ou après, c’est quelque chose qui me bouleverse. Je suis fils de deux professeurs d’éducation physique, donc je déteste pratiquer le sport (rires). C’est vrai. J’ai dû en faire beaucoup qu’en j’étais petit mais à l’adolescence, c’était 'surtout ne m’en faîtes pas faire'. Tous mes amis voulaient avoir mes parents comme parents, sauf moi. Enfin, c’est le propre de l’adolescence. Parce qu’ils étaient très sportifs, ils étaient toujours à crapahuter, à faire de la peau de phoque, du ski alpin, du vélo, de la voile, de la natation. Enfant j’adorais ça, adolescent, j’ai cru me peser en m’opposant. Plus tard, je suis arrivé à un rapport esthétique avec le sport, je suis devenu spectateur."

La sprinteuse française Colette Besson en larmes sur le podium après sa victoire sur le 400 mètres à Mexico (1968)
La sprinteuse française Colette Besson en larmes sur le podium après sa victoire sur le 400 mètres à Mexico (1968)


Quels sont sports que vous ne ratez pas durant les Jeux ?
E-M S :
L’athlétisme. C’est une passion héréditaire puisque ma mère a été championne de France de sprint en 1945. Son record a mis 20 ans à être battu donc ça été une grande championne. Quand j’étais petit, j’admirais ma mère qui avait des jambes incroyables, des jambes de coureuse. J’ai baigné dans ce goût de la performance, de la compétition, du sport. L’athlétisme me fascine totalement, j’ai une passion pour toutes les disciplines artistiques. J’ai une passion pour le 200 mètres, parce qu’on le temps de voir ce qui se passe. Le 100 mètres on n’a plus le temps (rires). J’ai une immense passion pour le 400 aussi qui est une course des jambes et de la tête, une course où il faut être intelligent.

Vous allez être consultant pour l’athlétisme, mais en dehors de cette discipline, est-ce que vous aimeriez en suivre d’autres ?
E-M S :
 "J’ai découvert certains sports grâce à la télévision. Ces dernières années, je me suis intéressé à la natation parce qu’on sait la filmer. Avant c’était un peu nul, donc pas intéressant. Les techniques de nage ont aussi évolué, c’est devenu passionnant. J’aime bien regarder le volley. Il y a aussi un plaisir dans ces grands événements sportifs, c’est d’être un peu grégaire, de suivre un peu le troupeau, c'est-à-dire de participer à une émotion collective. Je suis complètement individualiste dans ma vie, je ne fais que ce que j’ai envie de faire, mais j’aime bien parfois suivre les autres pour découvrir quelque chose que je ne connais pas. Donc ces grandes contagions affectives, ou ces grands mouvements passionnés qu’il peut y avoir lors de ces événements me permettent de franchir mes frontières, celles de mes goûts spontanés puis d’aller découvrir des choses."

Vous avez vécu beaucoup de JO en tant que spectateur, quelle a été votre plus belle émotion ?
E-M S :
 "De voir courir Marie-Josée Pérec. On avait l’impression qu’elle courrait au ralenti alors que les autres s’activaient. Elle touchait à peine le sol, elle allait 'lentement', tellement sa foulée était longue. En agitant moins les jambes, elle passait devant tout le monde. C’était esthétiquement, d’une beauté incroyable. L’athlétisme est un sport qui exhale la beauté du corps. J’aime voir les corps des athlètes mais aussi leur regard, la concentration juste avant, ce mélange de décontraction et d’extrême tension. J’aime voir l’explosion d’un départ, comment les choses se jouent en quelques secondes, c’est immense. Un 100 mètres, ça dure 9 secondes mais c’est immense, c’est une odyssée. Il y a tout un avant, la préparation, puis tout un après, une joie ou une déception qui peut durer la vie entière. C’est comme des révélateurs des destins, je trouve ça magnifique. L’athlétisme rend les corps beaux, hormis le poids ou le marteau (rires) où il faut avoir des bonnes assises."

