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Quincy Ayé et Arnaud Gauthier-Rat, une des paires françaises de Beach-volley. | AFP

Confinées, les équipes de France de Beach Volley rêvent toujours de Tokyo

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Qu’elle semble loin la plage en ces jours de confinements. Et si pour la majorité des Français, elle rime avec vacances, pour les Beach-volleyeurs c’est avant tout un lieu de travail. Eloignées du sable depuis plus d’un mois, les équipes de France de ce sport peu médiatisé tentent de garder le rythme et le moral, avec un objectif en tête :  les JO de Tokyo, étape essentielle avant ceux de Paris 2024. Et paradoxalement, le confinement pourrait être bénéfique dans cette course olympique.

Pour beaucoup, le beach-volley évoque des souvenirs de vacances, de parties endiablées sur les plages, entre amis ou parfaits inconnus. Mais ce sport, né dans les années 1920 sur les côtes californiennes, se professionnalise depuis plus de trente ans. Devenue discipline olympique en 1996, sa popularité en fait une des épreuves les plus suivies des Jeux, notamment en 2016 à Rio, sur la mythique plage de Copacabana. En 2024 à Paris, le beach-volley aura d’ailleurs un emplacement tout aussi unique : la Tour Eiffel, signe de l’importance grandissante de cette discipline dans l’Hexagone. Absente des Jeux depuis 2004, l’équipe de France entend bien profiter de ceux de Tokyo pour briller à domicile dans quatre ans. Et le confinement pourrait l'y aider.

Tout sauf des vacances

D’abord, revoyons les bases. Le « beach » se joue en deux sets gagnants de 21 points. Une troisième manche décisive en 15 points est disputée en cas d'égalité. La grande différence, au delà du terrain qui est en sable, c’est qu’il se dispute en équipe de deux, sans remplaçant. Longtemps caricaturée et hyper sexualisée avec des joueuses obligées de porter le bikini, la discipline autorise depuis 2016 les athlètes à se couvrir intégralement. Lors du tournoi olympique, 24 équipes s’affrontent, chaque pays pouvant envoyer deux binômes. Pour se qualifier, les duos doivent figurer dans le top 15 d’un classement mondial semblable à ce qui se fait en tennis, soit remporter une des 9 places restantes lors de tournois de qualification olympique. 

Entre une carrière honnête en salle, et la perspective d’aller participer aux Jeux en beach, notamment ceux de Paris, je n’ai pas hésité. Et je m’éclate bien plus sur le sable !

Mais la grande différence du beach-volley avec son cousin en salle, c’est qu’il s’agit d’un sport mineur, peu médiatisé, avec tout ce que cela implique. "On n’a pas de contrats professionnels, c’est la fédération qui nous soutient financièrement", explique Edouard Rowlandson. Comme beaucoup, Edouard est un ancien volleyeur en salle, reconverti sur les plages : "J’ai joué 5 ans en Pro A à Sète, mais je suis tombé amoureux du beach en un été. J’y suis bien plus épanoui que je ne l’étais en salle", assure l’homme aux 52 sélections avec l’équipe de France de volley. Mais si la plupart des joueurs de beach-volley ont commencé en salle, peu ont quitté le confort d’une carrière professionnelle comme Edouard et son partenaire, Youssef Krou.



Equipières en Bleues, Alexia Richard et Lézana Placette ont ainsi pris le virage sablé dès leur formation en pôle espoir, comme Quincy Ayé : "Entre une carrière honnête en salle et la perspective d’aller participer aux Jeux en beach, notamment ceux de Paris, je n’ai pas hésité. Et je m’éclate bien plus sur le sable !", justifie le géant dunkerquois de 25 ans. "En beach volley il n’y a pas de remplaçant, on joue toujours, on touche tout le temps la balle. Il faut être hyper complet", complète Arnaud Loiseau. Et si Paris 2024 reste l’objectif numéro un, tous ont en ligne de mire les Jeux de Tokyo. 

Le report des Jeux ? Une bonne nouvelle 

"Avec Edouard, on a loupé de très peu la qualification pour Rio en 2016, à deux places près", se souvient Youssef Krou. Et cette année, la plus expérimentée des paires françaises était dans le dur, suite à une blessure à l’épaule de Youssef Krou : "D’un point de vue sportif, la situation nous arrange. Il va pouvoir bien remettre son épaule en place, et on va pouvoir repartir sur une saison complète pour remonter dans le top 15 mondial et aller à Tokyo" espère Edouard Rowlandson. Pour cela, il faudrait que la saison reprenne "en octobre au plus tard", avance-t-il. 

