Coline Mattel
La sauteuse à ski française Coline Mattel | AFP - PIERRE TEYSSOT

Coline Mattel, le saut dans l'inconnu

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C’est le jour J pour le saut à ski féminin qui, ce mardi 11 février, fait ses grands débuts aux JO à Sotchi. L’occasion pour le grand public de découvrir Sara Takanashi, la leader de la Coupe du monde, Sarah Hendrickson la championne du monde de la spécialité, ou encore Coline Mattel. A 18 ans, la Française est une des principales chances de médaille de la délégation tricolore dans la discipline.

A Sotchi, les spectateurs vont découvrir les visages de celles qui animent le saut à ski féminin. Et parmi ces visages, celui juvénile de Coline Mattel. Plus tout à fait enfant, mais pas encore adulte, la Française, 18 ans, est la principale chance française dans cette discipline qui fait son apparition aux JO. Elle, y croit. Dur comme fer. A l’image de son attitude, décidée, quand on l’interroge sur son objectif : "Gagner". "J’ai vraiment envie, je peux le faire", assurait-t-elle à quelques mois de l’événement. Sa médaille de bronze aux championnats du monde en 2011 est là pour rappeler que la skieuse des Contamines est une des figures qui comptent. Fabrice Guy, consultant pour France Télévisions, confirme : "C’est une tueuse, elle veut la médaille". Derrière ce visage jeune, se cache donc une athlète déterminée qui manque toutefois de régularité. "Son début de saison n’a pas été très bon, mais ça va mieux depuis quelques temps et sa deuxième place à Sapporo (le 12 janvier dernier, ndlr) lui a fait du bien", déclare l’ancien champion olympique du combiné nordique à Albertville.

La peur avant de s’élancer

Le saut à ski, Coline Mattel, l’a découvert à travers le ski alpin. Sur les pistes de Haute-Savoie, on lui propose de s’exercer. Elle accepte, domine sa peur et y prend goût. "La première fois, j’ai failli ne pas partir. Tu n’oses pas y aller, même si tu as fait des bosses en ski alpin. En plus, c’était en été donc c’était encore plus impressionnant". Des sentiments qui sont toujours là malgré les années d’expérience. "Dépasser sa peur, se lâcher, et se demander qu’est-ce qu’on fait là quand on prend son élan, tout ça, je l’ai encore aujourd’hui", expliquait-elle. Mais une fois en l’air, la peur s’évanouit pour laisser place à la magie. "Voler", sourit la native de Sallanches. Une sensation à laquelle elle a pris goût au point de devenir championne du monde junior en 2011. Quelques semaines plus tard, à 15 ans, elle se hisse même sur la troisième marche du podium des Mondiaux, chez les grandes cette fois. Alors qu’à son âge, les autres filles entrent au lycée, elle sautait déjà loin. Un décalage qui ne l’effraie pas. "Je n’ai pas deux vies, celle normale et celle sportive. C’est ma vie, je vais à la Fac et je fais du saut à ski. Je les fais coïncider, c’est mon quotidien. Les études le matin, entraînement l’après-midi. Je l’ai voulue pour avoir un cadre et ne pas faire que du saut et disjonctée", déclarait celle qui est en licence des arts du spectacle à Grenoble.

Jeux et études

Pas facile de concilier deux activités de front. Pourtant, Coline s’en accommode très bien. Les voyages au Japon, en Russie, en Allemagne ont formé la jeunesse. "Il y a deux ans on était allé au Japon, et on s’est répété ça pendant trois jours. A Sotchi, c’est encore plus fort parce que ce sont les Jeux. C’est énorme", savourait-elle d’avance. Mais, elle n’en oublie pas la compétition. "C’est l’objectif de la saison". Et pour les préparer, elle a du modifier son régime alimentaire. "Elle est gourmande, confirme Fabrice Guy, et on a un théorème en saut à ski, 1kilo=3mètres (la perte d’un kilo fait aller 3 mètres plus loin, ndlr)". Un domaine où elle doit encore progresser et qui pourrait lui causer du tort notamment face au poids plume qu’est la Japonaise Sara Takanashi (40kg), victorieuse de huit des neufs épreuves de la saison, "la grande favorite" selon Fabrice Guy. A Sotchi, elle retrouvera un tremplin où elle a brillé par le passé (première ex aequo en décembre 2012). "C’est du bonus", assurait la skieuse qui avait promis de ne pas s’éparpiller malgré son désir de "s’aérer". "J’emmènerai un bouquin de cours. J’aurai peut-être l’occasion de l’ouvrir ou l’envie", avouait-t-elle. Mais pas ce mardi…

Vidéo : le portrait de Coline Mattel