Coronavirus : TQO reportés et événements menacés, vers un casse-tête des qualifications pour les JO 2020

Publié le , modifié le

Auteur·e : Emilien Diaz
Tokyo
Tokyo | AFP

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Alors que l'incertitude règne quant au maintien des prochains grands événements sportifs en raison de l’épidémie mondiale de Covid-19, les divers reports et annulations ont déjà des conséquences non négligeables. À quatre mois des Jeux Olympiques de Tokyo, nombre d’équipes et d’athlètes doivent encore se qualifier par différents biais. Le contexte actuel pourrait donc engendrer un énorme embouteillage, voire remettre en cause les différents systèmes de qualification. Les Boxeurs Gaëtan Ntambwe et Sofiane Oumiha ainsi que les basketteurs Marie-Eve Paget et Antoine Eito ont évoqué leurs craintes à France tv sport.

C’est un brouillard très épais qui a envahi la planète sport depuis plusieurs jours. Face à l’inquiétante expansion du Coronavirus par-delà la frontière chinoise, on ne compte plus les reports et annulations d'événements en tout genre. Alors que l’Italie a pris des mesures drastiques de confinement, allant jusqu’à ordonner le huis clos pour l’ensemble des manifestations sportives jusqu’au 3 avril prochain, il devient extrêmement difficile sinon impossible de se projeter vers les compétitions à venir.

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Marathon de Paris, matches du tournoi des VI Nations, courses cyclistes, Grand Prix de Moto GP, les annulations se succèdent afin d’éviter au maximum les grands rassemblements. Jusqu’où iront ces mesures ? Qui vont-elles concerner ? Les grands événements sportifs de l’été (Tour de France, Euro, Jeux Olympiques) seront-ils impactés ? Autant de questions qui inquiètent les organisateurs et le public. 

Le TQO de Basket 3x3 avant avril ?

Si le comité international olympique (CIO) s’est jusqu’alors bien gardé d’évoquer une éventuelle annulation ou même un report des Jeux de Tokyo, les conséquences se font pourtant déjà ressentir aux quatre coins du globe. Face aux reports de plusieurs tournois de qualification - celui du basket 3x3 qui devait se tenir à Bangalore (Inde) la semaine prochaine en pole - le flou règne, et le casse-tête se dessine.  “Je ne vois clairement pas comment le tournoi va pouvoir se tenir avant le 24 avril comme le veulent les organisateurs” reconnaît le capitaine du Mans Sarthe Basket (MSB) Antoine Eito, qui a récemment intégré la sélection. "Ça fait chier forcément. Le maillot de l'équipe de France représente beaucoup et pour l'instant, on est dans l'attente. On ne sait pas quand on va pouvoir jouer et je ne pense pas que ça pourrait être avant le mois de mai (...) Alors il faut être précautionneux certes, mais je pense qu'on en fait beaucoup avec le coronavirus. Pour moi c'est un peu du pipi de chat”, poursuit l'international tricolore, qui a affiché sa frustration sur les réseaux sociaux à l’annonce du report du tournoi par la Fédération internationale de basket-ball (FIBA).

"On est déçues" reconnaît de son côté Marie-Eve Paget, "On attendait ça avec impatience. On se lève tous les matins avec cet objectif en ligne de mire. Nous avons vécu une première déception avec la non qualification directe et maintenant le report s'ajoute. On se sent impuissantes. Il n'y a pas grand chose à faire à part appliquer les gestes de précaution", poursuit la joueuse de 25 ans, qui dit s'inquiéter pour le maintien des J.O. "On s'inquiète évidemment pour les Jeux mais avant de penser à ça, on doit se qualifier, et tout paraît si loin" regrette-elle. En effet, le report du TQO indien pourrait avoir un autre problème, celui de calendrier. Aucune nouvelle date n'a pour l'instant été communiquée et un report en avril ou mai pourrait coïncider avec les plays-offs des différents championnats. Les équipes pourraient alors être plus réticentes à libérer leurs internationaux. 

Pour bien comprendre la difficulté à laquelle le CIO devra faire face en cas de multiplication des reports, il convient de se pencher sur le système, assez complexe, de qualification olympique. Chaque comité dispose de ses propres modalités, et tous les sports n’ont pas les mêmes critères de sélection. Si les nageurs doivent par exemple obtenir des minimas chronométriques sur chaque épreuve - des temps de qualification (TQO) et de sélection (TSO) olympique sont définis en amont - les judokas ou les athlètes doivent de leur côté enchaîner les performances pour grimper au classement mondial. C’est ce “Ranking List” qui définit ensuite les qualifiés. 

