Abu Rmeileh, Judo, palestine
Le judoka Abu Rmeileh (de face), premier Palestinien qualifié directement pour les JO | AHMAD GHARABLI / AFP

Ces petites délégations qui verront Londres

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Aux Jeux Olympiques il y a ceux qui se battent pour décrocher médailles et distinctions. Pour d’autres, participer est déjà un exploit. Kilakone, le sprinter laotien, et Abu le judoka palestinien font partie de la deuxième catégorie.

Kilakone Siphonexay, 23 ans, est l’homme le plus rapide du Laos sur 100 m. Alors que son pays n’a jamais tutoyé un podium olympique, il sera invité à Londres sur la distance reine du sprint. Son record personnel (10.73) reste loin des minimas requis (10.24) et ne lui permet pas d’espérer abattre la « Foudre » Usain Bolt, titulaire d’un record du monde (9.58) que l’Asiatique ne peut qu’envier. Quand toute autre médaille que l’or serait un échec pour le Jamaïcain, aller aux Jeux est déjà une victoire pour Kilakone.

« Battre mon record personnel »

Malgré tout, le jeune athlète s’entraîne dur sur le stade délabré de Vientiane, la capitale du pays. Trois heures chaque soir, en complément de sa formation dans un ministère, il répète ses gammes sur les vétustes installations du Chao Anovoung, nom de l’enceinte de la ville. « J’aime m’entraîner dur » assure-t-il. « A Londres, je ferai tout pour battre mon record personnel ». Pourtant, ici, la salle de musculation se résume à un banc de bois maison sur lequel il soulève des pots de peinture « d’environ 20 kilos » remplis de ciment, reliés par une barre d’échafaudage. Quand à l’haltère, il est moulé dans des roues de voitures.

Son entraîneur, Chaleunsouk Aoudomphanh se lamente de ce manque d’infrastructures. « Si seulement on avait un peu plus d’équipements ». Lui-même représentant du Laos sur 100 m aux JO d’Athènes 2004, avec un chrono bien plus faible (11.30) que son poulain, ce diplômé de la Fédération internationale d’athlétisme s’occupe du sprinter à mi-temps de manière bénévole. « Je prends les entraînements standards et je les modifie un peu » affirme-t-il. Pour Kilakone, pas de programme nutritif ou autres séances de kiné, seulement des accélérations, des sprints et un peu de musculation.

Ne pas terminer dernier

Kasem Inthara, le chef de mission, ne lui a alloué qu’une mission : ne pas terminer dernier et faire mieux qu’en 1980, à Moscou, où aucun des athlètes du pays n’avait passé le premier tour d’une épreuve. « Nous sommes dans le groupe de Brunei ou du Timor-Oriental. Nous sommes un petit pays. Si nous pouvons battre un pays aux éliminatoires, ce sera un succès ». Depuis ces Jeux, Kasem est de toutes les campagnes olympiques.

« On veut juste participer, on ne prétend pas à une médaille » souffle-t-il, comme un peu dépité par les difficultés quasi-insolubles qui se posent au Laos. Au-delà du manque d’argent, d’installations, de compétition et un climat trop chaud, la morphologie des Laotiens semble poser problème. « Même aux jeux du Sud-Est asiatique, on ne peut pas gagner de médailles en natation et en athlétisme, parce qu’en comparaison avec la morphologie des gens plus talentueux, on est plus petits ».

Abu Rmeileh, pour l’histoire

Un problème que ne connaît pas Abu Rmeileh, judoka palestinien, qui défendra également ses chances cet été, dans la catégorie -73 kg. Il est le premier athlète originaire de Jérusalem Est à se qualifier pour les JO grâce à ses résultats en tournois de qualification olympique, quand ses prédécesseurs avaient bénéficié d’invitations. « Abu Rmeileh s’est qualifié aux points et non sur invitation comme les autres, a déclaré Hani al-Halabi, patron de la délégation palestinienne aux JO 2012.

Pour la première fois de l’histoire du sport palestinien, un de nos athlètes a assez de points pour se qualifier pour les JO ». Quant au héros de 28 ans, il s’est dit « emballé » à l’idée de représenter son peuple. « J’ai réalisé quelque chose de grand avec ma qualification ».

Deux athlètes que les feux des projecteurs n’éclaireront sans doute pas mais qui se battront pour faire meilleure figure possible. Afin d’honorer une invitation ou de marquer plus encore l’histoire de peuples en souffrance.

Jerome Carrere