Patrouilles de police
Les patrouilles de police effectuent leur ronde à Sotchi | Reuters - Alexander Demanchiuk

Des JO sans précédent question sécurité

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Jamais dans l’histoire des Jeux Olympiques l’accent n’avait été mis à ce point sur le volet sécuritaire. De la protection impressionnante des gares et des aéroports au déploiement d’un nombre record de policiers en passant par les militaires et les services secrets bénéficiant de tous les moyens nécessaires, rien n’a été a priori négligé par le pouvoir russe.

Vladimir Poutine s’est montré très clair. "Notre tâche en tant qu'organisateurs est d'assurer la sécurité des participants et des spectateurs de cette fête sportive, et nous allons tout faire en ce sens", a déclaré le président de la Fédération de Russie dans un entretien accordé en janvier à Sotchi  à plusieurs chaînes de télévision russes et étrangères.

Surveillance de la terre au ciel

De ce fait, d’énormes moyens ont été mis à disposition des forces de sécurité chargés de parer à toute éventualité. Face aux menaces d'attentats de la rébellion islamiste du Caucase, la Russie a vu très grand avec des milliers de policiers, des drones et une surveillance digne de l'ère soviétique. La surveillance va s'effectuer aussi depuis le ciel, avec un système par satellite.

Depuis l'entrée en vigueur des mesures de sécurité  renforcées le 7 janvier, une clôture grillagée de quatre mètres de haut a été érigée autour de la gare ferroviaire du centre-ville. Les voyageurs sont inspectés de la tête au pied, une première fois à l'entrée, et une seconde fois à l'étage. Là, obligation d'allumer tous les objets électroniques -smartphones, tablettes, ordinateurs- sous les yeux des policiers. Dans les trains desservant les installations olympiques, policiers et  membres du service de sécurité des chemins de fer russes effectuent en permanence des patrouilles.

Dispositif plus sévère qu’à Pékin

Les aéroports ne sont pas en reste. Tous les liquides sont ainsi interdits en cabine des avions de ligne, même en quantités infimes. A Sotchi, les entrées de la ville sont contrôlées par la police, comme à un poste-frontière. L'accès aux véhicules venant de l'extérieur est interdit  jusqu'à fin mars, après les Jeux paralympiques (7-16 mars), sauf pour les titulaires d'une accréditation. Des contrôles draconiens sont effectués à l'entrée des sites olympiques, devant les télésièges et sur les routes où la circulation automobile  est restreinte et filtrée.

Ce dispositif de sécurité est plus sévère que celui en vigueur pendant les JO d'été à Pékin en 2008. Mais des experts russes avertissent qu'il n'est pas possible de contrôler tout le monde dans les rues, en particulier lors d'un tel événement auquel plus d'un million de spectateurs sont attendus du 7 au 23 février.

Tout le monde sur écoute

La Russie va également disposer d'un système de surveillance de toutes les communications sur Sotchi et dans la région, un dispositif de sécurité qui  rappelle les plus belles heures de l'Union soviétique, 34 ans après les Jeux d'été à Moscou. A Sotchi, un système de wifi gratuit a été installé partout en ville, au grand bonheur des utilisateurs de smartphones et tablettes électroniques, qui  peuvent ainsi se connecter facilement à l'internet. Mais tout le trafic sera  filtré par les services secrets

Environ 100.000 militaires, policiers et agents du renseignement sont actuellement sur place pour tenter d’éradiquer toute menace concrète sur la ville hôte. Dans une vidéo diffusée le 20 janvier, des islamistes du Caucase russe ont  menacé de commettre des attentats pendant les JO, relançant les craintes après  les deux attentats suicide qui ont fait 34 morts fin décembre à Volgograd, l'ex-Stalingrad, ville à 700 km de Sotchi. Le chef de la rébellion islamiste du Caucase russe, Dokou Oumarov, avait appelé en juillet dernier à empêcher la tenue des jeux de Sotchi  "par tous les  moyens".

Les Etats-Unis précautionneux, Bach confiant

Les Etats-Unis, eux, ont pris "toutes les mesures nécessaires" pour assurer la sécurité de leurs ressortissants, a annoncé la Maison Blanche. Le président Barack Obama a réuni les membres de son équipe de sécurité  nationale dans la salle de crise du siège de la présidence, et ils lui ont  assuré "qu'ils prenaient toutes les mesures nécessaires quant à la sécurité des Américains" participant ou assistant aux Jeux, a précisé l'exécutif américain dans un communiqué.

De même source, M. Obama leur a demandé de "continuer à travailler en  étroite collaboration avec le gouvernement russe et d'autres partenaires pour parvenir à des Jeux de Sotchi sûrs et couronnés de succès". Le président  souhaite aussi que ses collaborateurs "examinent toute information qui pourrait avoir des conséquences sur la sécurité des Jeux, et agissent" en conséquence. Les Etats-Unis sont même allés jusqu'à conseiller à leurs athlètes d'éviter de porter des vêtements aux couleurs nationales hors des enceintes de  compétition à Sotchi pour ne pas attirer l'attention.

De son côté, le président du CIO Thomas Bach s'est dit convaincu que le sport allait reprendre ses droits dès l'arrivée des  athlètes à Sotchi. "Avant les Jeux, il y a toujours des discussions politiques, nous avons des problèmes mais les gens à travers le monde savent que c'est avant tout du sport", a estimé l'avocat d'affaires allemand qui pense que "les forces de sécurité  russes vont réussir à faire en sorte que cela n'affecte pas l'ambiance olympique comme ce fut le cas à Salt  Lake City" (en 2002, NDLR). "J'ai confiance dans les autorités russes", a-t-il insisté. Quant aux Russes, ils sont fatalistes. "Ils disent que c’est le destin, que c’est normal. Qu’il vaut mieux trop de contrôles que pas assez. C’est la mentalité locale", confie Alban Mikoczy, le correspondant permanent de France Télévisions en Russie.

Grégory Jouin @GregoryJouin