On se prépare normalement. Je sers la main de mes coéquipiers tous les jours

Le format se complique pour d’autres disciplines, où il faut passer par un tournoi de qualification olympique (TQO) pour décrocher le précieux sésame. À défaut de s’être qualifiée lors de l’Euro en septembre, l’équipe de France de volley-ball a par exemple décroché sa qualification en remportant le TQO de Berlin disputé en janvier. Et c’est justement là où le bât blesse. De nombreux TQO doivent encore avoir lieu dans plusieurs disciplines, et leur report pourrait avoir de sérieuses conséquences à l’approche des Jeux. De la même façon, si des meetings d'athlétisme ou tournois de judo venaient à être annulés, c’est autant de chances en moins pour les athlètes de s’exprimer, et donc de se qualifier.

“Pour l’instant, on ne pense pas du tout à un report” se rassure Gaëtan Ntambwe, qui doit disputer en début de semaine le TQO européen de boxe à Londres, “On a dû rentrer d’un stage en Italie par mesure de précaution, mais notre préparation se passe normalement. Tout l’équipe est soudée et s’entraîne avec un seul objectif : la qualification” poursuit-il. “On vit tout à fait normalement” ajoute son coéquipier Sofiane Oumiha, “Personnellement, je suis focalisé sur ma préparation et je ne pense pas à l’épidémie. Je vais et je viens, je sers la main aux autres normalement. Je suis ambitieux et je reste surtout optimiste. Plus tôt je serai qualifié et mieux ce sera. Nous allons essayer de qualifier le plus de boxeurs possibles à Londres” a par ailleurs ajouté le leader des Bleus.

Les boxeurs se veulent optimistes

Si le TQO de Londres n’est pour l’heure pas menacé, une annulation ou report poserait un sérieux problème à l’EDF de boxe, qui ne disposerait alors plus que d’une cartouche pour espérer obtenir un billet pour le Japon. Le tournoi mondial organisé à Paris du 13 au 24 mai permettra aux derniers comités nationaux de se qualifier, avec une cinquantaine de places attribuées au total. “Je préfère combattre à huis clos plutôt que de ne pas combattre du tout”, affirme Gaëtan Ntambwe, “Les Jeux, c’est l’objectif principal. On se prépare quatre ans pour ça et je n’imagine pas un seul instant être privé de cette opportunité unique d’y participer”. Un état d’esprit que partage le médaillé d’argent de Rio Sofiane Oumiha : “Le principal, c’est de combattre. Peu importe le contexte”, affirme celui qui ne cache pas ses ambitions aux couleurs dorées à Tokyo. 

Sofiane Oumiha, l'espoir de la boxe tricolore
Sofiane Oumiha, l'espoir de la boxe tricolore © Yuri CORTEZ / AFP

La boxe et le basket 3x3 ne sont pas les seuls sports concernés. Après leur fiasco à l’Euro, où ils ont terminé à une triste 14e place, les Tricolores du handball devront eux aussi passer par un TQO pour valider leur qualification. La France organisera l’un des trois tournois de qualification olympique du 17 au 19 avril, où deux équipes sur quatre obtiendront leur ticket. Mais pour cela, encore faut-il que l’événement ait lieu. Et Le contexte actuel n’incite pas à l’optimisme. En sachant que les rassemblements de plus de 5.000 personnes en milieu confiné sont interdits en France, on voit mal comment Bercy pourrait accueillir un tel tournoi dans ces conditions, à moins que les autorités ne décident d'un huis clos. Idem pour la boxe en mai prochain.

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Face à l’épidémie de Covid-19, le CIO pourrait donc être dans l’obligation de revoir complètement ses modes de qualification. Un tel scénario serait inédit dans l’histoire des Jeux et pour l’heure, aucune solution de repli n’est même envisagée. Les TQO n’ont pas été “annulés” mais seulement “reportés”, dans l’attente d’une amélioration de la situation. Le casse-tête est pourtant de taille, quand on sait qu’en basket 3x3, le TQO indien doit impérativement avoir lieu avant le 24 avril, date à laquelle doit débuter le TQO de Budapest.