Coronavirus : Le CIO joue la montre avec Tokyo 2020 mais qu'en est-il de l'équité sportive ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Quentin Ramelet
Tokyo 2020.

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Dans son communiqué visant à confirmer le maintien des Jeux olympiques de Tokyo, le CIO a tenu à « encourager les athlètes à continuer de se préparer du mieux qu’ils peuvent ». Une intention louable mais qui cache un vrai problème d’équité sportive. Si la majorité des sportifs n’est pas concernée, certains athlètes, les Français notamment, ne sont absolument plus en mesure de poursuivre dans des conditions normales leur préparation.

Tout va bien, ou presque... Voilà comment on peut interpréter le communiqué du Comité International Olympique. Enfin, ce qui est sûr, c’est que pour l’instant le CIO n’a pas l’intention de reculer face à l’organisation des Jeux olympiques de Tokyo 2020. "Le CIO encourage tous les athlètes à continuer de se préparer pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 du mieux qu’ils peuvent. Nous continuerons à soutenir les athlètes en les consultant eux ainsi que leurs CNO respectifs et en leur communiquant les dernières informations" a tenté de rassurer la fameuse instance. Le problème ? Tous les athlètes sont loin d’être sur le même pied d’égalité.

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"Ils ne prennent pas en compte ce qu’il se passe vraiment en ce moment, ça pourrait leur sauter à la figure au dernier moment !"

Dans les colonnes de L’Equipe de ce mardi 17 mars, Kevin Mayer a ouvert la brèche : "Cela pose évidemment un problème d'équité sportive entre ceux qui ont ou auront eu accès à un entraînement normal et à des compétitions". Le décathlonien, vice-champion olympique en 2016, a bel et bien touché dans le mille. Quand de nombreux athlètes peuvent et pourront continuer de s’entraîner normalement, comme en Russie par exemple ou au Canada, d’autres sont et seront à l’arrêt complet. Les Italiens, les Espagnols et les Français bien sûr. Pour Elodie Clouvel, médaillée d’argent en pentathlon moderne à Rio, le CIO "est un peu dans le déni" lorsque celui-ci "encourage" les athlètes à poursuivre leur préparation comme ils peuvent. La Française va même plus loin : "En gros, le CIO pense à son objectif, il ne lâche pas le morceau. Mais ça dépasse le sport tout ça ! Il faut ouvrir les yeux sur le monde […] Je pense qu’ils ne prennent pas en compte ce qu’il se passe vraiment en ce moment, ça pourrait leur sauter à la figure au dernier moment !"

Elodie Clouvel et son compagnon Valentin Belaud, également pentathlète et favori au titre olympique chez les hommes, ont décidé de se confiner à la campagne, du côté de Seignosse, en Nouvelle-Aquitaine. Leur manière, à eux, de limiter la casse dans leur préparation de toute façon tronquée. Pour autant, la Stéphanoise, consciente qu’il sera difficile d’arriver en pleine forme le jour-J, tente de relativiser : "Tout ça m’a mis un coup. L’entraînement est devenu secondaire, je vais m’entretenir car pour l’instant les JO sont maintenus donc j’ai le même objectif […] J’essaie donc de prendre du recul même si c’est dur. Car là, nous sommes en phase terminale de la préparation. Les JO, c’est notre objectif ultime, cela fait quatre ans qu’on les prépare, donc on veut arriver dans une forme olympique. Sauf que là, c’est vraiment chaud."

Le report pour conserver l’équité sportive ?

Pour Rénelle Lamote, le son de cloche est le même que celui de Kevin Mayer. "Un report aurait vraiment été bien, nous a-t-elle confié, parce qu’une préparation se planifie sur plusieurs mois. Quatre mois ? À l’échelle des athlètes, c’est rien ! Si on ne peut pas s’entraîner, c’est vraiment compliqué", tente d’alerter la vice-championne d’europe du 800m. "Ce ne sera pas très juste et il y aura un problème d’équité sportive", a également tenu à rappeler la native de Coulommiers. D’ailleurs, pour elle, la situation est encore plus complexe étant donné qu’elle n’est pas encore qualifiée. Un autre motif d’inquiétude pour l'athlète tricolore : "Si certains comme Kevin Mayer sont qualifiés, ce n’est pas mon cas à moi car je dois encore faire les minimas, dans des compétitions qui n’auront certainement pas lieu. Si ça ne change pas de ce côté-là également, ça va être très compliqué pour des athlètes comme moi." De ce côté-là, le CIO a tenu à rassurer à nouveau ses athlètes, affirmant que tout sera mis en place pour que personne ne soit pénalisé, envisageant même une augmentation des quotas de sportifs qualifiés en cas de "circonstances exceptionnelles".

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Dans l’immédiat, un constat s'impose : certaines nations, et de nombreux athlètes, sont pénalisés. La France en fait partie. Si le report apparaît pour l’instant comme le seul moyen d’accéder à l’équité sportive, il s’agit maintenant d’attendre les prochaines mesures prises par le CIO. Surtout si la pandémie du Covid-19 progresse encore. D’ailleurs, s’il n’a pas voulu réagir au communiqué du CIO, "préférant observer une discrétion relative au regard de la situation sanitaire", Florent Manaudou a tenu à rappeler ce qui est sans doute le plus important à l'heure actuelle : "Les intérêts sportifs sont bien secondaires face à la souffrance des malades et le combat mené par les services médicaux et hospitaliers".