Marie-Josée Pérec championne olympique du 200m à Atlanta en 1996
Marie-Josée Pérec championne olympique du 200m à Atlanta en 1996

Vous parlez de beauté des corps en athlétisme, ça évoque forcément Usain Bolt. Fait-il partie des stars que vous aimeriez rencontrer à Rio ?
E-M S :
 "J’aimerai surtout le voir courir. Je rêve de rencontrer tout le monde et personne, j’ai les bras ouverts après les gens m’intéressent ou ne m’intéressent pas, mais je suis toujours disposé à ce qu’il m’intéresse. Je ne sais pas si j’ai envie de rencontrer les gens, j’ai surtout envie de les voir dans le cadre de leur art. J’ai rencontré des écrivains que j’admirais, ça été une très grande déception. Le meilleur d’eux-mêmes était dans leurs livres. J’ai envie que les gens me montrent là où ils sont le meilleur, ce dans quoi ils ont travaillé toute leur vie. Il est là le plus beau cadeau qu’ils nous font. Après si je découvre que c’est un mec génial, tant mieux, mais je n’y vais pas pour ça."

Pour ce rôle nouveau de consultant, vous allez suivre une préparation particulière ?
E-M S :
 "J’ai envie d’apporter le regard d’un amoureux de ce sport et des sportifs, mais aussi le regard du philosophe et de l’écrivain. Je distillerai peut-être quelques phrases de philosophie ou de poésie, totalement en accord avec ce qu’il se vit. J’aimerai dépasser la performance pour parler de ce qui se passe à l’intérieur des hommes et des femmes qui les réalisent. Les émotions que nous procurent les JO, elles ne sont pas dans le chronomètre ou les appareils, elles sont dans l’engagement absolu de ces êtres qui vont jouer des années de vie en quelques secondes. C’est à la fois terrible et merveilleux. Je vais me préparer, car pour être décontracter, il faut être préparé. Mais je ne vais pas me préparer à être amoureux et adorer ça, car c’est déjà acquis. Ma force sera de parler avec passion et avec le regard de quelqu’un qui vient de la littérature et de la philosophie."

Justement, vous le philosophe, l’écrivain, comment vous vivez ce genre d’exploits ?
E-M S :
 "Le sport, c’est une métaphore de nos vies. La victoire d’un sportif, elle est d’abord sur lui-même avant d’être sur les autres. L’émotion que j’éprouve au moment d’une victoire ou d’une remise de médaille, elle est transnationale. C’est un lieu paradoxal les JO. Cest ultranationaliste et transnationaliste. On a envie que les athlètes de notre pays aient des victoires, mais la victoire d’un athlète d’une autre origine, qu’il soit kenyan, jamaïcain, américain, peut aussi nous enthousiasmer. J’ai pleuré sur des hymnes que je ne connaissais pas du tout. C’est la beauté de l’humain qui sait s’élever au dessus de lui-même et devenir le meilleur. On doit le réaliser le meilleur de nous même pour les autres. Un écrivain est celui qui doit manier le mieux possible les mots et mieux exprimer la pensée pour les autres. Pas pour lui-même. Un athlète doit courir vite pour toute l’humanité, sauter haut pour toute l’humanité. Cela transcende l’individu et la nation, c’est un cadeau fait à chacun. Au fond c’est l’humain qui montre ses capacités. Un athlète qui réussit, c’est l’humanité entière qui réussit."

Vous serez évidemment présent sur ces JO à Rio, ça sera votre première fois ?
E-M S :
 "Non, car dans mon enfance, j’ai assisté à des JO handisport. Mon père, après avoir été professeur d’EPS, est devenu kinésithérapeute et a gardé ses deux passions, le sport et la thérapie. Donc j’ai suivi des JO handisport avec beaucoup d’intérêt. Finalement j’espère que ça ne va pas être ennuyeux avec des athlètes valides (rires)."

Ces Jeux de Rio seront les premiers sur le territoire sud-américain. Qu’évoquent ce continent, ce pays chez vous ?
E-M S :
 "Je suis souvent allé au Brésil car des pièces ont été jouées là-bas et des livres paraissent de temps en temps… Je reçois de ce pays une énergie extraordinaire. D’autres y voient la relaxation, le farniente, les tropiques, moi je sens l’énergie de gens qui ont envie d’entreprendre, qui ont envie de s’en sortir car ils vivent dans des conditions épouvantables. Le Brésil, c’est comme une espèce de pierre magnétique qui me recharge."

Benoit Jourdain @BenJourd1