Le président du CIO Thomas Bach
Le président du CIO Thomas Bach | AFP - FABRICE COFFRINI

Dopage/Russie : La décision du CIO est très attendue après la publication du rapport McLaren

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Après la publication du rapport McLaren et la révélation du dopage instrumentalisé par l'Etat en Russie, tous les regards se tournent vers le CIO. Que va faire le Comité International Olympique présidé par Thomas Bach. Une exclusion des JO de la Russie est possible. Une conférence doit se tenir à midi ce mardi.

Verra-t-on les athlètes russes à Rio? Rien n'est moins sûr depuis la publication du rapport McLaren sur le dopage russe. Le rapport dont "la mission était seulement d'enquêter" ne laisse guère le choix au CIO qui va devoir frapper fort ce mardi, jour au cours duquel se tient une conférence téléphonique. Au point d'envisager "l'option nucléaire", comme son ancien vice-président, Dick Pound, avait appelé le mois dernier l'exclusion de la Russie des JO. Cette sanction, sans précédent dans l'histoire olympique, est une grosse possibilité, surtout depuis que le président du CIO, Thomas Bach, a pris la parole pour commenter les résultats du rapport : "Le système de dopage d'Etat sécurisé (mis en place par la Russie) démontre une atteinte choquante et sans précédent à l'intégrité des sports et des jeux Olympiques (...) Le CIO n'hésitera pas à prendre les sanctions les plus strictes possibles, contre tout individu et toute fédération impliqué(e)".

Les athlètes et les agences antidopages convergent

Les réactions après la publication du rapport n'ont pas tardé et elles ne sont pas tendres avec le sport russe. L'Agence mondiale antidopage (AMA), qui a commandité au juriste canadien Richard McLaren ce rapport, espère que le CIO va marquer le coup. "L'AMA appelle le mouvement sportif à empêcher la participation des sportifs russes aux compétitions internationales, y compris les JO de Rio, tant que (la Russie) n'aura pas réalisé un 'changement de culture'", a-t-elle insisté.

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Cette sanction est également recommandée par des athlètes dont l'avis pèse puisqu'ils sont les représentants de leurs pairs au sein du CIO. Ils, ce sont Adam Pengilly, le Britannique, vice-champion olympique 2006 et 2010 de skeleton, la Zimbabwéenne Kirsty Coventry, double championne olympique de natation, et la Canadienne Hayley Wickenheiser, quadruple championne olympique de hockey sur glace. "L'ampleur de ce qui a été révélé justifie l'exclusion de la Russie des jeux Olympiques et Paralympiques de Rio", a justifié Pengilly. "J'espère que nos leaders auront la volonté et la force de prendre la décision qui doit être prise", a insisté Coventry. "C'est un moment extrêmement important pour le sport et le mouvement olympique", a-t-elle poursuivi. "Les athlètes dans le monde entier ont le plus grand respect pour le CIO et j'espère que cela sera toujours le cas", a ajouté la Zimbabwéenne.

Le CIO sous pression

Désormais tous les regards se tournent vers Thomas Bach. Le président du CIO va-t-il résister à la pression russe qui parle "d'ingérence" dans un communiqué publié lundi. "Nous assistons aujourd'hui à une récidive dangereuse d'ingérence de la politique dans le sport. Oui, la forme de cette ingérence a changé, mais le but est le même: faire du sport un instrument de pression géopolitique" ont indiqué les autorités russes. Le Kremlin a néanmoins tenu compte des recommandations de l'AMA et promis de suspendre tous "les responsables mis en cause" par le rapport McLaren, dont le vice-ministre des Sports, Iouri Nagornykh, l'homme-clé du système russe, nommé à l'origine par Vladimir Poutine.

Lire aussi : Le rapport McLaren dénonce un "système de dopage d'Etat sécurisé"

"J'espère que nos leaders auront la volonté et la force de prendre la décision qui doit être prise (...) C'est un moment extrêmement important pour le sport et le mouvement olympique", a prévenu la nageuse zimbabwéenne Kirsty Coventry. "Cette décision a le potentiel pour être un tournant. Elle peut avoir un impact majeur sur le mouvement olympique, sur l'histoire du CIO et sur le bilan de Thomas Bach à la tête de l'institution", a admis Pengilly. "Le monde entier considère le CIO comme le protecteur du mouvement olympique: s'il ne devait pas suivre les recommandations de l'Agence mondiale antidopage, cela risque de plomber sa crédibilité et celle des sports olympiques", a-t-il relevé. "Pour être crédible, le CIO doit agir, sinon les jeunes ne regarderont plus les JO à la télé, ne s'impliqueront plus dans le sport, ne croiront plus ce qu'ils voient", a relevé le Britannique.

Quelle issue pour les athlètes russes?

Les athlètes de tous les pays regarderont vers le CIO ce mardi midi et particulièrement les athlètes russes qui pourraient se voir priver du plus grand événement sportif de l'année. La sanction "provisoire" décidée par le CIO est cependant suspendue à une autre décision qui sera prise jeudi par le TAS (Tribunal Arbitral du Sport) dans l'affaire qui oppose le Comité olympique russe et 68 de ses athlètes à la Fédération international d'athlétisme (IAAF). Cette dernière avait suspendu la Fédération russe en novembre dernier, une suspension synonyme de non-participation aux JO de Rio. Les athlètes russes ont donc saisi le TAS qui s'il tranche en faveur de ces derniers ne faciliterait pas la tâche du CIO. En effet, il serait difficile pour Thomas Bach d'exclure la Russie des JO si le TAS lui donne le droit d'y participer. Cette décision mettrait mal à l'aise Kirsty Coventry qui s'est mise à la place des sportifs "propres": "Je ne veux pas me retrouver à Rio (...) dans la situation où, si le CIO ne choisit pas la sanction la plus lourde, je doive me poser des questions" sur certains adversaires, a expliqué la triple championne du monde. Le doute, la pire des choses.

En revanche, en cas d'exclusion définitive de la Russie, les athlètes du pays pourraient être autorisés - après étude du dossier de chaque athlète au cas par cas - à concourir sous la bannière olympique. Une possibilité qui pourrait toutefois ne pas être acceptée par les Russes eux-mêmes. Ces derniers concernés par les JO de Rio ont du soucis à se faire. Mais ils ne sont pas les seuls puisque les représentants des athlètes au CIO veulent aller encore plus loin et appellent à l'exclusion de la Russie des JO de Pyeongchang (Corée du Sud), le rapport McLaren mettant en cause aussi des sports d'hiver comme le patinage, le ski de fond, le biathlon, le bobsleigh et même le curling. En attendant, du côté du Brésil, on espère une issue positive puisque le ministre brésilien des Sports Leonardo Picciani, lui, veut encore croire que "tous les pays et les athlètes pourront être présents". Décidément, le CIO et Thomas Bach sont très attendus ce mardi.