La Française Lézana Placette
La Française Lézana Placette © DR

Et le duo d’anciens professionnels n’est pas le seul à trouver du positif dans cette coupure forcée : "Le confinement est malheureusement positif, parce qu’aujourd’hui, on ne serait pas qualifiées pour les Jeux", reconnaît Alexia Richard, qui ajoute : "On avait de gros espoirs pour le tournoi de qualification prévu en mai, mais il a été annulé". Avec Lézana Placette, elles espèrent maintenant pouvoir remonter au classement mondial, ou décrocher une place qualificative en tournoi. "On avait fait une grosse préparation au Brésil, on était bien. Mais on est encore jeunes, chaque année qui passe nous permet de progresser. On sera plus fortes l'année prochaine" ajoute Lézana. "Franchement, le report des Jeux c’est tout bénéf. Ca nous redonne une chance d’y aller", confirme Arnaud Loiseau. 

Tokyo en 2021, les mondiaux en 2022, Paris en 2024 : ça fait un beau calendrier qui nous aide à supporter le confinement

De son côté, Quincy voit encore plus loin : "Ce qui est cool aussi, c’est que les Mondiaux ont aussi été décalés d’un an". Prévus en septembre 2021, soit quelques semaines après les Jeux, ils auront lieu en juin 2022 à Rome. "Tokyo en 2021, les mondiaux en 2022, Paris en 2024 : ça fait un beau calendrier qui nous aide à supporter le confinement", glisse Lézana. Si le report des Jeux est bien accueilli, une annulation serait en revanche plus problématique pour la fédération. "Déjà qu’on a du mal à trouver des mécènes, des sponsors pour nous aider à vivre de notre sport, sans JO ce serait compliqué" , concède Youssef, tout en précisant que la perspective de Paris 2024 maintiendrait quoi qu’il arrive l’élan sportif. Il ajoute : "On aimerait alléger notre poids sur la fédération, pour qu’elle puisse investir dans infrastructures et pour former les jeunes". 

Corde à sauter, packs d'eau et inquiétudes

Tokyo, Paris : le beach-volley français se projette, en dépit de son manque de moyens. Mais en ce printemps 2020, il est au même niveau que le reste du monde du sport : à l’arrêt, confiné. Basés au centre national de beach-volley de Toulouse, les joueuses et joueurs tricolores ont quitté la ville rose pour le confinement. Et chacun le vit comme il peut, avec comme priorité de garder la forme pour maintenir le rêve olympique. "Je suis rentrée chez mes parents, qui sont sportifs, donc j’ai un peu de matériel pour les séances. En plus, ma mère est kiné, c’est pratique", sourit Lézana Placette. 

J’ai fait une altère avec des packs d’eau et un balais, j’utilise aussi beaucoup de sacs de patates, mais là j’en ai marre. Il va falloir innover… Sinon je joue avec mon voisin dans l’allée du garage, mais il ramasse beaucoup la balle...

Chaque jour, les volleyeurs tricolores reçoivent une double séance préparée par le staff, à faire avec les moyens du bord : "J’ai zéro matériel, je fais tout avec le poids du corps et une corde à sauter, c’est idéal pour le cardio", assure Edouard. De son côté, Alexia Richard bricole : "J’ai fait une altère avec des packs d’eau et un balais, j’utilise aussi beaucoup de sacs de patates, mais là j’en ai marre. Il va falloir innover… Sinon je joue avec mon voisin dans l’allée du garage, mais il ramasse beaucoup la balle", se marre la joueuse. Rentré dans sa famille à Hyères, Arnaud Loiseau a plus de chance : "J’ai installé un terrain de volley dans le jardin, sur l’herbe. On touche pas mal la balle avec le voisin qui est un ami. Sinon, j’improvise des exercices seul dessus, avec des planches et je fais des séances de sport pour mes proches"

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Non loin de là, à Cannes, Youssef Krou tape aussi dans la balle, confiné chez des amis volleyeurs amateurs : "On a la chance d’avoir du matériel de muscu, donc mes journées sont cadrées entre la muscu, 1h30 de travail vidéo, puis un match dans l’après-midi. Mon quotidien est assez semblable à d’habitude. Les grosses différences c’est que je ne joue pas sur du sable et que j’ai accès à beaucoup trop de nourriture (rires)".

Aux quatre coins de l’Hexagone, les membres de l’équipe de France de volley tentent donc de garder le rythme pendant le confinement, car leur rêve olympique en dépend. Et il s’agit de bien plus que du sport, comme l’explique Edouard : "On est déjà à un point où ce n’est pas facile de vivre du beach. Sans la fédé, on n’est rien. C’est tellement dur financièrement que l’annulation des Jeux n’aggraverait même pas la situation, c’est vous dire. Aujourd’hui je suis moins bien loti que ma première année d’aspirant pro à Sète, avec à peine un SMIC. Mais je refuse d’arrêter ma carrière sportive pour des raisons économiques". A la recherche de mécènes, le beach-volley français a donc plus que besoin de se qualifier à Tokyo pour y briller. Et puis, comme le rappelle Alexia : "Pour performer à Paris en 2024 au pied de la Tour Eiffel, ce serait déjà bien d’avoir une expérience olympique à Tokyo"

Adrien Hemard @AdrienHemard