André Giraud, président de la FFA
André Giraud, président de la FFA | AFP

Coronavirus - André Giraud : "Impensable de faire débuter les JO le 24 juillet"

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Le président de la Fédération française d'athlétisme est catégorique : les JO ne peuvent pas avoir lieu aux dates prévues, du 24 juillet au 9 août prochain. André Giraud livre en exclusivité à France tv sport son sentiment sans concession et dénonce le discours du CIO qui maintient pour le moment l'échéance malgré la crise du coronavirus. Il en appelle également à la prise de responsabilité du CNOSF pour faire entendre l'avis des fédérations.

Aujourd'hui, l'incertitude règne autour de la tenue à temps ou non des Jeux Olympiques et Paralympiques. Peuvent-ils débuter le 24 juillet comme prévu selon vous ?
André Giraud : "Il me semble, comme à beaucoup de présidents de fédérations, impensable de pouvoir tenir ces Jeux aux dates prévues. Avec les informations que l'on reçoit, notamment celles des spécialistes médecins, nous en avons pour plusieurs semaines de confinement et on parle d'une possible deuxième vague ensuite. Cette pandémie vient d'atteindre le continent africain avec des moyens de santé malheureusement différents de ceux de l'Europe. Cela laisse présager des mois de mai et de juin très difficiles dans le monde entier. La raison doit l'emporter, la priorité doit être la santé de tout le monde, en particulier celle des sportifs."

Comment pouvez-vous faire entendre votre voix ?
AG : "Dès mardi, nous avons tenu une réunion fédérale pour demander aux instances de décider. Ce ne sont pas les fédérations, c'est le Comité National Olympique qui peut agir. L'équipe de France olympique est sous la bannière du CNOSF. Les fédérations entraînent et préparent les athlètes, mais ce ne sont pas nous les patrons de cette équipe de France. Aux instances nationales d'agir auprès du CIO pour envisager un report. On ne parle pas d'annulation, les athlètes se sont préparés depuis 4 ans pour cet objectif. Mais quand on pratique du haut niveau, quand les cycles d'entraînement sont rompus - les athlètes doivent être irréprochables dans le respect des mesures de l'Etat - quelque soit le sport, Il y a du retard pris. Et si on veut préserver l'équité au niveau sportif, comment peut-on participer à une compétition planétaire si on n'est pas tous dans les mêmes conditions de préparation ? Il faut que la pandémie soit terminée, que l'on puisse reprendre une vie sportive normale et ensuite honorer ce rendez-vous."

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"La déclaration de Thomas Bach est totalement à côté de la plaque"

Quel délai de report serait raisonnable selon vous ?
AG : "Aujourd'hui, personne n'est en mesure de nous dire quand la pandémie va cesser dans le monde entier. On est devant un phénomène exceptionnel, qui ne permet pas à un dirigeant sportif de donner une date ou une autre. Cela doit être le gros problème que doit rencontrer CIO et les grandes instances internationales. Il y a derrière de gros enjeux financiers, on est suffisamment responsable pour comprendre cela. Mais à situation exceptionnelle, il faut avoir le courage de prendre des décisions et la priorité, c'est la santé publique. On gèrera les autres problèmes ensuite."

Cette prise de position a été concertée avec les athlètes ?
AG : "Oui, j'ai eu plusieurs athlètes au téléphone, Yohann Diniz, Kévin Mayer, Mélina Robert-Michon… Que ce soit moi ou notre Directeur de la Haute Performance, Florian Rousseau, nous n'avons pas eu un seul athlète qui disait qu'il fallait maintenir les Jeux en l'état. Je n'ai pas de voix dissonante dans l'athlétisme. Aujourd'hui, les athlètes sont tous dans un état de stress permanent. On avait tout un programme de préparation et de meetings en mai-juin, pour donner la liste définitive des athlètes retenus après les championnats de France prévus le 21 juin. Il fallait être prêt pour cette échéance-là au plus tard. Mais l'activité ne reprendra pas avant le mi-mai. S'ils reprennent à ce moment-là, ils ne seront donc pas opérationnels avant juin a minima le temps de la réathlétisation. Ils auront alors trois semaines pour faire les minimas, alors que l'on est dans l'incertitude totale pour le calendrier. Les athlètes ont besoin d'être rassurés, se dire que les Jeux seront reportés et on se préparera pour l'échéance quand elle aura lieu."

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Les demandes de report se multiplient, que ce soit en athlétisme, en natation, en France comme ailleurs. Vous avez l'impression d'être écouté ou au moins entendu par le CNOSF ou le CIO ?
AG : "Une réunion a eu lieu samedi avec le CNOSF et les quatre représentants pour toutes les fédérations. Je pense que le président Denis Masseglia nous a écouté. Nous ferons un nouveau point sur la situation lundi matin après une enquête envoyée à toutes les fédérations. A lui de porter la voix de la France au CIO désormais. La déclaration de Thomas Bach mardi était complètement à côté de la plaque. Elle n'est pas acceptable."

"Même en reprenant en mai, on ne sera pas prêt pour les Jeux"

Il y a une forme de colère vis-à-vis du CIO ?
AG : "Il y a une frustration bien sûr ! J'aurais préféré que compte tenu de la situation, le CIO annonce qu'il mettait à l'étude différents scénarii, sans même parler d'un report. Cela aurait été une réaction bien plus intelligente que de dire au monde entier "cela va se tenir coûte que coûte" alors que tout le monde sait que cela ne pourra pas se tenir à ces dates-là ! Les Italiens ne sont pas sortis de la crise et ils étaient en confinement 10 jours avant nous. Les pays touchés aujourd'hui, ça va durer encore plus longtemps. Dans quelles conditions des JO peuvent se tenir avec des continents entiers qui ne peuvent pas se préparer dans de bonnes conditions ? Impossible. Le CIO doit bien sûr être dans une situation très inconfortable vu les enjeux, mais à un moment comment faire ? On attend une prise de décision rapide et définitive."

C’est-à-dire ?
AG : "Dans la semaine, il faut qu'avant la fin du mois de mars, ce soit fixé, au moins par le CIO. Il faudrait qu'ils envisagent plusieurs scénarios : un report en septembre-octobre si la crise se finit fin juin pour l'ensemble des continents, ou plus tard d'un an ou deux ans si cette crise n'est pas maîtrisée."

Un report d'un ou deux ans pour les fédérations et les athlètes ne serait pas un trop grand risque ?
AG : "Bien sûr que c'est risqué. On est dans une situation inédite, il faudra bien que l'on s'adapte à la situation. On souhaite reprendre au plus vite mais même en reprenant en mai, on ne sera pas prêts pour les JO. Et rien ne nous dit que début mai, on puisse reprendre l'activité. Le principe qui nous a conduit, nous, c'est que ce sont les athlètes au centre des Jeux. On doit penser à eux avant tout. Rien que les mots "envisager un report", cela soulagerait tout le monde."