Edito. A peine plus avancés

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Bach Mori Report Tokyo 2020

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Sous pression, le Comité international olympique a enfin prononcé le report des Jeux olympiques de Tokyo 2020. Si la décision s’imposait, elle ne résout finalement pas grand chose. On a rangé le monstre dans le placard, mais il va bien finir par sortir.

Mais enfin monsieur, puisque tout le monde vous le dit ! Alors qu’il ne cessait de rappeler qu’il était urgent d’attendre, Thomas Bach a fini par plier sous la contrainte. En acceptant le report des Jeux olympiques de Tokyo 2020 - deux jours après s’être donné un mois de réflexion - le président du CIO a certes pris la bonne décision, mais il a encore prouvé que l’instance ne savait plus sur quel pied danser.

Si cette décision apparaît comme un choix fort, c’est justement parce que l’attentisme a donné l’impression qu’elle n’arriverait jamais. Mais à l’heure actuelle, sportifs, médias et organisateurs ne sont pas plus avancés. Oui, les prochains Jeux n’auront pas lieu du 24 juillet au 9 août 2020. Tokyo 2020 continuera de s’appeler Tokyo 2020, mais aucune date n’est encore annoncée. 

Un report sans dates

J’ai proposé de les reporter d’environ un an”, a expliqué à la presse Shinzo Abe, le Premier ministre japonais. Puis, ce fut au tour du CIO d’ajouter que l’événement se tiendrait “au plus tard à l’été 2021”. Entre la propagation incontrôlable du Covid-19 à travers le monde et le travail colossal que représente la réorganisation d’une compétition titanesque, les décideurs ne pouvaient évidemment pas trouver de solution viable en un claquement de doigts. Mais qu’ils ne se satisfassent pas d’avoir pris ce qu’ils pensent être une décision forte.

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Ils ont simplement rangé l’indécision sous un tapis en laissant les fenêtres ouvertes alors que la tempête n’a pas encore atteint sa pleine puissance. Lundi en coulisses, les organisateurs japonais espéraient encore pouvoir lancer les hostilités dès l’automne prochain, pour que l’appellation Tokyo 2020 ait un sens. Shinzo Abe voyait d’un bon œil la tenue précoce d’une grande fête populaire, au moment où il est la cible des critiques à cause d'une gestion titubante de la crise sanitaire. L'idée même d'un report à l'automne 2020 aurait été un nouvel affront pour les sportifs.

L'angoisse de la page pleine

Il ne faut pas perdre de vue que c'est à eux qu’appartiennent les Jeux olympiques. La première raison qui les a poussés à s’élever contre l’attentisme des instances était l’impossibilité de s’entraîner de manière équitable. Si le coup d’envoi avait été donné dès cet automne, le retard pris par certains ne serait toujours pas rattrapé. Une telle hypothèse aurait également induit un déni total de la progression de la pandémie. 95% des pays touchés par le Covid-19 sont encore loin d’avoir atteint leur pic, et certains n’en sont qu’au commencement.

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Mais ce qui a été finalement convenu, à savoir un report "après 2020", est une stratégie qui comporte son lot d'inconvénients. A priori, l’été 2021 offre une perspective plus confortable aux athlètes, qui pourront calquer leur programme sans être dans l’urgence. Mais les Fédérations internationales, nationales et le CIO vont se tirer les cheveux pour trouver de la place. Thomas Bach le rappelait dans sa lettre aux athlètes - deux jours avant de prononcer le report - : “C’est le calendrier sportif international de 33 sports olympiques au moins qui devrait être adapté”. Ajoutez à cela le report de l’Euro de football et bientôt d’autres compétitions majeures...

Les athlètes toujours dans l'expectative

Un report aussi tardif remettrait totalement en question les modalités de qualification. Des minima réalisés un an plus tôt sont-ils toujours pertinents ? S'ils ne sont plus valables, les athlètes, qui auront tout sacrifié pour arracher une qualification in extremis, devront-ils repartir de zéro ? Pour beaucoup d'entre eux, la condition physique de l'été 2021 risque d'être totalement différente de celle visée en 2020. L'inconnue de l'état de forme est d'autant plus cruciale pour les vétérans. Le poids d'une année de compétition n'est pas le même à 24 ans qu'à 34.

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Dans cette catégorie, certains, comme Shelly-Ann Fraser-Pryce, avaient décidé de prendre leur retraite à Tokyo. Ils devront choisir entre une sortie par la petite porte ou la contrainte d'un nouveau cycle de préparation intensive. Héroïques dans leurs efforts pour rallier l'Olympe, les athlètes se retrouvent encore soumis à des forces qui les dépassent. Comme la sensation d'être enfermés dans une tragédie grecque. Espérons que le dénouement n'emprunte pas ce chemin.