Vladimir Poutine
Le président russe Vladimir Poutine | AFP - ALEKSEY NIKOLSKYI

Comment Poutine a récupéré les JO

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Le 7 février, la Russie accueille ses deuxièmes Jeux Olympiques de son histoire, 34 ans après ceux de Moscou. Choisie en 2007 par le CIO, la ville de Sotchi doit beaucoup à un homme, Vladimir Poutine, le président russe qui a fait de ces Jeux une affaire personnelle.

Le 4 juillet 2007, Jacques Rogge, alors président du CIO, a créé la polémique. En désignant Sotchi, ville-hôte des JO d’hiver 2014, il a comblé les Russes qui attendaient des JO depuis plus de 30 ans et surtout fait les affaires de Vladimir Poutine. Le président russe n’a pas lésiné sur les moyens et sur la façon de procéder pour obtenir ces 22e Jeux d’Hiver. Lors de la cérémonie de nomination de la ville-hôte, Alexander Shukov, président du comité olympique russe l’a confirmé. "Sotchi 2014 n’aurait pas fait tout ce chemin sans le soutien, la vision et la passion d’un homme, le président Vladimir Poutine". Une phrase importante, explicitée dans le documentaire "Quand Poutine fait ses Jeux" diffusé sur Arte. Le président russe a été "un grand lobbyiste" a confirmé Garry Kasparov, farouche opposant de ce dernier.

Des anecdotes révèlent que Poutine n’a reculé devant rien. La cérémonie d’attribution se déroulait en juillet 2007 au Guatemala. Les Russes n’avaient pas hésité à faire construire une patinoire et amener de la glace de Russie pour offrir aux dirigeants des délégations olympiques un spectacle de patinage avec les vedettes de leur pays. Lors de son allocution devant le CIO, le président russe avait parlé cinq minutes en anglais et 30 secondes en français. "Il avait appris les deux par coeur", souligne Alban Mikoczy, correspondant pour France 2 à Moscou.

Promouvoir la Russie

En se mouillant autant, Poutine ne pouvait pas échouer. Son honneur et celui de la Russie en dépendaient. Une fois les Jeux acquis, l’homme du Kremlin ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Les avoir c’est bien, les réussir et épater le monde, c’est mieux. Le président a donc mis la main au portefeuille pour construire les infrastructures. Environ 37 milliards de dollars (50 milliards de dollars) ont été dépensés dont 5,7 milliards (8 milliards de dollars) pour seule route qui mène à Krasnaya Polyana, longue de 45 km (150 millions de dollars le km, un record). En 2007, à la tribune au Guatemala, il avait avancé un coût de … 12 milliards de dollars.

Vidéo : Sotchi, les Jeux les plus chers de l'histoire

Les travaux qui n’en finissent pas, les populations déplacées, l’environnement saccagé, la corruption, tout ça, Poutine s’en moque, "il se construit un monument à sa propre gloire", estime Boris Nemtsov, homme politique russe. Mikoczy confirme : "le 7 février, on va assister à la reconnaissance de sa puissance". Ce projet pharaonique est "son projet personnel", selon le journaliste, et il répond à une logique de promotion de la Russie. "L’ambition est plus de montrer que la Russie est une puissance civilisée, capable d’accueillir des Jeux Olympiques. Les grandes puissances mondiales ont eu, ces dernières années, leurs Jeux Olympiques. Sotchi participe ainsi de l’évolution souhaitée de la Russie, qui redevient "convenable" et moderne", a expliqué Laurent Vinotier, politologue à l’Institut Thomas More, au site internet jolpress.com. L'absence de François Hollande et Barack Obama? "Cela n'a aucune importance, les JO ne sont pas le G20", tempère Alban Mikoczy, sa grande réussite est qu'il n'y ait aucun boycott de la part des athlètes, même la Georgie sera là".

Personnalisation des Jeux

Avec Sotchi, on est donc loin de l’esprit olympique cher à Pierre de Coubertin. L’important pour Poutine n’est pas de participer, mais de rayonner. Le président l’a lui-même reconnu dans une interview accordée à la 1ère chaîne de la télévision russe, aux chaînes Rossia-1ABC NewsBBCCCTV et à l’agence Around the Rings. Ces Jeux doivent faire passer un message : la Russie est forte "car la réussite dans le sport, c’est déjà en grande partie une manifestation des résultats de la politique économique et sociale". Si les résultats et les médailles n'étaient pas au rendez-vous, ses discours sur la supériorité russe en prendrait toutefois un coup. Cette vitrine de la Russie est cependant "paradoxale" selon Laurent Vinotier car si tous les regards sont tournés vers cette région du Caucase, Sotchi "est une véritable forteresse, très bien gardée et verrouillée", précise le politologue. Ainsi les manifestations seront cloisonnées dans une zone dans Sotchi, à 20km de Adler, le coeur des Jeux, limitées en nombre et essentiellement composées d'étrangers.

Avec Sotchi, Poutine enracine son pouvoir et confirme également sa mainmise sur le Caucase.  "Vladimir Poutine a une relation très personnelle au Caucase. Il s’est construit sa stature présidentielle sur ce territoire, lors de la guerre avec la Tchétchénie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la Russie a choisi d’organiser la cérémonie d’ouverture sur la "Krasnaya Polyana" (la plaine rouge, en russe), théâtre de la victoire des troupes du Tsar sur les résistants turkmènes, il y a 150 ans exactement. Et c’était un massacre", relève Laurent Vinotier. La sécurité démentielle mise en œuvre sur place visera d'ailleurs à éviter à Sotchi, un nouveau Volgograd où deux attentats avaient eu lieu les 29 et 30 décembre dernier.  Sécurité, investissements, Poutine a tout vu en (très) grand pour ces Jeux quitte à faire de l’ombre au Sport qui aura droit de cité pendant 15 jours.